Zerhouni

Opération de proximité

La polémique se poursuit

L'Actualité, 25 août 2002

Encore une fois, le ministre de l’Intérieur, Nourredine Zerhouni, a presque été au centre d’une nouvelle polémique.

Des acteurs de la scène politique ont dénoncé l’opération de proximité initiée par son département à l’endroit des électeurs en vue de les convaincre à y aller voter et surtout tenter de connaître "les problèmes qui empêchent les citoyens de participer aux élections", comme l’a déclaré Mohamed Kendil, secrétaire général dudit ministère. "Normal et tout à fait naturel", a ajouté ce dernier qui s’exprimait jeudi sur les ondes de la Chaîne I de la Radio algérienne.

Pour lui, il n’est pas question "d’obliger le citoyen à aller voter", mais "l’objectif consiste à permettre à l’administration chargée de la gestion de l’opération électorale d’aplanir les obstacles matériels et d’accorder toutes les facilités aux citoyens". Seulement, les détracteurs de cette opération ont un tout autre avis.

Lors d’un point de presse organisé au siège de son parti mercredi dernier, Abdelmadjid Menasra, porte-parole du MSP, a indiqué que les raisons du fort taux d’abstention enregistré durant les législatives du 30 mai sont ailleurs. Selon lui, c’est l’absence de crédibilité des élus qui en est la raison. Allant plus loin, il a assimilé cette opération à un interrogatoire. Pour rappel, depuis quelque temps, des femmes policières se déplacent dans des foyers munis de questionnaires. Certains ont vu d’un mauvais œil le fait qu’elles demandent aux citoyens leurs noms. Là encore, Kendil a déclaré que les questionnaires sont anonymes. Toutefois, il est à signaler qu’il y a des familles qui ont refusé de laisser entrer chez eux ces agents de l’ordre public.

Même si cette démarche soulève des appréhensions ici et là, des observateurs estiment que c’est une manière où une autre de présager de la tendance générale des prochaines élections. Les autorités ne voudraient surtout pas que le scénario des législatives du 30 mai se reproduise. Ce jour-là, près de 54% de l’ensemble des électeurs ne se sont pas déplacés dans les bureaux de vote.

C’est la première fois en Algérie qu’un aussi fort taux d’abstention a été enregistré. Et quelque part, Zerhouni est responsabilisé puisque c’est son département qui gère l’organisation de toutes élections. Dans un tel cas de figure, les raisons ne sont pas, selon plus d’un, d’ordre technique, mais d’ordre politique et socio-économique. Donc, le problème est beaucoup plus complexe. Peut-être par cette opération, Zerhouni compte faire baisser le taux d’abstention.

D’ailleurs, Kendil a cité, toujours ce jeudi, "l’éloignement du centre de vote du lieu de résidence du citoyen et les procédures d’obtention de certains documents administratifs". Zerhouni réussira t-il son pari si tous les problèmes relevés sont pris en charge ? Il est vrai, également, que les législatives et les communales n’ont pas le même intérêt aux yeux des citoyens. D’un autre côté, il y a les partisans du boycott, tels que les Aarchs et certaines formations politiques, auxquelles les autorités devront faire face. La Kabylie a enregistré un faible taux de participation le 30 mai, et il se pourrait que le même scénario soit réédité le 10 octobre.

En dernier lieu, il est clair que depuis quelque temps, le ministre de l’Intérieur, Nourredine Zerhouni, est le membre de l’Exécutif qui a eu le plus de "difficultés". Déjà, aux débuts des événements de Kabylie, il a été la cible de toutes les attaques. Aujourd’hui, cette opération de proximité soulève l’ire de certains acteurs de la scène politique.

Ghany Aïchoune

   
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