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Les petits-déjeuners d'El Khabar Mouloud Hamrouche parle du rendez-vous du 30 mai · Les
élections n'ont été qu'un simple ravalement de façade Hamid Yas, El Khabar, 8 juin 2002 L'enseignement fondamental que Hamrouche tire de la faible participation aux élections est que les algériens ont boudé les urnes car ils avaient la conviction qu'elles n'avaient pas une dimension nationale. L'invité du " petit déjeuner " explique : " la majorité des algériens n'a pas participé à ces élections, ce boycott signifie que la majorité de nos concitoyens a refusé de s'impliquer dans des élections partielles. En d'autres termes, les citoyens considèrent que ce n'est pas tout le pays qui a participé ". Dans cette logique, Hamrouche considère que le rendez-vous du 30 mai n'a été qu'un " simple ravalement de façade du système et une tentative d'insuffler superficiellement quelque chose de nouveau.. De ce fait, ces élections resteront sans effet sur l'état du rapport de force dans le pays ". Pour ce qui concerne le déroulement de la campagne électorale, l'ancien chef de gouvernement estime que de grands efforts ont été déployé dans les meetings et les réunions pour ne ressasser que de vieux discours. Il reproche aux chefs de partis qui ont animé la campagne de ne pas avoir abordé les problèmes qui se posent et notamment la crise en Kabylie et la constitutionnalisation de Tamazight. " Il ressort que le dénominateur commun entre les partis qui ont encadré les élections est l'appel à aller aux bureaux de vote, alors même que les préoccupations du citoyen ne sont pas apparues dans les discours ". Mouloud Hamrouche étaye sa position selon laquelle le pays n'était pas prêt à l'organisation d'une échéance importante comme les législatives par une série d'interrogations, des interrogations nées de constats personnels lors de la période qui a précédé les élections : Les conditions politiques, psychologiques et sociales étaient elles réunies pour la tenue ces élections ? Les conditions du pouvoir établi permettaient elles de les mener ? L'Algérie aurait elle atteint un niveau de maturité qui lui permettrait de tenir de vraies élections ? A quelle fin les organise-t-on : pour chercher un soutien populaire à un programme ou à une politique ou bien pour rafraîchir une façade lépreuse ? Hamrouche en conclut que les conditions n'étaient pas réunies pour appeler les algériens à se rendre aux urnes. " Accepter la pratique électorale telle qu'elle est admise dans les démocraties suppose la disponibilité à accepter un changement de régime " a-t-il dit. Il est clair, pour notre interlocuteur, que la manière dont se sont déroulées les dernières élections n'amèneront pas le changement nécessaire. Le même constat conduit Hamrouche à évoquer ce qu'il désigne comme l'autre face de l'échec de l'organisation de vraies élections législatives : celle de la représentation sociale ou populaire au sein des institutions. Il rappelle à cet égard qu'il y a une crise de la représentation sociale, cette notion n'a pas cours sous nos cieux. L'échec qui a caractérisé la pratique politique du régime, que ce soit du temps du parti unique ou du pluripartisme, découle de l'imposition d'un mode particulier de représentation. Aussi, le souci qui a présidé à la tenue de toutes ces élections n'est pas celui d'assurer une représentation du peuple au parlement mais elles ont été faites sur la base de critères de désignation et du degré d'allégeance. S'agissant de l'appel des quatre personnalités à rejoindre le " front du boycott ", Hamrouche déclare avoir refusé cette invitation car " le discours des partisans du boycott va dans le sens de la logique de l'enfermement ; leur appel est centré sur la seule région de Kabylie " tout comme il a refuse d'être du coté des participants aux élections " car ils veulent le reste du pays sans la Kabylie ". Hamrouche est revenu aux premières élections législatives qu'il devait organiser en tant que chef de gouvernement en 1991. A la question de savoir si les conditions étaient réunies à cette époque, il a répondu que " je ne voulais pas de ces élections, elles m'ont été imposées ". Le poids croissant
des réseaux clientélistes : La relance économique
