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HERVÉ
BOURGES-L'ANNÉE DE L'ALGÉRIE EN FRANCE
Un
événement majeur
Par
Nadjia Bouzeghrane, El Watan, 22 juin 2002
Ce sera
une manifestation sans commune mesure avec les saisons culturelles organisées
jusqu'ici en France en raison des liens et de l'histoire communs",
a indiqué Hervé Bourges, président, pour la partie
française, de l'Année de l'Algérie en France, du
nom d'El Djazaïr, lors d'une rencontre informelle avec la presse.
Il était entouré, côté français, de
Mme Françoise Allaire, commissaire générale, de MM.
Olivier Poivre d'Arvor, directeur de l'Agence française pour l'action
culturelle (AFAA), chargée de la mise en uvre et de la coordination
des manifestations de la saison, et George Morin, délégué
auprès de la commissaire générale pour les relations
avec l'éducation nationale et avec les collectivités territoriales.
Mohamed Bedjaoui, commissaire adjoint algérien, n'a pu être
présent du fait de la grève dans les transports aériens.
L'Année de l'Algérie dont le lancement est prévu
pour le début de l'année 2003 s'étendra sur 12 mois,
soit 4 saisons, prenant ainsi une dimension exceptionnelle. "C'est
un événement majeur. Musées, cinémathèques,
festivals... ont tous répondu présents, ainsi que de très
nombreux interlocuteurs politiques et institutionnels."
Célébration
urbaine
Plus de 100 villes importantes sont déjà partenaires. Plus
de 300 opérations sont labellisées, plus de 600 dossiers
sont à l'étude. Respect du passé et construction
de l'avenir la caractérisent. "Quarante ans après l'indépendance
nous autorisent à regarder l'Algérie avec un regard neuf.
Quel que soit ce regard, quelles que soient les analyses que nous en faisons,
nous ne pouvons rester indifférents. Regarder en face nos blessures.
Un travail de mémoire, d'histoire est en train de se faire avec
justesse, avec courage, pour regarder ensuite l'avenir. En France, le
gouvernement qui vient d'être constitué est animé
d'une volonté d'assumer l'histoire. Deux de ses membres sont d'origine
algérienne." Un appel à projets a été
lancé, il est toujours ouvert, a précisé Hervé
Bourges. Pour identifier les artistes et susciter des initiatives. "Des
dossiers remontent de toutes les régions de France, alors qu'en
Algérie, on assiste à une remobilisation de la sphère
culturelle." Hervé Bourges a pris le soin de préciser
toutefois qu'on allait entendre les opposants alors qu'Amnesty International
a été reçue à sa demande par Mme Allaire.
"C'est leur droit, nous sommes en démocratie. Ils disent que
c'est l'année du pouvoir algérien. Ceux qui n'aiment pas
le régime algérien d'aujourd'hui vont multiplier les communiqués
de presse. Au-delà de tout cela, en profondeur, aussi bien auprès
de la communauté algérienne de souche, que pied-noire et
harkie, les gens disent qu'ils sont heureux qu'il y ait une Année
de l'Algérie pour établir des relations, les rétablir,
entre les deux pays." Des temps forts, des gestes symboliques vont
se produire, parmi lesquels on peut citer l'entrée de l'uvre
de Kateb Yacine à la Comédie française, le concert
de musique à la grande halle de la Villette, une exposition photos
n'excluant aucun événement, aussi douloureux, "rien
ne sera passé sous silence, dans le respect des mémoires
de ceux qui sont morts et des pays", une grande exposition consacrée
à l'Emir Abdelkader... A noter une formidable mobilisation intellectuelle
avec plus de conférences dont un colloque en hommage à Mohamed
Dib à la Bibliothèque nationale. "Nous ne voulons exclure
personne de ce grand feu d'artifice culturel. Les portes resteront ouvertes
jusqu'au dernier moment. Si certains ne veulent pas participer c'est leur
droit, mais ce n'est ni l'année du gouvernement algérien
ni celle du gouvernement français, c'est l'Année de l'Algérie.
Jamais un effort aussi large n'avait été fédéré
en France autour d'un événement culturel." La programmation
est en construction, a souligné Françoise Allaire, "depuis
le 15 février, nous avons fait 17 déplacements en province.
L'Algérie n'est pas si bien connue que cela de nos compatriotes,
il a fallu répondre à des questions préoccupant des
partenaires, expliquer que la sécurité est revenue progressivement
depuis 2 ans et demi. Une soixantaine de Français sont partis en
Algérie pour des missions de repérage, ils ont pu constater
que la vie culturelle redémarrait. Ceci a levé beaucoup
d'interrogations. Des niveaux d'exigence de qualité sont requis
pour la labellisation des projets qui est double : française et
algérienne. De grands projets mais aussi des micro-projets sont
présentés par des associations. On assiste à une
mobilisation générale enthousiaste."
Kateb
yacine consacré
L'Année de l'Algérie bénéficie de partenariats
médiatiques. Des accords ont été signés avec
le groupe Radio France et France Télévision, Beur FM, des
magazines , plusieurs titres de presse et de magazines. Des productions
audiovisuelles seront réalisées. "L'Algérie
est présente tous les jours dans la vie quotidienne française.
Il s'agit de relancer les relations, de s'inscrire dans la durée",
signale Olivier Poivre d'Arvor. George Morin a indiqué, de son
côté, que pour la première fois le ministère
de l'Education nationale a décidé de s'impliquer directement,
relayé dans les rectorats pour demander à des enseignants
volontaires de travailler sur des projets culturels en utilisant des procédures
qui existent. "C'est une nouveauté importante. Même
aux années les plus noires, la coopération bilatérale
n'a jamais cessé. Elle se redéploie, avec de nombreuses
ouvertures comme la restauration d'uvres d'art et de pièces
archéologiques, par exemple, qui sera l'occasion de former des
jeunes." Il y a aussi des offres de résidences d'artistes,
des jumelages entre institutions. Le théâtre de la Criée
de Marseille jumelé avec le TNA. L'ambassade de France dispose
d'un programme spécial sur trois ans pour la formation dans les
métiers de la culture, a précisé Françoise
Allaire. "N'est-ce pas une mission impossible dont vous avez été
chargé ?", demande un journaliste français à
Hervé Bourges. Celui-ci après avoir indiqué qu'il
a eu "des missions plus difficiles", répond que "celle-ci
n'est pas la moins enthousiasmante. Des journalistes français sont
systématiquement hostiles au gouvernement algérien. Mais
il y a une immense attente de cette Année de l'Algérie,
y compris parmi des gens qui ne lui sont pas favorables." Françoise
Allaire a précisé que le choix d'Hervé Bourges pour
présider cette manifestation est important. Il détient une
légitimité tant auprès des Algériens que des
Français. Olivier Poivre d'Arvor a indiqué qu'"une
année comme celle-là ne se décrète pas, l'action
des gouvernements s'est limitée à en prendre la décision.
C'est d'abord et avant tout une manifestation culturelle. Un investissement
considérable a été engagé par les structures
culturelles sur leur propre budget. L'entrée de Kateb Yacine à
l'Académie française vaut tous les matchs de football interrompus."
Il a estimé le coût final de la manifestation à environ
20 millions d'euros pour la partie française.
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