Ces inconnus à l’assaut de l’Assemblée

Par Karim Kebir, La tribune, 16 mai 2002

Ils sont pour la plupart des «néophytes» en politique, du moins en apparence, en majorité des inconnus. Eux, ce sont ceux qu’on désigne pompeusement par «indépendants». A l’orée de chaque rendez-vous électoral, ils font une incursion impromptue dans la cour réservée quasi exclusivement aux formations politiques. Pour le scrutin du 30 mai prochain, ils sont au nombre de 1 266 inscrits sur 129 listes sur un total de 10 052 candidats. Issus de divers horizons mais animés du même objectif : siéger en tant que représentant du peuple au sein de la future Assemblée. A l’exception de quelques figures connues du grand public, le reste des candidats sont d’illustres inconnus. Cependant, le chemin qui mène à l’hémicycle n’est pas aisé pour tous ces candidats. Outre l’obligation de recueillir les signatures nécessaires et passer l’écueil bureaucratique de l’administration, il faudrait convaincre la population par un programme susceptible de susciter l’adhésion. C’est ainsi que de nombreux prétendants à la candidature ont été disqualifiés par les services du ministère de l’Intérieur. Les arguments sont multiples. Zerhouni évoque les antécédents judiciaires, l’inconstitutionnalité des programmes ou encore le fait que certains candidats aient recueilli des signatures de citoyens non résidents dans la circonscription où ils se sont présentés. Ces arguments, semble-t-il, n’ont pas convaincu tous les candidats non retenus. Et l’exemple le plus édifiant est la disqualification du richissime homme d’affaires Djilali Mehri, patron de Pepsi-Cola Algérie. Député dans la désormais ancienne Assemblée, sous les couleurs du MSP, le mécène d’El Oued s’est vu rejeter son dossier de candidature au motif qu’il n’a pas rempli les critères. Autre exemple : une liste entière composée d’avocats a été disqualifiée par l’administration à Sidi Bel Abbès. Ce niet de l’administration n’a pas manqué de susciter des interrogations auprès des citoyens. Si l’on ne peut, au demeurant, douter de la bonne foi des pouvoirs publics, force est d’admettre qu’aux yeux de l’opinion, le tamisage ne répond qu’à des considérations dont il n’est pas aisé de saisir ni les tenants ni les aboutissants. Sinon comment expliquer l’appel au calme lancé par Djilali à la population d’El Oued s’ils étaient convaincus du bien-fondé des arguments de l’administration ? En Algérie, seul l’annuaire des P et T, jusqu’à preuve du contraire, est indépendant, faisait remarquer déjà au début des années 1990, un talentueux confrère dans les colonnes de l’hebdomadaire Ruptures.

K. K.

   
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