Au colloque international sur le terrorisme

Le général Touati : l’ANP est à la disposition des autorités politiques

Par Hamidou B., Jeune Independant, 29 octobre 2002

La problématique du terrorisme, sa définition, les raisons sociales et économiques de son apparition, ses développements, ses ramifications, au niveau international et la lutte antiterroriste ont fait l’objet de communications d’experts, de professeurs, d’universitaires et d’hommes politiques, durant la dernière journée des travaux du colloque international sur le phénomène, au palais des Nations (Alger).

Cette journée aura été marquée notamment par l’intervention du conseiller militaire du chef de l’Etat.

Le général Mohamed Touati explique dans une longue communication le processus qui a mené à l’arrêt du cheminement électoral en précisant : «L’armée, si elle a souscrit clairement pour l’arrêt du processus électoral, elle l’a fait de concert avec le gouvernement, ainsi qu’avec d’autres forces politiques et sociales, non pas par aventurisme putschiste mais, bien au contraire, par fidélité à l’esprit démocratique consacré par la Constitution tout entière. L’ANP, au niveau de son commandement, a étroitement participé avec les autorités gouvernementales à la mise en œuvre d’une démarche politique ayant pour objectif la sauvegarde de l’Etat national, la préservation du maximum de prérogatives de souveraineté tant à l’extérieur que pour l’ensemble de son espace territorial national, la défense de la voie démocratique et pluraliste, seule à même de mener réellement vers un Etat de droit et le maintien du fonctionnement normal des services publics, partout sur l’étendue du territoire national.

Le conseiller de Bouteflika affirmera qu’on peut soutenir que le danger de talibanisation de l’Algérie est sérieusement éloigné malgré que des handicaps sérieux subsistent. Le pays est aujourd’hui, indiquera Touati, dans une situation et une posture qui peuvent réellement lui permettre la reprise de son essor politique, économique et social.

Le général Touati indiquera par ailleurs que ce qui a marqué l’Algérie durant ces dix dernières années fait que les choses ne sont plus comme avant. «Beaucoup de choses ont évolué et elles continuent d’évoluer», affirmera-t-il. Parlant des prérogatives de l’ANP, le conseiller militaire du chef de l’Etat dira que l’action de l’armée pour la résorption de l’insécurité obéit à des dispositions légales et réglementaires. Cette action, précisera-t-il, relève toujours du contrôle des autorités gouvernementales et de la compétence des autorités judiciaires. «L’armée demeure une institution disciplinée au service de l’Etat et de la Nation, à la disposition des autorités politiques légitimes pour l’accomplissement de ses missions légales dans le cadre de la constitution républicaine du pays», notera le général Touati. Le général a indiqué dans son exposé que le président Chadli a démissionné, c’est aussi le cas du général Zeroual. Le conseiller de Bouteflika a fait un flash-back des événements qui ont secoué l’Algérie, avant, pendant et après l’arrêt du processus électoral. Ali Tounsi, le directeur général de la DGSN, fera pour sa part une analyse sur les raisons qui ont fait de l’Algérie un terrain d’expérience d’un nouveau système politique. Il dira à ce propos : «Lorsque l’intégrisme islamiste a décidé de choisir l’Algérie comme pays pilote pour ses visées subversives de prise de pouvoir, cela n’était pas le fait du hasard mais le résultat d’une étude qui faisait de notre pays un modèle de système politique, économique et social au bord de la déliquescence.»

Il ajoutera dans ce contexte que les stratèges de la violence terroriste mondiale, constatant les nombreuses données qui leur étaient favorables en Algérie, ont décidé d’accélérer le déclenchement de leurs opérations militaires avant même que le prétexte légal de démocratie bafouée leur soit donné.

