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Editorial Les jeux sont faits Par Jacques Amalric, Libération jeudi 30 mai 2002 La démocratie devrait être un apprentissage en responsabilité passant par le multipartisme et culminant lors d'élections libres. Tout le contraire de ce qui se passe depuis longtemps en Algérie, où le sens de la responsabilité des citoyens est nié par des dirigeants quasi autoproclamés, où le multipartisme est une façade masquant un rituel vidé de sens, et où les élections sont réduites à un exercice en surréalisme, une occasion pour l'oligarchie militaire et ses collaborateurs civils de s'entendre à l'avance sur les résultats de la consultation. Ainsi ont-ils apparemment décidé cette année de donner une majorité de sièges de l'Assemblée nationale au FLN, l'ex-parti unique qu'il était de bon ton de brocarder depuis les émeutes de 1988 , au détriment du Rassemblement national démocratique (RND), le parti présidentiel en forme de coquille vide créé à la va-vite lors de la dernière consultation pour servir de béquille au président Bouteflika. Une majorité de sièges, mais certainement pas la majorité, qui devrait, comme hier, dans une proportion inverse, rester composée de députés FLN, RCD et du Mouvement de la société pour la paix (MSP), une formation islamiste, mais fort compréhensive à l'égard des maîtres du pays. Le scénario est parfaitement connu des Algériens qui n'en attendent rien, ne croient plus en rien, tant ils se sentent seuls au monde, et qui ne se bousculeront certainement pas pour aller déposer dans l'urne un bulletin dévalorisé. Même si le pouvoir fait tout pour les en persuader, car il en a les moyens dans plusieurs régions. Ce n'est pas le cas, toutefois, en Kabylie, où toutes les forces vives appellent au boycottage des élections, que ce soit le Front des forces socialistes (FFS) d'Aït Ahmed, le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) de Saadi, ou les grandes tribus kabyles, qui ont même demandé à leurs membres de s'opposer par la force à la tenue des élections. C'est là, dans une région en rébellion, fermée par les forces de l'ordre et interdite à la presse étrangère, que la comédie électorale risque de tourner à la tragédie. Sinistre aboutissement de la démocratie à l'algérienne. -------------------------------- Un scrutin contesté L'opposition appelle les 18 millions d'électeurs au boycott. Les Algériens renouvellent aujourd'hui leur Assemblée nationale. Dans chacune des 48 willayas du pays, 18 millions d'électeurs devront choisir les 389 parlementaires qui seront élus pour cinq ans dans un scrutin par listes, à la proportionnelle. Cette nouvelle Chambre comptera donc neuf députés de plus que l'ancienne Assemblée, issue des législatives du 5 juin 1997 qui avaient été entachées de nombreuses irrégularités. Avant même le début des opérations de vote, ces élections ont été contestées par les deux principaux partis d'opposition. Le Front des forces socialistes (FFS) comme le Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD) ont opté pour le boycottage. En Kabylie, où la révolte contre le pouvoir se poursuit depuis un an, les tribus rejettent cette "mascarade électorale" et pourraient tenter d'en empêcher la tenue (lire page 4). Cette région dispose d'une trentaine de sièges à l'Assemblée. Si 23 partis et 123 listes sont engagés dans la campagne électorale, les résultats s'annoncent sans surprise. Le Parlement restera largement dominé par les trois formations bénéficiant de l'onction gouvernementale. Parti créé par le pouvoir à l'occasion des précédentes élections, le Rassemblement national démocratique (RND) compte 155 députés dans l'Assemblée sortante, flanqué du Front de libération nationale (FLN) avec 64 députés et du Mouvement de la société pour la paix (MSP), à coloration islamique. -------------- La Kabylie crie ce que le pays pense Le refus du scrutin est massif dans la région. Par Jose Garçon " Ulac l'vot
Ulac, Ulac smah ulac !" Proclamant en langue berbère "Pas
de vote, pas de pardon", ces affichettes sont partout : au fronton
des mairies ou des daïras (sous-préfectures), sur les barricades
érigées sur les routes menant à Alger, sur les magasins
fermés pour cause d'appel à la grève générale
"antivote". Dans la région de Tizi-Ouzou, la principale
ville de Kabylie, les plus radicaux des militants des âarchs (comités
de village) ont brûlé urnes et fichiers électoraux
pour empêcher l'administration d'organiser un semblant de scrutin
par un coup de force, alors qu'elle tente d'installer depuis plusieurs
jours le matériel électoral. Pour la même raison,
nombre de mairies et de daïras, où des drapeaux algériens
ont été hissés, sont fermées. A l'instar de
nombreux bureaux de vote dans la vallée de la Soummam. "Pour
empêcher la fraude". A Béjaïa, des urnes ont flambé
: elles contenaient les suffrages des agents de la protection civile qui
ont voté lundi. "On ne peut voter pour un pouvoir qui a assassiné
notre jeunesse et emprisonne nos étudiants", résume
un homme d'affaires de Tizi-Ouzou.
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www.algeria-watch.org
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