JOURNEE PARTICULIERE D'UN SCRUTIN

Inquiétude chez les islamistes

Par D. Amrouche, El Watan, 1 juin 2002

Il est 10 h 45 quand le cortège devant accompagner Mahfoud Nahnah au centre de vote Ahmed Aroua, à Bouchaoui, prend la route à partir du siège du parti à El Mouradia. Il n’arrivera sur les lieux que vers 11 h 30. Le centre est quasiment vide. À peine 250 personnes se sont rendues aux urnes jusque-là, soit 10 %. Un responsable du centre ne cache pas son inquiétude.

«D’habitude, 30 % parmi les inscrits ont déjà voté à cette heure-ci, ce n’est pas normal que les gens ne viennent pas.» Slimane Chenine, membre du bureau national du MSP, dénonce les cas de dépassement observés par les militants du parti à Chlef, Annaba, Oran, Tissemsilt, Sétif... «On a remis des bulletins MSP blancs aux électeurs, des bulletins salis, froissés. On a empêché les électeurs de se rendre aux urnes. Le FLN distribue des enveloppes contenant ses bulletins à l’extérieur des bureaux de vote...» L’apparition de Nahnah durera le temps de glisser le bulletin dans l’urne et de déclarer que l’importance de cette élection consiste en ce qu’elle va mettre fin à l’étape de transition, et ainsi couper court à la «démission politique» initiée par les auteurs de l’appel au boycott. Nahnah disparaît dans sa 406 pour s’enfermer dans son bureau. Il observe un silence radio autour de lui. A 21 h passées, les journalistes n’ont toujours pas réussi à le voir. Au 2e étage du siège national, 11 opérateurs suivent le cours des évènements. Les fax, les téléphones sonnent sans cesse. Que fait le cheikh ? Dans quel état est-il ? Comment vit-il cette élection ? Impossible de le savoir. Impossible non plus d’avoir une estimation du taux de participation. L’inquiétude est là sur le visage de tous les responsables. «Il faut attendre les rapports finaux des wilayas», déclare M. Chenine, toujours tendu. Pendant ce temps, Abdellah Djabellah reste absent une bonne partie de la journée. Ses secrétaires commencent par faire état de cas de dépassement notés par leurs observateurs dans les wilayas du pays, mais refusent d’en dire plus. Djaballah viendra vers 15 h. Visiblement fatigué, voire inquiet, il s’exprime à demi-mots ou répond carrément pas des questions. «Il y a un vide institutionnel que ne manqueront pas d’exploiter les partisans de la pensée unique, la légitimité de la prochaine Assemblée ne dépassera pas les 60 %.» Au siège d’Ennahda, Adami sera aussi absent toute la journée. «Il est à Khenchella où il doit voter», nous dira-t-on. Son directeur de cabinet dressera un long réquisitoire contre le FLN et le RND, accusés de dépassements à Djelfa, Annaba, Blida, Batna, El Bayedh, Tiaret... «Nos bulletins ont été froissés, certains ont été rédigés en français seulement. Des citoyens ont voté pour d’autres sans procuration et sans même que les concernés en soient informés...» A 17 h, Adami arrive enfin, mais lui aussi va s’enfermer jusqu’aux environs de 18 h 30. Là, le visage blême, il déclare qu’Ennahda aura au moins 40 sièges dans la future Assemblée. Son intervention ne dure pas 20 minutes. Il revient à 20 h sous la pression des journalistes (la télévision ainsi que les 3 chaînes de radio sont là). Il reconnaîtra alors que des cas de dépassement ont été observés ici et là, mais que «jusqu'à l’heure, l’élection reste marquée pas un semblant de transparence et de clarté». Les auteurs des dépassements, ajoutera-t-il, sont «l’administration, le FLN et le RND». Cela dit, ces trois partis se sont plaints aussi toute la journée d’hier de l’absence de leurs observateurs respectifs dans les bureaux spéciaux et les centres mobiles : «On ne sait pas où les trouver, et quand cela est fait, nos observateurs n’ont pas reçu leurs badges.»

 

   
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