Raz-de-marée FLN, percée du MRN-Islah et du FNA, stagnation du FFS, recul du RND et du MSP, effacement d’Ennahda

Fait marquant : un nouveau fort taux d’abstention

Par Younes Hamidouche, La Tribune, 12 octobre 2002

Comme lors des dernières législatives, un peu moins d’un Algérien sur deux est allé voter. Plus de la moitié du corps électoral national a préféré s’abstenir. Le taux d’abstention a connu, lors de toutes les consultations électorales organisées en cet an 2002, des proportions jamais atteintes depuis l’indépendance du pays. La crise de confiance n’a jamais été aussi profonde. Outre le fait majeur de ces élections du jeudi 10 octobre 2002 incarné par un nouveau fort taux d’abstention, après celui record des législatives de mai dernier, les chiffres des résultats officiels, sous réserve de validation par le Conseil constitutionnel, annoncés hier par le ministre d’Etat, ministre de l’Intérieur et des Collectivités locales, Noureddine Yazid Zerhouni, font ressortir un raz-de-marée du FLN de Benflis, une percée du MRN-El Islah de Djaballah et du FNA de Touati, une stagnation du FFS d’Aït Ahmed, un recul du RND d’Ouyahia et du MSP de Nahnah, ainsi que le quasi- effacement d’Ennahda de l’ex-secrétaire général Adami. Ce dernier, qui faisait partie il n’y a pas très longtemps de la coalition gouvernementale et qui gérait des dizaines de communes, se retrouve majoritaire dans une seule commune sur l’ensemble du territoire national. Ainsi, Ennahda, après avoir été le parti à «un seul député», à l’issue des dernières législatives, réalise la même contre-performance en ne s’adjugeant qu’une seule majorité dans les APC et aucune dans les APW. Vient ensuite le recul net des autres islamistes du MSP qui se voient ainsi dépassés par les partisans de Djaballah, devenus première force politique au sein de cette mouvance. Autre recul important, celui du RND qui voit ainsi le dernier bastion de sa majorité acquise en 1997 tomber lors de ces locales dont les résultats réduiront certainement sa présence au sein de la seule assemblée au sein de laquelle il demeure encore sur ses deux pieds : le Sénat.Même si ses pertes ne sont pas du même poids que celles du RND, le FFS de Hocine Aït Ahmed a pris un sérieux coup lors de ces locales puisqu’en termes d’électorat, ses pertes sont réellement considérables. Moins de 200 000 voix ont été comptabilisées pour ce parti à l’issue du dépouillement, ce qui constitue le plus faible score de ce parti depuis son entrée dans les courses électorales.La chute du nombre des électeurs du FFS est couverte par la seule stagnation du nombre de sièges qui lui ont été attribués comparativement à ceux obtenus en 1997. L’incompréhensible revirement dans la position de ce parti aux yeux de ses électeurs potentiels, notamment après son inscription -il y a seulement quelques mois- dans la logique du boycott prôné par le mouvement citoyen, semble coûter cher au Front d’Aït Ahmed. Ce 10 octobre a été différemment vécu par les deux principales formations politiques implantées dans la région de Kabylie, le FFS et le RCD, avant que ne surgisse, depuis près d’une année et demie, le mouvement citoyen des archs. Au RCD, le ton était à l’optimisme en ce jour de «non-élection mais de mascarade et de vote trahison du combat citoyen». Le vote zéro s’est finalement concrétisé quasiment dans la globalité des localités de Kabylie alors que dans le reste du territoire national, l’affluence vers les bureaux de vote a été des plus timides, quelque peu comme cela s’est vérifié il y a quatre mois à l’occasion des législatives du 30 mai dernier.Au FFS, le ton n’était plus à l’optimisme dès les premières informations en provenance de Kabylie, région qui était considérée comme étant le fief de ce parti, d’une très forte abstention. Le FFS entrait ainsi progressivement dans la débâcle à mesure que le temps s’égrenait en ce jeudi 10 octobre 2002. Les résultats communiqués hier par le ministre de l’Intérieur, Noureddine Yazid Zerhouni, mettent le parti de Hocine Aït Ahmed en… sixième position dans les APC alors que ce parti se présente en «troisième voie», c’est-à-dire la première force à s’intercaler entre les islamistes et les partis de la mouvance dite nationaliste, au pouvoir depuis quarante ans. En s’apprêtant à célébrer ses quarante ans d’existence, le FFS risque de se retrouver dès les prochains mois face à la colère de ses administrés dont la majorité a boycotté ce scrutin qui fige le FFS dans sa position puisqu’il n’est majoritaire que dans les deux APW qu’il dirigeait (Tizi Ouzou et Béjaïa, cette fois-ci avec un très faible taux de participation). Même lors des premières locales pluralistes de juin 1990, boycottées par le FFS (et entrée en lice du RCD), le taux de participation en Kabylie dépassait en moyenne le seuil des 25% avec notamment 27,08% à Tizi Ouzou et 22,82 à Béjaïa. Ce taux a été loin d’être atteint jeudi dernier. Jamais des taux d’abstention aussi bas que ceux de cet an 2002 (législatives du 30 mai et locales du 10 octobre) n’avaient été enregistrés dans cette région du pays. Au lendemain des locales du 23 octobre 1997 (participation de tous les partis y compris le FFS et le RCD -seul le MDS a boycotté), un taux de participation de 65,21% avait été annoncé. L’écrasante majorité attribuée au RND avait fini par provoquer une protesta qui s’était étalée ensuite sur plusieurs semaines avec la participation de l’ensemble des autres partis, celui déclaré aujourd’hui vainqueur (FLN) y compris. Cinq années après cette protesta, les élections locales de jeudi dernier susciteront certainement des cris de contestation de la fraude mais ne risquent pas de provoquer la même mobilisation dans la rue car, cette dernière a manifesté, notamment en Kabylie, sa désapprobation bien avant ce rendez-vous avec les urnes mais, aussi, lors du déroulement de ce scrutin. Reste à savoir de quoi sera fait demain face aux accusations de fraude qui ne manqueront pas d’être mises en avant.

Y. H.

   
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