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À deux semaines des élections du 10 octobre Kabylie : Scénario pour un affrontement Par Lyès Boudaoud, Liberté, 29 septembre 2002 Le mouvement des archs va empêcher le vote en Kabylie. Le pouvoir va assurer la sécurité du scrutin. L'affrontement menace. Danger. Il était dit que ces élections locales seraient un remake de celles du 30 mai dernier. À la différence bien sûr que cette fois, la Kabylie n'y va pas en rangs groupés. La décision du FFS d'y prendre part, même avec les arguments similaires à ceux de son boycott d'il y a quatre mois, est légitime. Mais elle crée un scénario inédit où le mouvement citoyen va devoir en découdre, en compagnie du RCD, avec les participationnistes dans un décor de film noir. L'État, producteur et réalisateur, a confié la distribution à des acteurs de choix. Depuis quelques semaines, le scénario a quelque peu changé. Pour les besoins du suspense, des séquences ont été ajoutées pour en prolonger la durée. Et tout paraît indécis, au grand bonheur des spectateurs. Tant qu'il a du succès, le film sera à l'affiche. La victime s'interroge : quel sera son sort le 10 octobre ? Que deviendra-t-elle au-delà ? Seul le pouvoir peut le prédire. Aux législatives du 30 mai, la Kabylie était fixée à l'avance sur l'issue du scrutin. Les calculs politiques des uns et des autres dictaient le même impératif : le boycott. Aujourd'hui, la confusion a progressé. Les indices sont au rouge. Le mouvement va empêcher le déroulement du vote et le pouvoir va devoir assurer la sécurité des citoyens et leur droit d'élire des représentants. Vendredi, la Coordination des archs, daïras et communes de Tizi Ouzou (CADC) et la Coordination intercommunale de Béjaïa (CICB) ont rejeté les élections et arrêté les mesures d'empêchement. Des marches sont ainsi prévues le 5 octobre dans les chefs-lieux de wilayas (Tizi Ouzou et Béjaïa) ou, à défaut, dans les chefs-lieux de communes. Dans un pays où tout est fermé, la rue devient aussi légitimement le seul espace de revendication, d'expression, de démocratie et de liberté. Cependant, les 8, 9 et, peut-être, 10 octobre, la Kabylie sera vraisemblablement bloquée, isolée et paralysée. Le mouvement citoyen va interdire laccès aux bureaux de vote. Il a décidé de faire en sorte que ces bureaux, les APC et les daïras soient tous fermés. Il a décidé, du moins pour Béjaïa, d'arrêter la circulation routière le jour du vote. À la différence donc du 30 mai, les militants du FFS voudront élire leurs candidats aux Assemblées de wilayas et de communes. Si l'entêtement des uns rivalise avec la détermination des autres, la confrontation deviendra inévitable. Les forces de sécurité auront-elles le loisir d'intervenir pour rétablir l'ordre ? La question se pose. Selon la porte-parole du gouvernement, Khalida Toumi, l'État prendra des mesures très importantes pour garantir la sécurité du scrutin. Mais celle qui a mené campagne contre l'élection qui a porté M. Abdelaziz Bouteflika au pouvoir n'a pas précisé comment. Des centaines de brigades antiémeutes (combinées à d'autres forces ?) vont encercler la Kabylie pour faire respecter la volonté populaire. Et la région se transformera en terrain d'affrontement fertile. Parce que plus légitime que le pouvoir, le mouvement citoyen a le devoir d'adopter une attitude plus mesurée. Le détournement de voix, pratiqué par les autorités politiques algériennes depuis l'indépendance, ne doit pas laisser place à une nouvelle forme de coercition. Les archs ne sont pas nés pour cela. L. B. ---------------------------------------- Encore des sièges de partis incendiés Des sièges du FFS ont de nouveau été incendiés dans la nuit de vendredi à samedi. Dans les localités dEl-Flay (Béjaïa) et dIlloula (Tizi Ouzou), les bureaux ont été saccagés par des groupes de jeunes non identifiés, qui y ont ensuite mis le feu. À El-Flay, le