Avertissement aux boycotteurs et rappel des troupes

Bouteflika en campagne pour sauver les législatives

Le Quotidien d'Oran, 4 mai 2002

Elections toutes ! Tenir les législatives coûte que coûte ! En résumé, voilà l’essentiel du discours que le chef de l’Etat a prononcé, jeudi dernier, devant la préfectorale.

Aux 48 walis qu’il a réunis au Palais des Nations en compagnie des cadres de la nation, Abdelaziz Bouteflika n’a eu qu’un seul message: faire du scrutin du 30 mai un succès politique, un vrai.

A ce sujet, ses instructions sont fort claires: il s’agit d’assurer la bonne réputation d’une opération électorale malade du risque de la fraude et de la logique des quotas par une campagne et un scrutin crédibles... jusqu’à l’interdiction des lieux de prêche et de culte aux futurs candidats. Plus concrètement, pour les commis de l’Etat, il y a lieu de rendre immédiatement plus visible l’argent du contribuable. En tant qu’incitation, semble-t-il, des électeurs à participer massivement au vote. Mais aussi comme un moyen d’exorciser et de prévenir le ras-le-bol populaire et les émeutes inquiétantes qui, depuis une année au moins, apparaissent de manière aussi cyclique que régulière. Y compris dans les zones les plus reculées du pays. Sur ce point, Abdelaziz Bouteflika, même s’il a pris le soin d’inscrire ses instructions dans le sillage de son fameux plan de relance, n’a pas sacrifié à la vieille habitude de «draguer» les électeurs au moment de l’urgence. Améliorez l’état des routes, maîtrisez l’approvisionnement en eau potable et l’électrification publique, facilitez la vie aux citoyens, procédez à la protection des villes et des agglomérations en assurant l’hygiène et l’embellissement, appliquez les mesures de la relance économique, a-t-il ordonné aux walis et aux cadres de la nation présents au Club des Pins.

Ce rappel des troupes, le week-end dernier, constitue le signe d’un divorce total entre le président de la République et les acteurs politiques qui ont choisi de ne pas participer aux législatives. A tous ceux qui doutent de la pertinence du scrutin, Abdelaziz Bouteflika n’a fait aucune concession. En revanche, il a dressé contre eux un réquisitoire dont l’expression la plus violente a été de les comparer aux fraudeurs. «La seule arme pour lutter contre la fraude, qu’il s’agisse de ceux qui détournent les voix ou de ceux qui les empêchent de voter, demeure ta participation massive au scrutin», a-t-il déclaré. Désormais, le chef de l’Etat conçoit les élections du 30 mai comme une ligne de front entre lui et les opposants à la tenue des élections.

Un repère comprenant désormais un avertissement: «Cela implique, a-t-il précisé à ce sujet, que l’Etat prenne ses responsabilités pour garantir l’ordre public par tous les moyens et pour contrecarrer toute velléité d’aller à l’encontre de la sécurité de la patrie et de celle du citoyen, sous quelque prétexte que ce soit». Une action également: le chef de l’Etat prévoit de tenir, dans les prochaines jours, une réunion de travail avec les responsables des différents corps de sécurité afin d’assurer la protection des centres de vote et des électeurs en cas d’échauffourées. A l’intérieur de cette ligne, le chef de l’Etat a fait appel à un autre acteur, le peuple, qu’il a appelé à se «révolter» en se »se rendant aux urnes et à détruire les rêves de ceux qui veulent arracher l’espoir et confisquer l’avenir». Comment interpréter ce discours ? Tout porte à croire, en premier lieu, que le chef de l’Etat ne considère pas comme une menace les indicateurs sécuritaires actuels. Jeudi dernier, son ministre de l’Intérieur lui a présenté une situation positive en dépit du massacre qui est survenu, la veille, dans la wilaya de Tiaret. Son bilan sur l’investissement local n’était pas, non plus, mauvais et semble même avoir suscité chez le président des motifs de satisfaction. Dans l’esprit d’un certain nombre de gens du pouvoir, en second lieu, l’éventualité du boycott serait catastrophique. D’abord pour le bilan personnel du président de la République. Toute entrave au vote du 30 mai, considèrent-ils, confinerait Abdelaziz Bouteflika dans une très mauvaise posture. Il ferait moins, susurrent-ils, que l’ancien président Liamine Zeroual. Ce dernier, rappellent-ils, a eu une bonne présidentielle et de bonnes législatives en dépit de la contestation dont il a fait l’objet en 1997. Raison plus souterraine et sans doute plus inquiétante: la crainte d’un très fort taux d’abstention.

Bon nombre de cadres, même s’ils ne le disent pas clairement, appréhendent la possibilité d’une abstention record dont le chef de l’Etat, justement, ne veut pas entendre parler. Chaque fois que c’est possible, a-t-il dit jeudi dernier, j’interviendrai pour défendre les législatives.

Son voyage, cette semaine, à l’ouest du pays, ne viserait rien d’autre qu’a mobiliser les bases supposées conquises.

   
www.algeria-watch.org