Le colonel Tounsi dira qu’avant «l’annulation des législatives de décembre 1991, l’organisation intégriste terroriste, sous le couvert d’un parti créé pour l’occasion, avait déclenché des opérations de violences, d’assassinats et de dévastation». Rédha Malek, qui faisait partie du HCE après l’assassinat de Boudiaf, parlera dans sa communication du terrorisme islamiste en Algérie. L’ancien chef du gouvernement esquissera dans un flash-back historique les racines du terrorisme islamiste en Algérie, expliquant que ce dernier renvoie à une double racine, l’une interne et l’autre externe, mais constituant, selon le conférencier, «un couple fondamentalement indissociable». Il parlera dans ce contexte de cheikh Sahnoun, qui n’a pas hésité, selon Rédha Malek, à «s’attaquer dans les années 60 et début des années 70 à la politique du président Boumédiene». Il parlera aussi de cheikh Abdelatif Soltani qui, selon l’orateur, a mis en doute sa qualité de chahid, «usurpée».

Il dira, par ailleurs, en citant les forums de coopération que le processus de Barcelone est bloqué à cause du Porche-Orient, en rappelant dans ce cadre de coopération internationale la réunion des ministres de l’Intérieur, en 1999, entre l’Algérie, la France, l’Espagne, l’Italie et la Tunisie. Echeverria plaidera pour une coopération globale pour «lutter efficacement contre le terrorisme». L’ancien directeur de la DST, le Français Y. Bonet évoquera les difficultés à définir le terrorisme. Cette difficulté réside dans l’approche de ce phénomène, parlant de la lutte des mouvements de libération, considéré par les uns de terrorisme. Il citera, dans ce cas, l’Algérie dans sa lutte de libération nationale. L’ancien patron de la DST dira que le terrorisme est une réponse violente d’un groupe minoritaire. Il plaidera dans sa communication une coopération internationale entre les services de renseignements. A noter la présentation hier d’une édition spéciale de la revue El Djeich, consacrée à la conférence de presse du général de corps d’armée, M. Mohamed Lamari, chef d’état-major de l’ANP, le 2 juillet 2002. H. B.




«La levée de l’état d’urgence relève de l’appréciation des autorités politiques»


Le conseiller militaire du président Bouteflika, le général Mohamed Touati, a affirmé, hier dans une conférence de presse, au palais des Nations, qu’il n’y a aucun conflit entre l’institution militaire et la présidence, tout en précisant que l’ANP a approuvé la politique de concorde civile. «Je suis de ceux qui ont été à l’origine de l’idée de la concorde civile», indiquera le général Touati. «L’AIS a cherché une issue aux éléments qui se trouvaient dans les montagnes […] et l’ANP l’a encouragé», dira Touati. «L’accord sur la concorde civile, précisera le général Touati, n’a concerné que l’aspect sécuritaire. Quant à l’aspect politique, l’ANP n’a pas voulu traiter.» Il précisera, par ailleurs, que le délai fixé par la loi sur la concorde civile est terminé.

«S’il y a une voie politique de concorde civile ou concorde nationale, c’est au président Bouteflika de se prononcer suffisamment sur la question», ajoutera le général Touati. Questionné sur la levée de l’état d’urgence, le conférencier a précisé que cette question relève de l’appréciation des autorités politiques du pays. Parlant du problème des disparus et de la torture, le général Touati dira que «c’est un problème épineux, douloureux et abandonnant». «Je ne sais pas, dira-t-il, qu’il y ait une torture systématique en Algérie. Il y a des cas isolés.»

Il a, par ailleurs, souligné qu’il n’est pas au courant d’un accord entre l’Algérie et l’Iran en matière de défense ou de coopération. Mohamed Touati a affirmé que l’ANP n’a pas d’ambitions pour prendre le pouvoir. Il citera le cas de Zeroual et du HCE. Les militaires n’ont pas été tentés par cette option de prise du pouvoir.

Il rappellera que l’ANP n’est pas contre la nomination d’un civil à la tête du ministère de la Défense nationale, à condition qu’il soit Algérien et pas un criminel

   
www.algeria-watch.org