Aârchs-pouvoir : début d’un nouvel épisode

De notre bureau, A. Mezhoud, Le Jeune Indépendant, 22 octobre 2002

Alors que la ministre de la Culture et porte-parole du gouvernement, Mme Khalida Toumi, a annoncé, lors de sa dernière conférence de presse, à propos des élections en Kabylie, qu’il sera procédé à l’installation de commissions administratives provisoires dans les communes où le vote n’a pas eu lieu, les aârchs ont décidé, à l’issue de leur réunion tenue vendredi passé à Tifra, de tenir des sit-in populaires devant tous les sièges d’APC où le vote a eu lieu pour empêcher l’installation officielle des nouveaux élus dans leurs fonctions. Dans leur déclaration publique qui a sanctionné la réunion de Tifra, ils remettent encore sur le tapis le principe de rejet d’élus et d’administrateurs et ce, pour accentuer la crise institutionnelle en Kabylie et pousser le pouvoir à répondre à la revendication relative à la satisfaction pleine et entière de la plate-forme d’El-Kseur. Un nouvel épisode préélectoral commence alors entre les aârchs intransigeants et le pouvoir ferme, tout en sachant que la prochaine échéance électorale aura lieu après le premier trimestre de l’année 2004. D’ici là qu’y aura-t-il ? Avec 21 communes dont le vote a été empêché, peut-on dire que le pouvoir est en train de réduire le territoire d’influence des aârchs, car sur les 119 que comptent Béjaïa et Tizi Ouzou, 68 communes ont élu leurs assemblées populaires. Cela dit, une majorité absolue. L’appel de l’inter-wilayas et des sit-in populaires devant les sièges d’APC pour empêcher l’installation des nouveaux élus est peut-être une sortie pour reconquérir des territoires. Sur un autre plan, les aârchs considèrent que ces élus doivent être mis en quarantaine, dans la mesure où le taux de participation de la population est très infime. Quant au pouvoir, par la voix du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales, il considère que les citoyens ont été empêchés de s’exprimer démocratiquement d’où le fait que le vote bénéficie d’une légitimité morale. Pour mettre à l’épreuve la capacité de mobilisation et de représentativité des aârchs sur le terrain, le pouvoir a procédé à l’arrestation de certains délégués, à leur tête Bélaïd Abrika, un des membres influents du mouvement. Selon des observateurs avertis, ces arrestations sont une preuve du pouvoir aux aârchs, au lendemain du scrutin du 10 octobre. Les aârchs, qui, selon toute vraisemblance, ont compris l’enjeu, préfèrent rester prudents en appelant à engager des débats dans les quartiers et villages. Depuis l’arrestation de ses délégués et notamment Bélaïd Abrika, aucune réunion d’envergure à l’instar des précédentes n’a été organisée à l’exception de sit-in devant les tribunaux et ont, par ailleurs, préféré encore recourir à la menace qui consiste à expulser tous les chefs de daïra à travers toute la Kabylie. Décidémment, le pouvoir est déterminé à réprimer toute manifestation. Exemple en est des trois délégués arrêtés lors du sit-in d’avant-hier à Sidi Aïch. Toutefois, le chef du gouvernement continue toujours à déclarer que son gouvernement est toujours ouvert au dialogue avec tous ceux qui peuvent contribuer à résoudre la crise en Kabylie. Peut-on comprendre que le pouvoir utilise la main de fer dans un gant de velours pour mettre un terme à la crise en Kabylie ? A. M.

   
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