Droit de réponse
adressé à Libre Algérie du 24 avril au 7 mai 2000 au sujet de l'article "le clan d'Er-Ribat"

Brahim Younessi

L'attaque que vous portez contre moi est hallucinante. J'avoue que je ne comprends pas cette hostilité à mon égard, qui confine à la haine. La direction du FFS déraisonne et je l'appelle à se ressaisir. Je ne veux pas amplifier la polémique, mais les propos qui ont été tenus sur ma personne sont mensongers, injustes et vils. D'autant que le journal se sert d'un mort pour émouvoir et tenter de discréditer un homme, une démarche et un combat. Je considère que cette attaque n'est pas fortuite. Elle arrive au moment où le clan de l'éradication aux abois a déclenché une campagne de dénigrement contre moi. Je continue, néanmoins, à croire que le FFS est encore dans le camp de la réconciliation nationale, malgré ses dérapages politiques et verbaux. Au contraire des dirigeants du FFS, je suis partisan de l'amnistie qui fut le leitmotiv de tous les candidats à la dernière présidentielle. C'est une position politique. Elle est mienne et je la partage. Je reconnais, pour ma part, au FFS le droit de faire de l'opposition à l'amnistie une stratégie de "repositionnement" sur la scène politique. C'est son affaire. Je peux, cependant, estimer, c'est mon droit, qu'il fait une erreur. Comme je pense que le FFS s'est trompé en participant aux élections législatives de 1997 et aux municipales de 1998. Ces élections, "piège à con" comme dit J.P Sartre, avaient deux objectifs fondamentaux : isoler le FIS à l'intérieur et donner à l'extérieur l'illusion d'une normalisation politique. Le FFS a, en l'occurrence, servi d'alibi démocratique au pouvoir qui a décidé du nombre de sièges accordés à chacune des formations politiques figurant à l'Assemblée nationale, dans les conseils municipaux et au Conseil de la nation. En dépit des trucages et des tripotages, le FFS continue de valider des élections frelatées et de donner de la crédibilité à des institutions qui, pour le moins, souffrent d'un déficit de légitimité. Je ne suis pas, en effet, favorable à ce type d'élections qui ont, indéniablement, eu des conséquences néfastes pour le pays. La stratégie électoraliste du FFS est un échec patent. Il doit en tirer les leçons. Sinon, il n'y a pas de raison pour que la fraude électorale cesse. C'est donner une prime à celle-ci que d'accepter de siéger à l'Assemblée nationale et de gérer des municipalités. Je trouve, par ailleurs, particulièrement ignoble, indécent, pernicieux et coupable d'écrire : "M. Brahim Younsi accusait, dans des cercles divers, Hachani d'avoir causé la perte du FIS et du mouvement islamiste en participant aux élections législatives de décembre 1991". Jamais je n'ai porté d'accusation contre un frère et n'ai rendu qui que ce soit responsable individuellement de telle ou telle décision prise collectivement. J'avais pour Abdelkader Hachani de l'estime, de la considération et de l'amitié. Se servir de sa personne pour régler des comptes est indigne et odieux. Justifier une position politique contestable en utilisant l'ancien leader du FIS assassiné, démontre que la direction du FFS est non seulement en panne d'arguments, mais elle patauge et s'égare. Je me suis prononcé, en son temps, contre la participation du FIS aux élections législatives de décembre 1991 comme je l'ai fait pour les élections municipales et départementales de 1990. Raisons : les collectivités locales sont sous la tutelle de l'Etat duquel elles dépendent financièrement. Rien n'est alors possible. Les municipalités FFS en savent quelque chose aujourd'hui. Se battre pour un projet de décentralisation eut été, à mon sens, plus gratifiant que de participer à des élections dont le but était de disqualifier le FIS pour mauvaise gestion des communes alors qu'il ne disposait d'aucun moyen juridique et matériel pour régler des situations inextricables. Pour ce qui est des élections de décembre 1991, la crise de mai et l'emprisonnement de la direction du FIS présageaient de leur sort. Il ne fallait pas être grand clerc pour prévoir ce qui allait se passer. La majorité de nos concitoyens avait d'ailleurs acquis la conviction que les législatives du 26 décembre 1991 seraient interrompues en cas de victoire du Front islamique. Le courage politique est de le reconnaître à posteriori. J'ai, quant à moi, conscience qu'avoir raison est dérisoire devant la gravité de la situation de notre pays et l'état de dépérissement de notre peuple. Toute initiative qui peut concourir à soulager sa détresse et à le sortir de la crise, je la soutiens sans calcul ni arrière-pensée. Je ne marchande rien dès lors qu'il s'agit de convictions religieuses ou politiques, et n'ai pas pour habitude de demander une autorisation pour donner mon opinion. Le FFS n'a ni le monopole de l'opposition ni celui de la vérité ni encore celui de la défense des victimes de la tragédie nationale, dont je fais partie. Le parti de Hocine Aït Ahmed n'a pas, non plus, l'exclusivité de la revendication d'une sortie politique de la crise. La décence exige de nous abstenir d'utiliser à des fins partisanes le malheur qui a frappé notre peuple et notre pays. Pour parler comme Thucydide, "Evitons donc, en nous montrant des juges rigoureux des fautes d'autrui, de nous faire tort à nous-mêmes".

 

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