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Le
FLN en tête des législatives algériennes
Le Monde, 31 mai
2002
Alors que le taux
de participation aux législatives algériennes de jeudi se
situe autour de 47,5 %, le FLN, ex-parti unique, était en passe,
vendredi matin, de sortir vainqueur des élections.
Les Algériens ne se sont pas déplacés en masse, jeudi
30 mai, pour élire leurs représentants à l'Assemblée
populaire nationale (APN). Selon le ministère algérien de
l'intérieur, cité par la radio d'Etat, le taux de participation
définitif aux législatives s'élève à
47,49 %.
Ce taux est le plus faible enregistré pour des élections
en Algérie depuis l'indépendance du pays, en 1962. Aux législatives
de 1997, la participation avait été de 65,49 %.
La participation la plus faible a été enregistrée
en Kabylie, en raison du boycott du scrutin auquel avaient appelé
les âarchs (tribus kabyles), fer de lance de la contestation dans
cette région. Dans la région de Tizi Ouzou, la capitale
de la Grande Kabylie, située à 110 kilomètres à
l'est d'Alger, le taux de participation est de 1,84 %, tandis que dans
celle de Béjaïa, capitale de la Petite Kabylie, il s'est établi
à 2,62 %.
Selon la radio d'Etat, le Front de libération nationale (FLN, ex-parti
unique) a remporté, "selon toute vraisemblance", les
élections. La victoire du FLN est assurée dans les wilayas
(départements) de Tlemcen (540 km à l'ouest d'Alger), Annaba
(600 km à l'est) Tébessa (600 km à l'est), Skikda
(500 km à l'est), Biskra (425 km au sud-est) et dans des bureaux
d'Alger. Les résultats définitifs du scrutin seront donnés
dans la matinée par le ministre de l'intérieur, Yazid Zerhouni.
VIOLENCES ET BOYCOTT
Mais les leaders de l'opposition, qui estiment que le scrutin a été
entaché de fraude, estiment que ces résultats ne sont pas
significatifs et qu'ils ne permettront pas de résoudre les difficultés
politiques, économiques et sociales que connaît l'ancienne
colonie française. "Il y a à l'évidence un fossé
entre ce que propose le pouvoir établi, son message et ce que les
Algériens, l'homme de la rue, observent chaque jour", commente
un diplomate occidental.
Quelques heures avant le début des élections, les troisièmes
seulement depuis l'indépendance, un massacre de quelque 25 personnes
a été perpétré dans la province de Chlef,
à 200 km à l'ouest d'Alger. Selon un responsable local,
un nourisson de deux mois figure au nombre des victimes, tous des nomades
vivant dans des tentes. Deux d'entre eux auraient été brûlés
vif, 21 égorgés, et deux abattus par balles.
Selon le ministre de l'intérieur, une personne a également
été tuée lors d'"incidents" en Kabylie
où les militants berbères ont contribué à
faire respecter l'appel au boycott en s'emparant des urnes ou en les brûlant.
L'islamisme armé qui sévit depuis dix ans en Algérie,
où le nombre de victimes, principalement civiles, de la violence
se situe entre 100 000 et 150 000, découle de la confiscation par
le pouvoir en 1992 du triomphe électoral qui était promis
au principal parti intégriste, le Front islamique du salut (FIS).
La reprise du processus électoral, avec l'organisation cinq ans
plus tard de nouvelles législatives pluralistes, s'était
soldée par une Assemblée populaire nationale acquise au
président d'alors, l'ex-général Liamine Zéroual,
l'opposition "démocrate" se partageant "des miettes".
Craignant une nouvelle fois que les résultats ne soient joués,
quatre partis d'opposition ont invité leurs partisans à
bouder les urnes, dont le FFS et le RCD, principalement implantés
en Kabylie où l'agitation anti-gouvernementale n'a pas cessé
depuis les émeutes socio-identitaires qui ont fait une centaine
de morts il y a un an.
Chef de file du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie),
Sad Saadi a confié il y a quelques heures qu'il jugeait "dangereux"
de contribuer à entretenir la facade démocratique d'"un
régime moribond". Selon lui, "la prochaine Assemblée
est condamnée" et "la crise institutionnelle va commencer
le 31 mai". "Nous restons à l'écart de ces élections
parce que les institutions actuelles sont le produit des fraudes électorales
de 1997 et 1999", a déclaré, pour sa part, Ahmed Djedda,
premier secrétaire du FFS (Front des forces socialistes) d'Hocine
Aït Ahmed, un des chefs "historiques" de la Révolution
algérienne.
L'opposition estime que le pouvoir a déjà réparti
les "quotas de sièges" à la prochaine Assemblée,
bien que le président Abdelaziz Bouteflika, élu il y a trois
ans après le retrait de dernière minute de tous ses rivaux,
qui invoquaient des cartes biseautées, ait garanti un scrutin équitable
et transparent.
Avec Reuters et AFP
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