FRONT ISLAMIQUE DU SALUT
CONSEIL DE COORDINATION (CCFIS)

Communiqué 32

Non aux élections-alibi organisées par la junte d’Alger

(14 Mouharram 1423 / 28 mars 2002)

De nouveau la junte militaire d'Alger veut organiser des pseudo-élections pour légitimer son régime, pour quelque temps encore, cloîtrant le peuple algérien sous le joug d’une dictature acerbe. L'organisation d'élections-mascarades où les vainqueurs sont déjà connus ne vise qu'à perpétuer la répression contre la population, à déstructurer l’économie nationale et à détourner les richesses du pays au profit de quelques uns. Un tel régime n’offre en définitive que l’instabilité aux échelles nationale et internationale.

Qu'apporteront ces élections-farce que n'ont déjà apporté les précédentes depuis l'interruption du processus électoral de janvier 1992 qui avait vu le succès net et propre du Front Islamique du Salut? Des députés-pantins, des chambres de résonance des décisions des généraux putschistes, des ministres-bouffons et un président « élu » par la junte! Comment un président issu d’une parodie d’élections oserait-il prétendre assurer la régularité d’un scrutin ?

La junte tient à imposer ces élections, comme si les précédentes n'avaient pas été dénoncées par ceux-là mêmes qui veulent y participer encore une fois, des élections truquées et des urnes bourrées par la grâce du grand fraudeur Ouyahya dénoncé par toute la classe politique, promu pour superviser encore une fois des élections factices.

Des élections pour quels enjeux ? Pour une nouvelle constituante, pour le retour de l'armée dans les casernes, pour le respect des libertés individuelles et collectives, pour asseoir le libre choix du peuple dans son projet de société et ses dirigeants, pour le jugement de ceux qui ont perpétré cette guerre qui a fait plus de 200'000 morts, pour juger ceux qui ont fait de l'Algérie leurs patrimoines personnels, pour mettre fin à la « hogra », pour une meilleure redistribution des richesses nationales, pour mettre fin à l'arbitraire? Rien de tout cela n'est écrit pour cette nouvelle mascarade.

Le FIS rappelle son attachement aux principes et mesures qui doivent accompagner toute élection libre, à savoir :

· Le respect des droits de la personne humaine,

· l'absence de coercition, et le respect des libertés d'expression et d'association,

· la liberté de se présenter comme électeur, parti ou candidat,

· le libre accès aux urnes et la liberté de voter en secret,

· la liberté de se plaindre et de contester les irrégularités.

Le FIS considère aussi qu’une élection ne peut être loyale que si et seulement si :

· l'administration assurant le déroulement des élections est non partisane,

· la loi électorale est protégée par la Constitution,

· le suffrage et l'accès aux bureaux de vote sont universels,

· l'accès aux ressources pour la campagne est équitable,

· le décompte des votes est ouvert et transparent,

· le traitement des partis, des candidats et des électeurs par le gouvernement, la police, l'armée et l'appareil judiciaire est équitable et non coercitif.

Cependant, force est de constater que l’Algérie d’aujourd’hui est loin d’offrir de telles garanties. Il devient ainsi évident que participer à ces « élections » en tant que candidat ou électeur reviendrait à légitimer le coup de force de janvier 1992 et à inculquer aux nouvelles générations que la parole et le choix de tout un peuple ne valent rien devant les décisions d'un cercle de généraux. Cela revient à accepter que le peuple soit encore considéré comme immature, que des généraux puissent mettre et démettre tout président et ministre, que la hiérarchie militaire et ses acolytes jouissent encore de l'impunité totale, que les richesses du pays ne servent que de prébende à des réseaux mafieux, que la paupérisation enfonce encore plus chaque jour des dizaines de milliers de familles.

Y participer reviendrait à entrer en rang serré dans la "houdna politique", sous la houlette de faux islamistes élevés dans la cour des coups de force et subjugués par quelques strapontins, ou sous celle de faux démocrates rompus dans l'art d'abattre de l'islamiste pourvu qu'ils aient droit à quelques gratifications de la part de leurs seigneurs. Car bien des partis pseudo islamistes, vraies barbes et fausses appartenances, tentent à nouveau de faire une « reprise » de la base du FIS en miroitant des fausses promesses. Après l'ère des repentis militaires, verra-t-on se pointer, à Dieu ne plaise, l'ère des repentis politiques?

Participer à ces élections, c'est aussi légitimer la brutalité de la répression en Kabylie, encourager le pouvoir dans sa sourde oreille face aux revendications de liberté, de dignité, de la fin de la « hogra » portées justement par les jeunes de Kabylie et d'ailleurs. Un pouvoir qui comme à son accoutumée tente ses coups bas d’infiltration et de déviation d’une cause légitime quitte à mettre en péril l’existence même de l’Etat algérien.

Il est temps de tirer les leçons de plusieurs années de participation de certains partis politiques aux élections truquées organisées par le pouvoir militaire algérien. Le pouvoir les a-t-il entendus ? N’a-t-il pas plutôt bastonné leurs représentants lorsqu'ils sont sortis manifester leur colère? A-t-il pris en considération leurs revendications ou leurs doléances ? Ou les a-t-il laissés s'agiter tout en faisant passer ses lois iniques ? Le pouvoir n'a-t-il pas finalement instrumentalisé leur présence pour donner aux pays occidentaux la fausse image d'un pluralisme de façade?

Pour toutes ces raisons, le Front Islamique du Salut, appuyant en cela l'avis donné par ses chouyoukhs, considère que la participation à ces élections constitue un faux témoignage (« chahadat zour »), et appelle au rejet de ces élections, comme il appelle tous les partis politiques ainsi que les fils et filles raisonnables de la nation, qui auraient été tentés par la candidature sous n'importe quelle étiquette, de se démarquer d'une telle démarche afin de ne pas consolider le pouvoir des « taghout », des injustes, des tueurs et des fraudeurs.

Le FIS appelle encore une fois la communauté internationale à prendre ses responsabilités et à se distancer de la junte militaire d’Alger. Le peuple algérien ne saurait accepter que les pays européens, en particulier, condamnent le régime de Robert Mugabe au Zimbabwe pour « fraude électorale et violation des droits de l’homme » et feignent d’ignorer, plus près de chez eux, les crimes, plus ignobles, commis par la junte d’Alger.

Pour le Conseil de Coordination du Front Islamique du Salut

Le porte-parole : Dr Mourad Dhina

   
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