: un projet sans instruments d'application Lors d'une rencontre conviviale dans le cadre du " Petit-Déjeuner " hebdomadaire avec les journalistes d'El-Khabar, Hamrouche a notamment indiqué qu'il avait débattu, quand il était chef de gouvernement sous Chadli Bendjedid, de la question des réformes après un constat d'échec des précédentes stratégies de développement. La réflexion a été engagée en vue de réformes radicales " mais nous avons fait face à de grandes difficultés de la part d'un certain nombre de responsables qui ont refusé que l'on formalise le projet sous la forme d'un texte écrit. Ce sont ces mêmes personnes qui parlent aujourd'hui de réformes économiques ". De ce point de vue les déclarations de la Maison Blanche sur l'Algérie depuis l'arrivée au pouvoir de Liamine Zeroual restent un exercice assez formel. Washongton se contente d'encourager le nouveau président à mener des réformes économiques ; c'est la même déclaration qu'a fait George Bush lors de la dernière visite aux Etats-Unis du président algérien Abdelaziz Bouteflika. Des réformes qui, a dit Hamrouche, n'ont pas connu de grandes avancées bien que le situation financière se soit nettement améliorée, en profond contraste avec les années précédentes. " Les recettes pétrolières sont aujourd'hui bien supérieures à ce qu'elles étaient lorsque j'étais à la tête du gouvernement ; à l'époque les prix du pétrole étaient très faibles, le niveaux des réserves de change étaient également très bas. " Selon Mouloud Hamrouche, le plan de relance économique annoncé par le président Bouteflika est certes très important mais il manque, à l'évidence, les instruments de mise en uvre. Il a souligné à cet égard l'absence de suivi sur le terrain, ce qui est une des raisons qui le mènent à l'échec. " la preuve est que jusqu'à présent on n'a pas vu de ré-embauche de travailleurs licenciés ou bien la ré-ouverture d'usines fermées ". Pour l'ancien chef de gouvernement les instruments indispensables à la réalisation d'un plan de ce type sont essentiellement des systèmes bancaire, financier et fiscal efficaces. Parmi les obstacles, il a notamment insisté sur le fait que l'administration algérienne ne dispose pas d'informations précises sur le système fiscal et l'assiette fiscale en général. Cette situation explique l'absence d'une politique fiscale performante indispensable pour que notre système économique évolue vers le capitalisme. Hamrouche observe que la réforme du système bancaire est prête depuis 1990 mais qu'elle n'a pas été mise en uvre jusqu'à ce jour. L'autre instrument manquant est l'absence d'une politique sociale pour contribuer à résoudre la dramatique question du chômage ainsi que de restaurer les conditions objectives préalables à l'embauche. Enfin et toujours dans la même optique, l'absence d'orientation en matière de réalisation de grands travaux est la dimension manquante mais essentielle au succès du plan de relance du président. C'est le levier susceptible d'enclencher une dynamique économique de croissance et de stimuler la création d'autres activités créatrices d'emplois. Concernant la dette
extérieure qui avait atteint le niveau le plus sensible durant
la période où il était chef de gouvernement, il estime
que le stock de la dette s'est constitué en raison du manque de
vision globale qui aurait permis au pouvoir d'éviter le recours
aux solutions de facilité, c'est à dire, à l'emprunt
massif systématique et à l'endettement. Hamrouche a confirmé
qu'il était un des plus farouches opposants au rééchelonnement
pour la simple raison que cette option ne constituait pas un instrument
de sortie de crise pour l'économie algérienne ; à
l'inverse, elle est de nature à l'aggraver. Il faut comprendre
que les rééchelonnements mis en uvre après
la deuxième guerre mondiale n'ont pas pour objet de créer
les conditions de restructuration d'une économie sur-endettée
mais celui de mettre le pays concerné en position de rembourser
ses créanciers. De plus, " Comment pouvais je me permettre
de m'adresser au peuple en lui disant que je l'affamais parce que j'étais
obligé d'accepter une recette standard du FMI
". Le mouvement de contestation
