Un électeur sur deux n’a pas voté et violences en Kabylie

Le FLN domine, le RND «revient»,le FFS déghettoïsé

El Islah et le PT maintiennent le cap de progression alors que le MSP poursuit son recul et banqueroute totale pour Ennahda

Par Abdelkrim Ghezali, La Tribune, Samedi 12 octobre 2002

Les résultats enregistrés lors de ces élections locales, sous réserve des résultats définitifs, des soupçons de fraude et des recours qu’introduiront certains partis, du taux de participation en Kabylie qui va infléchir le taux national avancé, confirment les tendances qu’ont déjà dégagées les chiffres des élections législatives du 30 mai dernier. La moitié des électeurs ne se sont pas rendus aux urnes. S’il est difficile d’apprécier et de faire la part des choses dans les motivations de l’abstention en Kabylie en raison d’une violence décourageante et du climat de terreur qui y régnait bien avant le 10 octobre, dans le reste du pays, la forte abstention est l’expression d’un désaveu de la classe politique de la gestion catastrophique, voire criminelle, des collectivités locales et du degré de discrédit de ces structures aux yeux de plus de 7 millions d’électeurs. Les sept millions de suffrages exprimés ont confirmé le retour en force du FLN, qui occupe le haut du pavé des collectivités locales après avoir repris la majorité à l’APN et avant de ravir au RND celle du Sénat lors du prochain changement de ses deux tiers. Cette position est loin d’être une sinécure si le parti de Benflis et ses élus sont venus pour prendre réellement en charge le passif des énormes problèmes sédimentés depuis plus de dix ans et qui ont approfondi la crise de confiance, le désarroi et le désespoir des citoyens. Le discours de Benflis sera donc mis à l’épreuve du terrain aussi bien sur la moralisation de la vie politique et publique que sur la bonne gouvernance. Ce qui est paradoxal et que ne manqueront pas les observateurs de relever est le résultat officiel obtenu par le RND en termes de nombre de voix. 1 263 461 voix pour les APC contre 630 241 lors des législatives. Les voix du FLN ont connu une baisse puisqu’elles passent de 2 632 705 voix à 2 501 003. El Islah reste également dans la même proportion puisqu’il enregistre une progression logique, passant de 746 884 voix lors du 30 mai dernier à 960 218 pour les locales. Pratiquement tous les partis ont connu des variations dans leurs résultats respectifs entre le 30 mai et le 10 octobre soit en raison du mode de scrutin des locales, soit en raison des choix des électeurs mais les écarts ne sont pas aussi flagrants que ceux du RND, qui «double» carrément son score en termes de voix et ce, en l’espace de moins de cinq mois, pour devenir le deuxième parti au niveau des APC et le troisième au niveau APW. Le FFS a enregistré, par rapport à octobre 1997, une avancée en termes de sièges aussi bien au niveau des APC que des APW, même s’il a reculé en termes de voix. Le parti d’Aït Ahmed, qui a été sanctionné en Kabylie par l’empêchement du vote, a réussi à s’imposer comme force nationale en brisant le ghetto kabyle. Avec 198 023 voix, le FFS a remporté 684 sièges dans les APC contre 645 sièges en 1997 avec 343 397 voix. Au niveau des APW, le FFS enregistre 202 572 voix qui lui assurent 83 sièges contre 55 sièges en 1997 avec 311 095 voix. Cependant, une question reste posée : comment le FFS pourra-t-il rétablir la confiance et la sérénité dans une Kabylie déchirée politiquement. Le défi est d’autant immense qu’il s’agit pour les élus du FFS de transcender les clivages politiques qui ont marqué la région jusque-là.

A. G.

   
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