Le général Khaled Nezzar
Ou la voix non officielle des thèses militaro-éradicatrices

L'Actualité, 31 octobre 2002

"Il ne s’agissait pas pour nous d’attaquer Souaïdia, mais de faire entendre un autre son de cloche, l’autre thèse, sur ce qui se passe en Algérie. Et je crois que nous avons réussi."

C’est le général à la retraite Khaled Nezzar qui parlait ainsi lors de la vente-dédicace de son livre sur le procès de Paris. Cependant, il n’expliquera jamais, ni avant ni après le procès, la signification de ce pluriel. A peine s’il a esquissé les contours du groupe, dit prosaïquement les éradicateurs, qui inclut un ensemble de personnalités politiques et militaires — celles-ci étant simplement insinuées —, des organisations comme l’UGTA.

Lors de sa dernière conférence de presse à la Maison de la presse, il avait appelé à la reconstitution dudit groupe pour faire face aux manœuvres des "Romains". L’appel ne sera pas entendu. Une source anonyme de la hiérarchie militaire recommandera au général à la retraite de cesser de parler au nom de l’institution.

Quant aux partis politiques, ils ont carrément éludé la question. Il sera ainsi dans une position d’isolement qui sera une occasion pour ses détracteurs de le malmener. L’imposante silhouette commencera à chanceler le 27 avril 2001, lorsqu’il est contraint de quitter Paris où il animait une conférence de presse. Un geste que les observateurs ont interprété comme étant une fuite. Une plainte a été déposée contre lui pour torture.

A Alger, lorsd’un point de presse restreint, il identifiera les plaignants, quatre, qui sont des militants du FIS dissous. Il a promis entretemps de repartir à Paris. Cette fois, ce sera en tant que plaignant dans une affaire de diffamation contre l’ex-sous-lieutenant Habib Souaïdia, auteur de La sale guerre. Le choix de la personne de Souaïdia n’est pas fortuit, selon Nezzar, qui a estimé que le prétoire lui a servi de tribune pour exposer à l’opinion internationale l’autre thèse sur les événements qu’a vécu l’Algérie. Car deux autres personnalités, le colonel Samraoui et Aït Ahmed, l’ont accusé sur El Djazira d’être un "criminel".

Il ne répondra jamais. Cependant, il reprendra son bâton de pèlerin pour défendre sa position en abandonnant sa canne qui lui donnait un sacré coup de vieux. Les cheveux grisonnants, crépus, la moustache toujours intacte, Khaled Nezzar a apporté une nuance à son discours, hormis quand il évoque les réconciliateurs.

Avec une feinte ou d’une acrobatie linguistique, il évite les questions de politique nationale. Même s’il se montre aux côtés du général Touati à l’ouverture du colloque sur le terrorisme, il s’abstiendra de donner un avis précis sur la démarche du président Bouteflika.

Bavard et direct, le général à la retraite ne s’encombre d’aucune formalité pour "descendre" un Ali Kafi et ses Mémoires, allant jusqu’à provoquer des réactions politiques et au sein de la famille de Krim Belkacem. Cela finit logiquement au tribunal de Bir Mourad Rais.

D’aucuns lui ont reproché ses méthodes intempestives et trop directes. Une remarque qu’on retrouve également dans ses écrits. Eh, oui ! Depuis qu’il est à la retraite, le général Nezzar n’a pas échappé à la mode de l’écriture. Une mode où l’on retrouve en tête d’affiche des militaires de carrière. Souaïdia, Mohamed Mousselhoul alias Yasmina Khadra, Samraoui et Khaled Nezzar en plus des Mémoires du général Rahal. Sauf que les écrits de Nezzar portent tous la marque de ses sentiments envers "tous ceux qui ne peuvent pas faire partie de son univers". Aucun Président, de Ben Bella à Bouteflika, n’a échappé à sa critique. Admirateur de Boumediène, mais l’égocentrisme et le narcissisme du Président a fini par l’emporter sur son projet national, a-t-il relevé. La société, évoquée en tant que peuple, prend une dimension assez secondaire devant le rôle prépondérant de l’armée dans l’édification de l’Etat national. Et si l’ANP est ce qu’elle est aujourd’hui, c’est "grâce" aux déserteurs de l’armée française.

Tout comme il ne cache pas son hostilité, c’est à la limite de l’animosité, à l’égard des responsables politiques, particulièrement les civils. De Ben Bella à Bouteflika en passant par Mouloud Hamrouche, aucune personnalité n’offre le profil adéquat et digne d’un chef d’Etat, selon lui. Les choix qui portent indéniablement l’empreinte de la hiérarchie militaire ont toujours porté sur "le moins mauvais".

Cette critique semble s’orienter vers la libération du terrain de la concurrence pour sa candidature à la prochaine présidentielle. Un député islamiste s’est désolé que le général ait pris ce détour pour annoncer ses prétentions.

Bien portant, avec quelques kilos de plus, sans canne, Nezzar a une démarche autoritaire, mais le sourire en prime. Il donne l’air d’un homme debout et qui cherche la meilleure voie pour son rêve. Il compte encore des amis fidèles pour le soutenir dans sa quête. Une quête qui s’appuie sur l’exclusion de l’autre : le réconciliateur.

L’on ne peut enfin s’empêcher de se rappeler, à ce propos, sa déclaration à la fin de l’opération militaire contre les assaillants de la caserne de Guemmar : "Qdhina âalihoum" (nous les avons éliminés).

Parce qu’il garde toujours cet œil vif du militaire, même dans sa retraite qui n’en est pas vraiment une.

D. Ben

   
www.algeria-watch.org