AMERICAINS ET ALGERIENS PREOCCUPES PAR LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME / Des contrats militaires en perspective ?

Par Fayçal Metaoui, El Watan, 5 novembre 2001

Pour sa troisième visite aux Etats-Unis depuis son investiture en avril 1999, le président Bouteflika a eu des entretiens avec des dirigeants d’importants groupes américains spécialisés en industrie militaire et aéronautique.A la faveur du sommet des hommes d’affaires américains et africains, organisé à Philadelphie par The Corporate Council on Africa (CCA), le chef de l’Etat a rencontré des responsables de Northrop Grumman, Lockheed et Raytheon.

Si rien n’a filtré de ces discussions, il apparaît que l’Algérie est intéressée par l’achat d’équipements militaires. La question avait déjà été évoquée lors de la visite officielle de Bouteflika à Washington en juillet 2001. Au lendemain de cette visite, «un accord cadre» relatif au développement du commerce et de l’investissement avait été signé. Elle avait également été abordée, au moins à deux reprises, par le chef d’état-major de l’ANP, le général Lamari, lors de ses discussions avec l’amiral Charles Abot, commandant adjoint des forces armées américaines en Europe et avec le vice-amiral Daniel Murphy, commandant de la VIe Flotte. Depuis plusieurs mois, l’armée algérienne a engagé «un processus de dialogue» avec les dirigeants de l’Otan. L’achat d’équipements militaires y figure en bonne place, même si officiellement l’on préfère parler de «renforcer la coopération». Bouteflika a évoqué cette question, d’une manière diplomatique, dans son allocution faite vendredi soir devant les membres de la Fondation James Baker. Parlant de la lutte contre le terrorisme, le chef de l’Etat a souligné que cela «nécessite la mise en œuvre de moyens militaires et de sécurité». Pour Stephan Hayes, président du CCA, cité hier par l’APS, l'Algérie et les Etats-Unis mènent «le même combat» contre le terrorisme. Bouteflika a, dans son intervention, réaffirmé le soutien de l’Algérie aux Etats-Unis après les attentats du 11 septembre et rappelé que «le peuple algérien a dû affronter seul, dans l’indifférence générale» le terrorisme. Manière, peut-être, de rappeler que la vente d’armes pour l’armée algérienne, durant les dix dernières années, était frappée d’un embargo non décrété. Alger entend-elle «contourner» les hésitations européennes en la matière ? Possible, mais «un partenariat stratégique» établi avec la Russie, lors de la visite de Bouteflika à Moscou, tend à minimiser cette thèse sans la réduire à néant. Actuellement, des officiers de l’armée algérienne poursuivent des programmes de formation aux Etats-Unis. Le Pentagone semble suivre de près l’évolution de «la professionnalisation» de l’ANP, option toujours au stade de la «réflexion» à Alger. Les trois groupes industriels, dont les dirigeants ont rencontré Bouteflika, sont des partenaires privilégiés du Pentagone. Le ministère de la Défense américain a opté récemment pour Northrop Grumman pour la fusion avec Newport News Shipbuilding (spécialisé dans la construction de sous-marins nucléaires). Northrop Grumman, qui a réalisé un chiffre d’affaires de 3,6 milliards de dollars au premier semestre 2001, vient de décrocher un contrat de 66 millions de dollars avec l’US Air Force pour la fourniture de matériel laser destiné à protéger les gros avions militaires contre les missiles à tête chercheuse. Le E8J-Stars, le nouvel avion radar pour la surveillance terrestre qui sera bientôt «essayé» en Afghanistan, est un Northrop Grumman. Lockheed Martin fournira à la US Air Force un nouvel appareil performant, le Joint Strike Fighter (JSF), un avion supersonique d’une haute valeur combative. Estimé à 200 milliards de dollars, le contrat JSF est qualifié d’historique par les spécialistes. The Northrop Grumman est associé à la fabrication du JSF. Spécialisée dans la fabrication des systèmes de reconnaissance, de contrôle et de détection aériens et d’équipement électronique des missiles, Raytheon, dont le chiffre d’affaires a dépassé les 16 milliards de dollars en 2000, est l’un des fournisseurs les plus importants de toutes les forces armées dans le monde. L’après-11 septembre a donné un coup de fouet, visiblement efficace, aux programmes d’équipement militaire. Exploitant cette conjoncture «favorable», l’Algérie entend profiter pour faire des offres auxquelles les firmes américaines ne sont pas insensibles, en particulier Northrop Grumman. Cette firme, qui était présente lors de la dernière foire internationale d’Alger, a déjà vendu à l’Algérie des avions «présidentiels». Et elle serait intéressée par la signature d’autres contrats. Au même titre que Raytheon et Lockheed Martin. Washington, apparemment, veut aller au-delà des 4 milliards investis en Algérie dans le domaine énergétique. Les Etats-Unis sont le deuxième client de l’Algérie et le deuxième fournisseur. Dans son allocution à Philadelphie, Bouteflika a parlé de la volonté de l’Algérie de renforcer la coopération avec les Etats-Unis «dans un cadre mutuellement bénéfique». «Nous voulons contribuer ensemble à la stabilité et à la prospérité du monde», a-t-il ajouté. Le chef de l’Etat a insisté sur les réformes économiques engagées dans le pays. Washington reproche justement à Alger «les lenteurs» dans la réalisation de ces réformes. Aujourd’hui, le président Bouteflika sera reçu à la Maison-Blanche par le président Bush. Il s’agit du deuxième tête-à-tête entre les deux hommes en trois mois.

 

 

 

 

 

   
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