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Entretien avec Rachid Benyellès :« Aït Ahmed a été mal informé » Le Matin, 8 octobre 2002 Rachid Benyellès, général à la retraite, a fait partie des cosignataires du groupe des 4, auquel appartenait également Aït Ahmed, de l'appel du 16 avril dernier au boycott des législatives. C'est aussi le seul général à être partisan d'une solution négociée de crise algérienne. Dans cet entretien, il réagit à l'appel d'Aït Ahmed rendu public avant-hier pour expliquer sa participation « suicidaire » dans les communales en Kabylie. > Le Matin : Quelle est votre réaction à l'appel que vient de lancer Aït Ahmed, votre ancien allié du groupe des quatre qui a boycotté les législatives ? Rachid Benyellès : Je suis extrêmement gêné par cet appel que vient de lancer Aït Ahmed aux autorités algériennes et aux instances internationales pour justifier sa participation aux communales. Je suis peiné de voir un ancien allié de notre appel (du groupe des quatre : Aït Ahmed, Taleb Ibrahimi, Ali Yahia Abdenour et Rachid Benyellès) du 16 avril dernier au boycott des législatives changer de cap dans ces communales. Et ce d'autant plus que nous nous retrouvons aujourd'hui dans deux camps opposés. Mais nous avons suffisamment de décence pour ne pas considérer notre allié d'hier comme un ennemi d'aujourd'hui. Je ne parle pas au nom de Taleb et de Ali Yahia, mais je me considère d'autant plus peiné de voir un parti comme le FFS, parti démocratique, républicain, représentant une force de progrès dont on avait grandement besoin en Kabylie, s'engager sur une mauvaise pente et de courir le risque de le voir disparaître de la scène politique. Cela dit, il m'est difficile de prendre position tranchée et dénoncer ce parti. > Comment expliquez-vous l'entêtement du FFS à aller jusqu'au bout dans les communales en Kabylie malgré ce qui se passe sur le terrain ? Avant d'expliquer son entêtement à aller jusqu'au bout dans les élections en Kabylie malgré le refus signifié par cette région, il me semble nécessaire d'expliciter ce qui me semble être les raisons de sa participation suicidaire. D'abord, je tiens absolument à réfuter la thèse selon laquelle Aït Ahmed aurait eu un deal avec le Pouvoir. Je suis convaincu qu'Aït Ahmed a suffisamment de sens de l'honneur et de la constance pour ne pas répondre à des tractations sourdes. Ce n'est pas de ses habitudes. > Ces explications relèvent, à notre sens, du subjectif. N'y a-t-il pas de raisons objectives ? A mon avis, cela procède d'une analyse erronée de la situation politique dans le pays et en Kabylie en particulier. Le premier facteur de cette perception erronée s'explique par le fait qu'Aït Ahmed s'est fié à ce qui est appelé communément sa « base militante » laquelle a certainement été favorable aux communales. Or, Aït Ahmed pourrait ne pas s'être rendu compte de l'atténuation du militantisme de ses troupes. Dès lors, cette base n'est, en fait, intéressée que par des postes à occuper. Si les législatives ne lui offraient que quelques postes de députés, ces communales, en revanche, permettent à plusieurs centaines de ses « militants » de nombreuses facilités. Cela est le propre de tous les autres partis. Mais je le redis, je suis plutôt enclin à expliquer le revirement d'Aït Ahmed par le fait qu'il a été mal informé par son staff. > Il n'a pas cessé de condamner les aârouch. Est-ce une autre raison de sa mauvaise perception de la crise ? Au FFS, on n'a jamais admis qu'il puisse y avoir une force politique autre que la sienne au premier rang en Kabylie, qui est son fief naturel. Dès lors, il n'a jamais envisagé avaler l'émergence des aârouch comme structure politique indépendante. Comme les autres partis traditionnels, le FFS a perdu l'initiative politique en Kabylie. Et c'est pourquoi il pensait la récupérer lors des communales. Et il était injuste de sa part de condamner les aârouch et de les accuser de « groupes actionnés par le Pouvoir ». Ce qui est totalement faux à mon avis, car le mouvement citoyen ne cesse de prouver le contraire sur le terrain. En prenant cette décision d'aller aveuglément aux locales, Aït Ahmed est allé dans le sens de certaines organisations internationales, l'Internationale socialiste en particulier, le gouvernement français et américain qui ont pour stratégie de consolider le régime en place. Et cela relève directement des conséquences du 11 septembre. > Etes-vous convaincu que le FFS ira jusqu'au bout ? Aït Ahmed pourra-t-il se ressaisir et se retirer des élections en évitant le chaos ? Je tiens à préciser que je m'inscris totalement en faux contre l'idée qui veut que ce chaos soit l'uvre de règlement de comptes des clans du Pouvoir. La crise en Kabylie comporte un prix à payer et Monsieur Bouteflika ne veut pas le payer par immobilisme, incompétence, irresponsabilité, impuissance. La situation lui échappe totalement. C'est pourquoi il y a urgence à son départ. Cela dit, je crois que le FFS ira jusqu'au bout malgré le chaos dont il est partie prenante à son corps défendant. Ses militants sont convaincus qu'ils sont victimes du chaos, alors qu'ils participent à le nourrir. L'appel que vient de lancer leur leader prouve que son parti croit être dans la bonne cause. C'est l'erreur fondamentale. Cela dit, je persiste à croire qu'Aït Ahmed est un homme intègre. > Quelle est votre vision de cette crise dans la perspective de l'élection présidentielle de 2004 ? On ne réglera aucun problème et ce ne sont pas les élections qui résoudront la légitimité du Pouvoir. L'Algérie continuera à vivre dans la crise sans aucune perspective de règlement de la situation en Kabylie. Franchement, je ne vois pas comment les communes pourront être fonctionnelles dans cette région, dont la revendication principale est le départ du Pouvoir, celui de Bouteflika. Dans un pays démocratique, il est facile de faire des prévisions. Or, chez nous, tout se décide au jour le jour. Il est réellement trop prématuré pour se prononcer sur la présidentielle de 2004. Tous les scénarii sont possibles. Entretien réalisé par Rachid Mokhtari |
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