La région est face à elle-même

Crise en Kabylie : les enjeux sont-ils ailleurs ?

L'Actualité, 13 août 2002

Faut-il nécessairement s’attendre à une confrontation FFS-Aârchs dans le cas où le parti de Hocine Aït Ahmed maintiendrait sa décision d’aller aux élections locales le 10 octobre prochain ? Répondre à la question nécessite, à l’évidence, de connaître les lignes de partage qui séparent les deux parties.

Plus, il incombe de savoir sur quel aspect exactement le FFS et les Ârchs ne peuvent pas se mettre d’accord. A première vue, il n’existe aucune raison valable qui pourrait justifier une dégradation des rapports entre le FFS et les Ârchs. La raison en est toute simple : pour des raisons évidentes, le FFS ne peut être perçu autrement que comme le meilleur allié qui reste au mouvement citoyen.

Le FFS a, à ce jour, toujours refusé de cautionner la politique "du Pouvoir corrompu, autoritaire et totalitaire", un peu comme se refuse, aujourd’hui, à faire le mouvement citoyen de Kabylie.

Le FFS qui a été trahi, très souvent, par ses partenaires politiques, y compris par ceux qui se revendiquent du camp, le mouvement citoyen de Kabylie est, de ce fait aussi, le seul allié sûr dont dispose actuellement le parti. La volonté du mouvement citoyen d’"en découdre avec le système et d’instaurer en Algérie une démocratie pluraliste respectueuse des libertés individuelles et collectives" constitue la plus importante des cautions que le parti d’Aït Ahmed n’ait jamais trouvé à son combat "avant-gardiste".

L’on se souvient qu’à l’époque où le FFS avait parlé de "régionalisme positif", tout le monde l’avait pointé d’un doigt accusateur et accusé, comme aujourd’hui, de mettre en péril "la cohésion nationale".

Le problème ainsi posé autorise-t-il à dire, maintenant, que le FFS, en décidant de participer aux prochaines locales, "a trahi la cause citoyenne" comme le soutient le RCD et certains membres des Ârchs ? Peut-on également croire que le FFS a décidé de tourner le dos à son combat vieux d’une quarantaine d’années rien que pour se contenter de quelques mairies surendettées ?

Peut-on se suffire, encore, de l’idée que l’attitude des dirigeants du FFS est dictée par la crainte de voir leur parti phagocyté par le mouvement citoyen ? Pour répondre à cette interrogation, il faudrait voir dans quelle proportion exacte le FFS a perdu pied en Kabylie.

A l’inverse, l’on peut aussi intégrer dans l’analyse l’idée que tout est fait pour provoquer la disparition du FFS, un parti qui représente, à lui tout seul, l’opposition au Pouvoir la plus crédible et la plus constructive. Une disparition qui conduirait à une recomposition politique, par la force et non par les urnes, tant au niveau de la région que sur le plan national. Si ce n’est pas cela, alors quoi de plus sérieux peut bien expliquer toute la haine qui existe entre le FFS et les Aârchs ?

Khider A.

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