CONCORDE NATIONALE

Les options du Président

L'Expression, 28 octobre 2002

Il ne saurait être question de lutte efficace contre le terrorisme sans en sérier les causes objectives en vue de le traiter au mieux.

Le colloque international sur le terrorisme aura été une belle occasion pour le Président de s’expliquer très longuement sur les grandes lignes fondatrices de ce qu’il convient d’appeler «concorde nationale». Cette option, qui a fait couler beaucoup d’encre et de salive, semble avoir réussi le tour de force de se mettre tout le monde sur le dos alors que beaucoup de ses adversaires, même les plus acharnés d’entre eux, reconnaissent n’en rien savoir encore. Sans doute, ceux qui criaient sur tous les toits que la concorde nationale consiste à faire la paix avec les tueurs et à réhabiliter l’ex-FIS en seront-ils pour leurs frais. Non seulement l’idée n’effleure pas du tout l’esprit du Président de la République, mais en plus il a développé un discours autrement plus républicain et démocratique que ceux qui prétendent en être les détenteurs exclusifs.
Le discours de Bouteflika, en effet, s’inscrit en droite ligne de ses déclarations passées. Il les complète aussi. Pour le chef de l’Etat, il est impossible de parler de lutte contre le terrorisme, et encore moins de mener efficacement celle-ci, sans définir au préalable ce phénomène. Il est rappeler qu’une Assemblée générale de l’ONU a failli tourner court à cause de cette problématique. Le Président, en dépit des «excellentes relations» que l’Algérie entretient avec les USA, n’a pas hésité, une nouvelle fois, à remettre en cause la manière dont est menée la lutte mondiale contre le terrorisme. Deux raisons, au moins, confortent le chef de l’Etat dans ses affirmations. La première concerne la politique des deux poids deux mesures. Les terroristes notoirement connus et reconnus, se trouvant derrière de nombreux massacres commis en Algérie, continuent de jouir d’un asile pour le moins douteux au niveau de nombreuses capitales occidentales. Pendant ce temps, une traque sans merci est menée à d’autres islamistes soupçonnés d’être mêlés de près ou de loin aux attentats du 11 septembre et de Bali. Ce n’est pas tout. Le comportement des puissants de ce monde vis-à-vis de la question proche-orientale. Si le criminel Sharon continue à jouir d’une grande considération chez ces mêmes capitales alors que c’est à peine si Arafat, pourtant partisan farouche de la paix, n’est pas classé sur un pied d’égalité que Oussama Ben Laden. Ainsi, et même si l’Algérie continue de dénoncer les attentats-suicide commis par les Palestiniens pour se défendre et continuer à faire parler d’eux et de leur cause, elle n’en précise pas moins, par la voix de son Président, qu’ «il y a des limites à tout». C’est sur la base de longues années d’expérience dans la lutte contre le terrorisme que notre pays veut avoir son mot à dire sur la question. Un mot qui n’est pas loin d’englober le grand projet de concorde que se propose de mener à terme le Président quelles que soient les embûches dressées sur son parcours.
Le rétablissement de la paix, dans le programme présidentiel, reste un préalable incontournable. Cette quête passe par des étapes précises. L’éradication des raisons objectives qui en constituent un terreau principal en est une. Si dans le monde, un minimum de justice sociale et économique entre Etats riches et Etats pauvres est requis par le Président, l’exemple est déjà en partie donné en Algérie à travers les quelque 7 milliards de dollars dépensés pour le soutien à la relance économique, mais aussi les substantielles augmentations accordées en faveur de certaines catégories professionnelles en attendant que les autres suivent via la révision à la hausse du Smig prévue d’ici à la fin du premier trimestre de l’année prochaine.
La concorde du Président, qui semble en fait déranger les intérêts de ceux qui font de la violence un fonds de commerce, n’exclut personne de son champ de vision et d’action. Même l’adhésion à l’Organisation internationale de la francophonie entre dans ce cadre.
Le chef de l’Etat, en fait, prône une théorie médiane entre la thèse militariste du tout-sécuritaire qui a lamentablement échoué et les visions réconciliatrices qui ne proposent rien moins que de réhabiliter l’ex-FIS avec tous les dangers qu’il représente. Les adversaires farouches du Président, il faut le croire, auront bien moins d’arguments à faire valoir à la suite de ce discours-programme venu resituer les choses dans leur contexte et expliquer, en somme, que la force ne règle jamais tout toute seule.


Mohamed ABDOUN

   
www.algeria-watch.org