Seuls trois partis approchent ou dépassent le cap du million de voix

Nouvelle carte politique, mêmes réflexes électoraux

L’abstention qui reste très forte a également un sens politique qu'il s'agit de saisir

Par Younes Hamidouche, La Tribune, Dimanche 13 octobre 2002

En raflant près de la moitié des Assemblées communales (majoritaire dans 668 d’entre elles et en ballottage dans 323 autres sur un total de 1 541 communes), et surtout avec son score plus significatif dans le scrutin APW (majoritaire dans 43 wilayas et en ballottage dans 2 autres sur 48 wilayas au total), l’ancien parti unique a, à travers ces chiffres officiels annoncés par le ministre de l’Intérieur, confirmé son retour sur le devant de la scène, amorcé en mai dernier (majorité absolue à l’Assemblée populaire nationale) mais dont le premier signe fort remonte à avril 1999 avec l’arrivée à la présidence de la République d’une des figures emblématiques de ce parti, Abdelaziz Bouteflika.Gagner les locales confirme ainsi les intentions affichées du FLN de remettre sous son emprise l’ensemble des assemblées élues du pays. Cela lui octroie également la faveur de premier parti national puisque, outre ses traditionnels fiefs électoraux (Tébessa, Souk Ahras, Oum El Bouaghi…), le parti que dirige l’actuel chef du gouvernement, Ali Benflis, a étalé sa présence sur l’ensemble des régions du territoire national, y compris en Kabylie où il talonne le FFS dans les sièges APC et APW bien que, dans cette région, c’est le boycott et l’abstention qui l’ont largement emporté au vu des très faibles taux de participation qui y ont été enregistrés, notamment à Tizi Ouzou et à Béjaïa. Principal accusé de la fraude de 1997, le RND semble sentir en cet an 2002 ses premiers souffles de crédit en obtenant, sans crier gare, la deuxième place au hit-parade des voix derrière le FLN. Dans certains cas, le RND a même voulu prendre sa revanche en criant à la… fraude, en accusant bien évidemment le parti qui se déclarait, il y a cinq ans, comme étant la «première victime» du bourrage des urnes. Bien qu’il ne soit sorti majoritaire que dans quelques dizaines de communes, le mouvement islamiste de Abdallah Djaballah (MRN-Islah) a, hormis la Kabylie où sa présence est quasiment nulle, réussi à amasser des voix un peu partout comme en témoigne son score avoisinant 1 million de voix, soit la troisième force électorale après le FLN et le RND. Mais le caractère régionaliste de ce parti, dans le prolongement de ce qu’était le «territoire» de la matrice du MRN-Islah, à savoir le mouvement Ennahda dont est essentiellement issue la composante des troupes «islahistes», demeure apparente du fait que la seule wilaya où il est sorti victorieux est Skikda, la région natale du chef de ce mouvement, Abdallah Djaballah. Il en est de même pour celle où il est en ballottage -toujours dans la course APW- puisqu’il s’agit d’une wilaya voisine : Mila. Par contre, des wilayas de la partie orientale du pays, comme Annaba, Khenchela et Constantine, semblent changer de cap politique après avoir été longtemps considérées comme des bastions des mouvements (Ennahda puis MRN-Islah) de Djaballah. La même remarque reste valable pour le FFS, qui, en dépit d’une légère hausse du nombre de sièges réussis dans les APC et les APW, n’est majoritaire que dans deux Assemblées de wilaya (Tizi Ouzou et Béjaïa) qu’il a d’ailleurs eu à présider depuis 1997. Mais cette fois-ci, et contrairement à cette année-là, le parti de Hocine Aït Ahmed devra siéger dans des assemblées qui n’ont été «élues» que par une minorité au sein de la population locale. Le faible taux de participation dans ces deux wilayas (autour de 10% en moyenne, selon des chiffres officiels en attente de «validation») suggère d’amples difficultés pour ce parti qui voit également son électorat, au niveau national, baisser de manière très sensible puisque son score n’est plus que de 198 023 voix (APC) et 202 572 voix (APW), soit près de 200 000 voix en moyenne, loin de ses scores électoraux précédents.Par ailleurs, et toujours en termes d’électorat sur la base des chiffres officiels relatifs aux communales de cet automne 2002, il y a lieu de noter cinq paliers de représentation partisane qui seraient les suivants : le premier est composé solitairement du FLN qui s’est détaché avec près de 2,5 millions de voix. Le second est composé de deux partis dont le score avoisine un million de voix (RND avec 1,2 million et MRN-Islah avec 0,96 million). Viennent en troisième palier le MSP et le PT (ce dernier est classé selon les chiffres des résultats APW puisqu’il n’a pas pris part à la course aux APC), avec un nombre de votants oscillant autour du demi-million (0,6 pour le MSP et 0,5 pour le PT). Au quatrième niveau, on retrouve trois partis dont les scores ont dépassé la centaine de milliers de voix. Il s’agit du FNA (0,27 million), du FFS et du PRA (0,19 million chacun) et, enfin, de AHD 54 avec 0,12 million d’électeurs. Le reste des partis -une quinzaine- à avoir participé à ces élections locales ont réalisé des scores insignifiants puisque, dans le meilleur des cas, ils n’ont pu glaner que quelques dizaines de milliers de voix sur l’ensemble du territoire national. Il faut noter que les scores de quasiment tous ces partis dans le scrutin APC ne diffèrent pas beaucoup de ceux de la course aux APW. Pour leur part, les partis (RCD, MDS…) ayant boycotté ces élections en accordant leurs positions respectives avec celle du mouvement citoyen des archs pourraient revendiquer une part importante du fort taux d’abstention enregistré le 10 octobre 2002 (près de 50%), comme cela reste valable pour les législatives du 30 mai dernier. Là aussi, l’abstention a sa carte puisque, outre la Kabylie frondeuse qui manifeste continuellement sa colère depuis maintenant dix-huit mois, et où ce double scrutin s’est rapproché du «vote zéro», ce sont également les mêmes régions qui se sont fortement abstenues. Deux niveaux d’abstention par wilaya sont ainsi apparents : les grands centres urbains (Alger, Constantine, Oran, Sétif…), d’un côté et, de l’autre, les wilayas fortement touchées par le terrorisme (Chlef, Jijel, Relizane, Aïn Defla, Blida, Médéa…). Au total, un peu plus d’un Algérien sur deux a préféré bouder les urnes à l’occasion de ces deux élections organisées en mai et en octobre 2002.

Y. H

   
www.algeria-watch.org