Rédha Malek, ancien chef du gouvernement, au Quotidien d’Oran

«Pour en finir avec le terrorisme, il faut une alternative à ce régime»

Le Quotidien d'Oran, 29 octobre 2002

Le Quotidien d’Oran: Le colloque répond-il à vos attentes ?

Rédha Malek.: Ce colloque est venu à point nommé. Les organisateurs ont eu parfaitement raison de choisir comme thème de cette manifestation le «terrorisme islamiste». C’est une surprise très agréable qu’on appelle un chat par son nom. Ce type de colloque, le premier de son genre, offre de traiter du précédent algérien. Comme vous le savez, depuis plus d’une décennie, le terrorisme algérien était plus ou moins occulté sur le plan international. Mais après le 11 septembre 2001, je pensais que les choses allaient se clarifier davantage. C’est vrai qu’il y a une prise de conscience concernant le terrorisme islamiste en général et le terrorisme algérien. Mais, pour le moment, nous n’avons pas recueilli les retombées de cette prise de conscience.

Q.O.: De quelles retombées s’agit-il ?

R.M.: Ceux qui avaient essayé d’occulter le terrorisme islamiste, en Algérie - en disant qu’il s’agit d’une opposition armée, que c’est une guerre civile..., etc. - oubliaient que ce qui se passe ici est le prolongement de ce qui s’est passé en Afghanistan et a des ramifications à l’extérieur. Malgré cela, il y a une certaine conjuration du silence sur le terrorisme.

Q.O.: Ne trouvez-vous pas qu’on évoque beaucoup plus le phénomène du terrorisme sans toutefois parler des causes qui peuvent l’engendrer ?

R.M.: Ecoutez, nous ne sommes pas des sociologues. Cela suffit. Il ne s’agit pas de passer son temps à faire des études académiques. Il s’agit d’un terrorisme qui tue, égorge des bébés, des femmes... Il faut le combattre. Un point c’est tout !

Naturellement qu’il y a des causes. L’injustice, la mal vie, le chômage et tout ce qu’on veut. Cela peut expliquer le terrorisme, mais en aucun cas le justifier. Parce que le terrorisme est une idéologie en acte. C’est l’Islam qu’on a voulu transformer en idéologie et le mettre en action en tuant des gens. Vous n’allez pas me dire que Ben Laden vit dans un bidonville. C’est un milliardaire qui est à la tête d’une organisation terroriste. En 1990-1991, il envoyait des informations et des slogans au FIS. «La mitaq la doustour» était écrit de la main de Ben Laden.

Q.O.: Il existe des preuves, des documents sur cela ?

R.M.: Bien sûr qu’il y a des preuves !

Q.O.: Pourquoi ne pas les rendre publiques ?

R.M.: L’intérêt de ce colloque est justement de faire connaître des choses que même les Algériens ignorent.

Q.O.: Dix années de crise ont eu des retombées sociales désastreuses. Comment les évaluez-vous ?

R.M. : L’une des causes du terrorisme, c’est la faiblesse des gouvernants, pour ne pas dire leur incapacité. Si on avait un régime solide, on n’aurait pas envoyé nos enfants en Afghanistan pour qu’ils reviennent programmés pour tuer et détruire. Si on avait un bon système de gouvernement, on aurait évité une certaine dérive socio-économique de ce pays et pris en charge le problème de l’éducation pour former des citoyens.

Pour en finir avec le terrorisme, il faut une alternative à ce régime. Cette alternative ne peut être que celle de l’Etat de droit, celle qui consiste à utiliser la liberté d’expression - existant actuellement - pour faire avancer notre société.

Les forces démocratiques existent, mais j’estime que le pouvoir n’utilise pas ce potentiel. Il pratique même une politique malthusienne pour bien le cadenasser.

Q.O.: Certains estiment qu’une totale liberté d’expression serait favorable au courant islamiste. Faut-il la leur interdire ?

R.M.: Je l’interdis à tous ceux qui portent atteinte à la Constitution. Cette dernière interdit la parole à ceux qui font des discours incendiaires. Mais l’Etat est faible pour appliquer la Constitution.

Q.O.: Un rapport de la Commission des droits de l’Homme, présidée par Me Farouk Kessentini, cité par la presse, fait état d’un grand nombre de disparitions à l’époque où vous étiez chef du gouvernement.

R.M.: Et après ! Il y a eu des disparitions à toutes les époques. A mon époque (1993-1994), le terrorisme avait atteint des degrés terribles. Mais à chaque fois qu’on m’avait signalé des cas d’injustices, que des gens ont été arrêtés pour rien, j’intervenais personnellement pour éviter ce genre de bavures. S’il y a des gens qui sont avares de sang, c’est bien nous. Qu’on ne nous donne pas de leçons dans ce domaine ! C’est une autre affaire, on en rediscutera une autre fois.

Propos recueillis par: Mohamed Mehdi

   
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