Scrutin du 10 octobre

Ses enseignements et ses retombées politiques à Béjaïa

Par Moussa Ouyougoute, La Tribune, 13 octobre 2002

S’il est vrai que le scrutin du 10 octobre a confirmé que «l’abstentionnisme est devenu une donnée structurelle», force est de constater que la réaction a été tout à fait singulière à Béjaïa et en Kabylie d’une manière générale. Dans cette région sensible du pays, les populations auraient certainement été tentées de renvoyer dos à dos et les participationnistes, le FFS plus particulièrement, et les partisans du rejet.Dans le cas de la wilaya de Béjaïa, les citoyens n’ont pas eu tellement le choix. Les bureaux et centres de vote ont été assiégés dans plusieurs localités avant même le début de l’opération de vote. Plus grave encore, dans certains quartiers des villes et villages de Béjaïa, les voix de nombreux électeurs et électrices n’ont pas été comptabilisées pour la bonne et simple raison que des «groupes d’assaut» sont passés juste après pour évacuer les centres de vote et détruire les urnes.Lors d’une tournée effectuée le jour du scrutin au niveau des quartiers populaires et populeux d’Ihaddaden, Ighil Ouazzoug, le plateau Amimoun et Sidi Ahmed, on a constaté que durant les premières heures du vote, les citoyens ayant répondu à l’appel des participationnistes n’étaient pas nombreux bien que pouvant accomplir en toute tranquillité leur devoir électoral. A Aokas, où des militants du FFS avaient discrètement fait le pied de grue devant les centres de vote dissuadant du coup les groupuscules «envoyés» pour «fermer» ces centres, il n’y avait pas foule devant les isoloirs. Ce qui dénote d’un boycott pacifique dont l’origine n’est certainement pas à mettre à l’actif du front anti-vote mais se voulant plutôt un désaveu au FFS dont la gestion des communes a été très en deçà des promesses électorales faites en 1997. Désaveu donc cinglant des stratégies de gestion des communes mais aussi désaveu des troupes chargées de leur mise en œuvre. Dans le même registre, cette désaffection ne peut en aucun cas constituer le triomphe des archs vu la manière -ne parlons surtout pas d’art- avec laquelle a été menée l’opération anti-vote le jour du scrutin. Ainsi, des citoyens désabusés par le fait que l’on vienne de manière musclée les empêcher d’exprimer un acte citoyen, nous ont rapporté que des «brigades» avaient sillonné tranquillement certains quartiers pour détruire les urnes. Démontant du coup un maillage sécuritaire des abords des centres de vote. Cette dernière remarque bat en brèche la thèse selon laquelle le scrutin du 10 octobre se serait déroulé sous les baïonnettes.Pour l’avenir immédiat, la région n’en restera certainement pas là. Un bras de fer mettra aux prises les trois acteurs de la scène politique locale, à savoir le FFS, de nouveau majoritaire dans les communes, la structure des archs qui n’en démorde pas de rester le seul guide des choix politiques dans la région et le pouvoir qui pourra désormais compter sur le retour d’un allié de taille, le FLN. Il n’en demeure pas moins qu’un regain de mordus est plus que nécessaire pour les trois protagonistes. Le FLN se doit de «domestiquer» le sentiment de frustration des populations locales, celles-ci ne pouvant balayer d’un revers de la main les accointances de ce parti avec les pouvoirs successifs négateurs de l’identité amazighe et de toutes les autres libertés, individuelles et collectives. Le FFS se devant de reconquérir les masses qui, naguère, ne juraient que par lui. Sa tâche sera donc des plus ardues : en matière de gestion des communes, il doit alors se surpasser pour combler le déficit en légitimité. Les archs, enfin, qui ont certainement plus d’un tour dans leur sac, doivent impérativement revoir leur stratégie quelque peu figée dans le cycle marches, grèves et émeutes. La région est incontestablement appelée à vivre de nouveaux développements qui tranchent avec les scénarios catastrophe.

   
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