Briser la chape

M. Hamena, Libre Algérie, 3-16 janvier 2000

L'idée d'une commission d'enquête internationale en Algérie hérisse les cheveux de bien des compatriotes. Elle est rejetée d'emblée par tous ceux qui, aujourd'hui, ont la prétention d'être les dépositaires de la souveraineté de l'Etat. Sans parler de ceux qui s'en servent pour attiser et exploiter le nationalisme à fleur de peau des citoyens basiques et détourner leur attention des réalités. Elle est qualifiée de vaine, de naïve ou d'ingénue par ceux qui - parfois de bonne foi - ont de la peine à imaginer que l'on puisse réellement parvenir à créer cette commission et que cela puisse changer quoi que ce soit dans l'ordre des choses.

En même temps, une certaine apathie a gagné le corps social. La fatigue de l'état de guerre et de ses effets a visiblement aggravé un fatalisme mentalement structurel. Dans ces conditions, il est extrêmement difficile, voire illusoire de mobiliser la société algérienne pour rétablir le droit et la justice. Le système «pourri» (dixit le président Liamine Zeroual) a réussi à atomiser la société, à semer la haine et la suspicion. Il a fait de la violence son moyen privilégié de régulation des contradictions sociales. Selon les cas et les situations, il agit par la terreur, la corruption ou la marginalisation.

Le mépris envers les Algériens est total : institutionnalisation de la fraude électorale, mensonge officiel de Ahmed Ouyahia qui donne un bilan de 27 000 morts, alors que Abdelaziz Bouteflika en reconnaît 100 000... Ne parlons pas des torturés, des exécutions extrajudiciaires, des disparus... La souveraineté nationale, dont un régime se réclame, lui donne-t-elle le droit de commettre toutes ces violations, de les faire passer au registre des pertes et profits tout en prétendant que la concorde civile est instaurée ? Non, estiment des intellectuels totalement disposés à débattre de la question. Et à accepter la contradiction...


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