siège du RCD a également été brûlé dans la même soirée. Au total, huit locaux du FFS auront été incendiés à ce jour, dans la seule wilaya de Tizi Ouzou. À Bouira, les délégués du mouvement citoyen ont appelé à empêcher la mascarade du 10 octobre. Des affiches ont été arrachées et des meetings, du FFS notamment, empêchés. ................................. Où va la Kabylie ? Par S. Rabia L'attention n'est plus portée sur les revendications du mouvement citoyen mais sur les risques d'affrontements entre les partisans du rejet et ceux de la participation. Dès que le FFS a pris, début août dernier, la décision de participer aux élections locales du 10 octobre prochain, les débats sur la situation en Kabylie ont changé de tournure. Les regards ne sont plus braqués sur le bras de fer qui se joue, depuis maintenant vingt mois, entre le mouvement citoyen et le pouvoir ni sur les revendications que porte ce mouvement mais sur les risques d'affrontements entre ceux qui prônent le rejet des élections et les partisans de la participation. Si les indices d'une telle escalade sont légion depuis le début de la campagne électorale dans la région, où des escarmouches sont signalées ça et là entre les militants du FFS et les archs, la situation pourrait prendre des proportions plus graves au fur et à mesure que le jour J approche. Ceux qui étaient à la recherche du pourrissement semblent, en effet, en passe de réussir à détourner le mouvement de ses véritables enjeu en provocant des violences inter-kabyles. Le parti de Hocine Aït Ahmed a-t-il été piégé par les promesses qui ont été faites d'abord à sa direction nationale par de hauts responsables de l'État, pour reprendre l'expression d'Ahmed Djeddaï, puis à celles qui ont été faites aux délégués de Tigzirt par le chef de cabinet de la présidence, en l'occurrence Larbi Belkheir ? N'a-t-on pas dit, fin août dernier, à ces délégués du mouvement citoyen que la plate-forme d'El-Kseur allait être satisfaite dans les prochains jours et que la crise en Kabylie allait s'estomper avant les élections du 10 octobre ? N'ayant pas jugé nécessaire de trouver une solution urgente à un grave problème qui ébranle le pays depuis presque deux années, les gestionnaires des événements déclenchés suite à l'assassinat du jeune Guermah Massinissa dans la brigade de la gendarmerie de Beni Douala, le 18 avril 2001, n'ont fait qu'organiser des fuites en avant. La première diversion fut le pseudo-dialogue initié après la marche noir du 14 juin de l'année écoulée, avec des représentants qui, en fait, ne pouvaient prétendre à être les porte-parole du mouvement. Vint alors le discours de Abdelaziz Bouteflika, le 12 mars 2002. D'aucuns estimaient, en effet, que des mesures allaient être prises pour un retour à la stabilité en Kabylie, mais une semaine après, la vague des arrestations a replongé la région dans la violence. Cette situation, qui a abouti au rejet des élections législatives du 30 mai, n'a pas amené pour autant les autorités à reconsidérer leur gestion des événements du Printemps noir. Si la libération des détenus a été favorablement accueillie par l'opinion publique, cette dernière s'attendait, cependant, à ce que cette décision soit accompagnée dune volonté d'ouvrir un véritable dialogue avec le mouvement citoyen pour une sortie de crise. Mais à l'orée d'une autre échéance électorale, porteuse de véritables dangers, la situation est toujours aussi explosive, notamment avec la participation au prochain rendez-vous électoral du parti de Hocine Aït Ahmed, un autre élément qui s'ajoute à une équation déjà inextricable. À quelques jours seulement du scrutin, les événements se précipitent pour alimenter les risques d'affrontements entre les partisans du rejet et ceux engagés dans la compétition pour les locales. L'heure est particulièrement grave. S. R. |
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