Colloque international d'Alger sur le terrorisme

Le débat contradictoire évacué

Le Quotidien d'Oran, 24 octobre 2002

Qualifié par ses organisateurs de rencontre scientifique, le colloque international sur le terrorisme n’en verra pas moins la présence de plusieurs officiers supérieurs des forces de sécurité algériens et étrangers, à l’image du général-major Mohamed Touati, du colonel Ali Tounsi et Yves Bonnet, ex-patron de la DST. Les ONG conviées auront pour leur part un statut d’observateurs.

Le comité d’organisation du colloque international sur le terrorisme, qui se tiendra du 26 au 28 octobre au Palais des Nations, a présenté le programme de cette manifestation et la liste définitive des participants.

La conférence de presse du comité a eu lieu hier au siège du Centre international de presse (CIP). Elle était animée par trois de ses membres, en l’occurrence MM. Khomri (PDG de l’ANEP), Boukra et Benhacine. Une quarantaine de communications et d’interventions sont prévues lors des sessions plénières et des 4 ateliers de ce colloque.

Selon les membres du comité d’organisation, ce colloque international, consacré au «terrorisme islamiste», est une «manifestation scientifique» qui doit porter «un éclairage sur la résistance de la société civile et des services de sécurité algériens contre une tentative de destruction de l’Etat et de ses fondements républicains».

«Espace de libre débat sans tabous», comme le qualifient les organisateurs, le colloque international sur le terrorisme traitera de plusieurs thèmes. Plusieurs communications d’officiers supérieurs des services de sécurité sont prévues au cours de cette manifestation. Le général Maïza, chef d’état-major de la 1ère Région militaire, traitera de «L’engagement de l’ANP face au terrorisme». Le lieutenant-colonel Bouzghaïa, directeur de recherches à l’ISESM, parlera du «Terrorisme islamiste en Algérie: ses ramifications et son espace transnational». La communication d’un magistrat militaire, le lieutenant-colonel Zerouk, sera consacrée au «Terrorisme: précédent algérien - ses différentes factions - Quête de légitimation religieuse». Le directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), le colonel Ali Tounsi, évoquera l’expérience de «La police algérienne face au fléau terroriste». Le général-major Mohamed Touati, conseiller aux affaires de défense à la présidence de la République, prononcera la dernière communication sous le thème «L’ANP face au danger d’effondrement de l’Etat national visé par le terrorisme islamiste».

L’ancien patron du contre-espionnage français (DST), Yves Bonnet, traitera des «Exigences d’une coopération internationale de lutte contre la déstabilisation des Etats par la violence». MM. Paul-Marie De La Gorce et Antoine Basbous, directeur de l’Observatoire des pays arabes, traiteront respectivement du «Mouvement de libération nationale, lutte armée, terrorisme: contre les confusions» et des «Origines du terrorisme islamiste: tendances internationales et spécificités nationales».

L’intervention de l’ancien chef du gouvernement, Redha Malek, prévue au troisième de la rencontre, a pour titre «Le terrorisme, une machine de guerre contre la nation algérienne et la civilisation musulmane». Parmi les scientifiques et universitaires, algériens et étrangers, dont les communications ont été retenues, nous avons noté la présence de: Mme Chaulet (sociologue), H. Remaoun (CRASC), André Glucksmann (philosophe), professeurs F.Kacha (psychiatre), Mustapha Khiati (pédiatre) et Me Miloud Bahimi.

Selon les thèmes qui seront évoqués lors de ce colloque, il semble que le débat sera orienté vers une direction unique, celle qui conforte les thèses des autorités algériennes. Fahmi Houaidi, écrivain et chroniqueur d’Al Ahram, de tendance islamiste, est le seul participant en mesure de porter la contradiction puisque Mohamed Harbi, Lahouari Addi et le philosophe américain Noam Chomsky ont décliné l’invitation.

Pour leur part, les ONG internationales invitées, dont Reporters sans frontières (RSF), la FIDH, Human Rights Watch (HRW) et Amnesty International, auront le statut d’observateurs.

Mohamed Mehdi

La LADH boycotte

Le président de la Ligue algérienne des droits de l’Homme (LADH), Boudjemaâ Ghechir a annoncé, hier, qu’il boycottera le colloque international sur le terrorisme qui doit se tenir samedi à Alger. M. Ghechir a fait cette annonce, lors d’un séminaire sur les notions de diffamation et de dénonciation calomnieuse dans les affaires économiques, organisé par la confédération des cadres des finances et de la comptabilité au Centre national d’informatique et de statistiques des douanes.

Ghechir a justifié ce boycott par son refus d’adhérer à la vision de Georges Bush sur le terrorisme. Il souhaite que le débat sur le terrorisme soit animé par des citoyens qui ont vécu les années de sang en Algérie, au lieu d’ameuter des conférenciers venus de l’étranger.

Si M. Ghechir refuse de participer à cette rencontre, c’est aussi pour une raison directement liée à la liberté de l’information. Il indique que l’Etat algérien veut, à travers ce colloque, trouver un alibi pour faire endosser, en quelque sorte, la responsabilité des actes terroristes, à la presse. Pour illustrer ses propos, il cite une phrase émanant des propositions du gouvernement, selon laquelle «le terrorisme ne peut remplir ses objectifs qu’à travers la presse».

A.Mesbah

   
www.algeria-watch.org