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Algérie
Le terrorisme frappe les civils avec une cruauté renouvelée
La «
concorde civile » de Bouteflika a vécu
Baudouin Loos,
Le Soir du mardi 19 décembre 2000
L'Algérie n'en finit plus
de saigner. L'espoir qu'a incarné le président Bouteflika paraît
évaporé. Qui, au sein de la complexe réalité du
pouvoir, promeut vraiment une sortie politique de la crise ?
Les trois massacres révélés
ce week-end et qui ont coûté la vie à plus de quarante personnes,
dont une quinzaine de lycéens, confirment une donne connue, illustrée
chaque jour par des décès moins nombreux, même plus repris
en « brèves » par les journaux dans le monde : le cauchemar
de l'Algérie continue et la politique de la « concorde civile »
parrainée par le président Abdelaziz Bouteflika depuis plus d'un
an ressemble à un sanglant échec.
Le « raïs » si mal élu en avril 1999 avait tenté
autre chose, une solution qui ne serait ni politique ni militaire,
Beaucoup n'ont pas voulu de la présidentielle générosité.
Parmi ceux-là, les plus fanatiques, perdus dans une vision hallucinée
du Bien et du Mal où l'islam aurait nié ses valeurs, mais aussi
les autres, ceux qui, depuis longtemps, sont devenus de vulgaires coteries mafieuses
sans vraie idéologie sinon celle du profit illicite, sans parler d'un
troisième groupe d'hommes dont on parle sous cape, les infiltrés
de l'ex-sécurité militaire qui auraient investi certaines factions
dites islamistes pour mieux en pervertir les actions et les buts. Car il faut
que la lisibilité de la crise algérienne demeure celle d'une lutte
des « bons républicains » contre les « mauvais intégristes
». Alors que tout reste opaque. Et que les crimes de tous bords bénéficient
d'une quasi totale impunité.
Djamil Ben Rabah, président de la très anti-islamiste Association
pour la vérité et la justice, exigeait hier dans « Le Matin
» d'Alger la démission de Bouteflika au motif que sa concorde civile
serait responsable de la reprise du terrorisme à grande échelle.
Mais « Boutef » n'incarne qu'une partie du pouvoir, en Algérie.
Et une petite partie encore bien. Son gouvernement, où se mêlent
des « islamo-conservateurs », des « islamistes modérés
», des partis « de l'administration » et des « laïcs
éradicateurs » (qui veulent éradiquer l'islamisme, comme
le RCD), a encore moins de pouvoir. Au point que d'aucuns, comme l'éditorialiste
d'« El Watan », hier aussi, en arrivent à se demander si
l'Etat algérien existe vraiment.
Où se situe alors le solde majoritaire du pouvoir ? Au sein de l'institution
militaire, bien sûr, dont le sommet et ses divers clans n'ont jamais cessé
de contrôler l'échiquier politique et, donc et surtout, économique.
Ecrasé sous les problèmes sociaux, pétrifié par
un terrorisme insatiable, le peuple algérien sait bien où se niche
la réalité du régime en place dont les responsables restent
d'ailleurs épargnés par les tueurs, comme si cela allait de soi...
Comment donc cette Algérie encore et toujours frappée dans sa
chair depuis la militaire interruption des élections de 1991 s'en sortira-t-elle
? Sans l'aide de l'étranger, apparemment. Collusion, confusion ou illusion,
les Européens comme les Américains se gardent bien d'intervenir
pour promouvoir la seule voie du salut, celle d'une solution politique qui réunirait
tous les acteurs de la crise sauf, évidemment, les fous furieux sanguinaires
de tout acabit qui, du reste, n'ont que faire d'une table de négociations.
Mais cette voie-là, celle de la raison, nécessite l'approbation
de la « grande muette ». Vu les intérêts en jeu et
le déséquilibre des forces, cela ressemble, à s'y méprendre,
à une mission impossible.
© Rossel et Cie SA, Le Soir
en ligne, Bruxelles, 2000
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