L'Algérie de Bouteflika

Khadija Mohsen-Finan: "Les Algériens ne croient plus à la politique"

propos recueillis par Dominique Lagarde, L'Express - 31 mai 2002

Rencontre avec Khadija Mohsen-Finan, chargée de recherche à l'Institut français des relations internationales

Vous avez dirigé la dernière livraison des Notes de l'Ifri (1) consacrée à l'Algérie. Pourquoi avoir titré cet ouvrage L'Algérie, une improbable sortie de crise?

Lorsque nous avons entrepris cette étude, il s'agissait de faire le bilan des trois premières années de la présidence d'Abdelaziz Bouteflika, de voir dans quelle mesure il avait réussi, ou pas, à imposer des réformes là où il était attendu. Or les choses n'ont bougé que dans un seul domaine, celui de l'image de l'Algérie à l'extérieur. Pour le reste, nous n'avons enregistré aucun progrès notable. Le niveau de vie ne s'est pas amélioré, il y a toujours autant de corruption, la politique dite "de concorde civile" n'a pas réussi à mettre un terme à la violence, etc. Un bémol tout de même: s'il n'y a pas eu d'évolution sur le fond, ces problèmes ont au moins été publiquement évoqués. Ce qui est en soi assez nouveau, et relativement important.

Comment cet échec s'explique-t-il?

Le système algérien est comme un puzzle. Toucher à une pièce reviendrait à toucher à l'ensemble. Et donc à remettre en question les privilèges, tant économiques que politiques, des hauts gradés qui sont à la tête du pays. C'est l'un des principaux facteurs de cet échec.

Bouteflika devait bien s'en douter?

Il pensait sans doute avoir obtenu des assurances. Il a certainement surestimé sa capacité d'agir, et sa popularité. Alors qu'il ne dispose, en réalité, d'aucun relais.

Quel est dans ce contexte l'enjeu des élections législatives du 30 mai?

Du point de vue de la population algérienne, il n'y en a pas vraiment. Les gens ont le sentiment qu'il s'agit une fois de plus d'une mascarade qui vise à donner une apparence de légitimité au pouvoir en place, et de normalité à la vie politique. Depuis 1992 [le scrutin annulé par les militaires, NDLR], les Algériens ne croient plus à la vie publique. La fracture entre gouvernants et gouvernés est abyssale. Et la démobilisation, totale.

(1) L'Algérie, une improbable sortie de crise?, Les notes de l'Ifri. (Institut français des relations internationales.), n° 37.

   
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