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Alger gracie
les plus dociles
Stephen Smith, Libération, 16 juillet 1999 «Parmi les prisonniers politiques, il n'y en avait que trois ou quatre qui avaient été arrêtés les armes à la main. Ceux pris dans le maquis ont en général été liquidés.» Maître Mesli, ancien condamné et avocat au barreau de Tizi-Ouzou S 'il n'y avait pas l'interphone muni d'une caméra vidéo et la porte en bas de l'escalier qui ne se déverrouille qu'après vérification, l'étude de Me Mahmoud Khelili ressemblerait à tant d'autres dans les faubourgs populaires d'Alger. La pièce principale, fraîche et sombre derrière des volets fermés, est envahie de dossiers. Le bureau, massif, est un entrepôt de feuilles volantes où seuls les petits gâteaux secs et les verres de thé semblent avoir une place permanente. Le désordre correspond à celui de la justice algérienne. «On n'a jamais vu le texte de la grâce présidentielle, dit Me Khelili. On ne sait pas sur quelles bases les prisonniers ont été libérés.» Sur les 5 000 islamistes qui devaient être élargis, seulement 2 300 sont aujourd'hui sortis des cellules. Dossiers vides. La confusion a été érigée en système. Dans le discours officiel, la grâce du 5 juillet est assimilée à une amnistie partielle, d'autant plus facilement qu'une «grâce amnistiante» avait été inventée du temps du président Chadli Bendjedid. La grâce est accordée à une liste nominative de prisonniers dont, en principe, les dossiers ont été examinés. Mais les dossiers des vrais - ou faux - islamistes, communément appelés «les gens de la spéciale» pour avoir été condamnés par des cours spéciales peu soucieuses de détails, sont souvent vides. Alors, qui a été libéré? Officiellement, des «condamnés pour des faits en rapport avec le terrorisme, non coupables de crimes de sang». En réalité, le petit grain moulu par une justice aux ordres. Et encore, seuls ceux qui, docilement, n'avaient pas engagé de recours après leur condamnation ont pu bénéficier de la mesure de grâce. Fourrageant dans l'archivage vivant de son bureau, Me Khelili repêche deux télex qu'il a envoyés à la présidence de la République pour réclamer la mise en liberté d'une dizaine de ses clients, qui avaient eu la mauvaise idée de faire appel. L'avocat relate en détail le cas d'un homme arrêté à sa descente d'un avion en provenance de Suisse, où il résidait depuis dix-sept ans. Identifié sur la foi d'un faux document comme étant le «cerveau d'une filière d'approvisionnement à l'étranger», il a été condamné à neuf ans de réclusion. Ce jugement devait être réexaminé par la Cour suprême le 29 juin, au grand dam des services de sécurité. Lesquels ont trouvé l'astuce: le simple renvoi de l'affaire au 27 juillet, qui a privé le condamné du bénéfice de la grâce, celle-ci étant limitée à une période d'application allant du 5 au 22 juillet. Peur de parler. Kidnapping. Aléatoire. La grâce du 5 juillet aura valu à l'avocat de gagner un mois de liberté. «A Tizi Ouzou, peut-être 150 sur les 600 détenus en ont bénéficié, indique-t-il. Au total, je crois qu'il y a entre 15 000 et 20 000 prisonniers politiques en Algérie.» Quand sortiront-ils? Le système garde ses secrets. Pour l'instant, en guise de justice, il n'a relâché que ceux qui ont renoncé à faire appel de leur condamnation. Même si, par rapport à d'autres, leur peine avait été beaucoup plus lourde. Mais puisque les condamnations n'ont qu'un lien aléatoire avec les crimes commis....
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www.algeria-watch.org
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