en Kabylie : M.Mouloud Hamrouche a critiqué la manière dont le pouvoir gère le mouvement de contestation en Kabylie qualifiant les mesures prises pour apaiser la situation dans la région comme des " mesures d'enfermement " improvisées qui ont produit un surcroît de confusion. Mouloud Hamrouche a constaté qu'il y avait une incohérence préoccupante dans l'attitude du pouvoir à l'égard des revendications soulevées dans la région. De fait, à l'origine, on a refusé certaines revendications puis on est revenu sur ce refus, en acceptant des choses qui touchent aux fondements de l'Etat, comme le retrait de la gendarmerie et la décision de constitutionnaliser Tamazight sans passer par un référendum constitutionnel. " La mesure prise pour constitutionnaliser Tamazight est une mesure d'enfermement " a-t-il déclaré, ajoutant que " l'affirmation selon laquelle on n'a pas voulu soumettre cette constitutionnalisation à un référendum populaire car elle aurait été rejetée n'est pas vraie. Car si on l'avait soumise au référendum, on aurait pu découvrir que des citoyens de Kabylie auraient voté contre la constitutionnalisation de Tamazight et nous aurions découvert également des citoyens en dehors de cette région qui auraient voté pour ". A propos du taux d'abstention enregistré au cours des dernières élections, M.Mouloud Hamrouche a déclaré que " beaucoup de citoyens ont refusé de participer à des élections partielles et ils sont conscients des dangers qu'encourt leur société " Il a constaté qu'en l'absence de mécanismes pacifiques de solutions des conflits, " la violence est l'aspect dominant dans tous les domaines, il y a la violence terroriste, la violence sociale, la violence économique ; la culture de la solution de compromis ou de consensus n'existe pas ". Il a relevé
également que dans l'affaire des arouchs, il y a une " pression
pour accepter une représentation particulière ". Dépasser
la situation complexe dans la région passe, selon Hamrouche, par
l'examen des revendications claires qui imposent des réponses claires
nécessaires, des réponses nationales. La question lancinante
qui est posée partout en Algérie et non pas seulement en
Kabylie est la question de la liberté dans toutes ses dimensions,
a-t-il conclut. Pas de champ pour la création d'un Parti M.Mouloud Hamrouche a révélé que la raison qui l'a poussée à renoncer à l'idée de créer un parti politique tient essentiellement à l'échec des tentatives menées par des personnalités politiques nationales pour fonder des formations politiques et dont les demandes d'agréments officiels ont été rejetées. Pour M.Hamrouche, " la création d'un parti politique en Algérie suppose certaines conditions qui commencent fondamentalement par le respect des règles constitutionnelles et de droit ainsi que par une réhabilitation de la morale ". L'ancien chef de gouvernement ajoute : " Ces conditions n'étant pas respectées, il n'y a donc pas lieu de créer un parti dont le sort est scellé avant même sa naissance ". Hamrouche a poursuivi : " J'avais l'intention, après les présidentielles de 1999, de créer un cadre politique, de le structurer et de rassembler le grand nombre de sympathisants et de militants " qui se sont déclarés prêts à rejoindre le parti du candidat au présidentielle, lequel malgré son retrait, a récolté 312.000 voix. Hamrouche a ajouté
: " Je pensais au début qu'il y avait de l'exagération
de la part de certaines personnalités politiques qui avaient tenté
ce genre d'initiatives. L'expérience a prouvé que ces entraves
et obstacles sont réels ". Il est prématuré de parler de présidentielles M.Mouloud Hamrouche a refusé de s'étendre longuement sur les prochaines élections présidentielles se contentant de répondre que " la question est prématurée et que cela relève de la spéculation. Ma candidature lors de la précédente élection s'est effectuée sur la base d'engagements ". Il n'a cependant pas exclu de participer à ces élections. Hamrouche en a profité pour parler des précédentes présidentielles en disant qu'il en avait gardé deux souvenirs, l'un négatif et l'autre positif. L'aspect positif est que le citoyen a eu, de manière claire, " la possibilité de se frotter à des hommes politiques et une pluralité de discours. La réunion de ces deux facteurs a permis une lisibilité et une visibilité de la société. Même les observateurs étrangers ont changé l'image qui s'était incrusté dans leur esprit. Ils croyaient que les algériens ne parlaient que de terrorisme, ils ont découvert une société politisée, consciente, comprenant le discours politique ; une société qui accepte la diversité des opinions de façon pacifique, sans que quiconque ne subisse des pressions ou des contraintes ". Quand à l'aspect
négatif, constaté lors des présidentielles de 1999,
il le résumé ainsi : " De par mes fonctions, je suis
l'un des rares à avoir visité l'ensemble des communes du
pays. L'image douloureuse, insupportable, que j'en ai conservé
est la terrifiante généralisation de la pauvreté
et le fait de lire le renoncement et le désespoir dans les yeux
des citoyens ". |
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