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Paul-Marie
de La Gorce
La
lutte contre le terrorisme est aussi d'ordre politique
Propos recueillis
par Hassan Moali etLyès Bendaoud, Liberté, 28 octobre 2002
Observateur attentif
des questions algériennes, collaborateur de plusieurs publications
en France, Paul-Marie de la Gorce tente d'analyser le phénomène
terroriste sous un angle particulièrement local.
Liberté
: La politique de concorde civile, prônée par le président
Bouteflika, ne contraste-t-elle pas avec la volonté affichée
par l'État algérien de prendre part à la guerre internationale
contre le terrorisme ?
Paul-Marie de la Gorce : L'Algérie a une antériorité
extraordinaire dans le domaine de la lutte contre le terrorisme. Elle
a fait preuve d'un courage formidable pour faire échec à
l'islamisme armé. Cela ne sera jamais effacé ni oublié.
Le président de la République a cru que le point atteint
par le succès de cette lutte rendait possible de faire rentrer
dans la vie sociale normale certaines catégories qui s'étaient
laissées entraînées dans le soutien aux activités
terroristes. Je ne sais pas s'il a tort ou raison, les Algeriens étant
eux-mêmes partagés à ce sujet : certains l'y ont encouragé,
d'autres pensent qu'il y a eu dérapage ou même reconstitution
clandestine de groupes armés. Le plus important, en fait, est de
compléter la victoire remportée sur le terrain contre l'islamisme
armé. Jamais la lutte contre le terrorisme n'est de nature seulement
policière, sécuritaire ou militaire. Elle doit être
aussi politique au sens le plus élevé du terme, c'est-à-dire
se traduire par des réformes de société décisives
et profondes qui enlèvent toute justification à même
de priver le terrorisme de tout appui, de toute complicité. C'est
cela qui reste à faire et, de loin, l'essentiel.
Cette politique
de concorde a donc, selon vous, aidé à endiguer
le phénomène terroriste ?
Je pense qu'elle a pu être un élément favorable
comme l'a été la loi de la rahma (adoptée du temps
du président Liamine Zeroual, à partir de 1996). L'esprit
est identique : ramener des catégories qui, au fond, avaient cédé
à la tentation sans avoir pour autant commis des crimes de sang.
Les massacres
se poursuivent, à l'ouest du pays notamment. Ce colloque n'est-il
pas en définitive une thérapie théorique
de plus qui s'éloigne et éloigne les solutions concrètes
qu'un peuple peut attendre de ses gouvernants ?
Il est parfaitement clair que l'essentiel est la lutte concrète
contre le terrorisme. L'Algérie a donné, à cet égard,
un exemple extraordinaire depuis dix ans. C'est toute la nation algérienne
qui a mené ce combat, la détermination et la valeur de ses
éléments n'auraient jamais suffi à
l'armée pour le faire sans cette mobilisation citoyenne.
Un mérite donc historique. La priorité est de poursuivre
le combat ensemble. Cela dit, je ne vois pas de contradiction entre cette
priorité et la réflexion engagée à cet égard.
En ce sens que pour combattre un adversaire, il faut le connaître
et comprendre les raisons de son surgissement.
De quelle manière,
en tant qu'observateur, commentez-vous la naissance d'un tel phénomène
en Algérie et, surtout, sa relative longévité
?
Le phénomène terroriste est d'origine complexe. En
vérité, sa matrice, son origine, son terreau est la mouvance
islamiste. Celle-ci a pu se développer et grandir à mesure
des impasses, des échecs des expériences post-indépendance.
Ce cas ne s'applique pas uniquement à l'Algérie. Et c'est
la version fanatique de l'islamisme qui a engendré le terrorisme.
Évidemment, en Algérie, des circonstances particulières
ont favorisé son apogée, comme la grave situation sociale
et l'absence de vie démocratique et des libertés publiques.
Il faut par ailleurs reconnaître que les forces modernistes et démocratiques
n'ont jamais pu s'unir ou proposer des projets concrets et crédibles
à un moment où le pays en avait besoin.
Les pays victimes
du terrorisme, du Sud notamment, reprochent à l'Occident son approche
hypocrite vis-à-vis du terrorisme. Sans doute n'aurait-on jamais
évoqué de guerre totale s'il n'y avait pas eu
les attaques contre New York et Washington en septembre 2001 ?
Il est tout à fait sûr que le 11 septembre a servi
de déclencheur à une stratégie de grande envergure
destinée non seulement à réduire le terrorisme et
les États qui le tolèrent ou l'abritent, mais à en
finir avec les États qui sont en train de se doter d'armes de destruction
massive sous prétexte que celles-ci sont livrées aux groupes
terroristes.
Il s'agit bien évidemment d'une supposition dénuée
de fondement. Elle traduit néanmoins la volonté des États-Unis
de profiter de la brèche ouverte par le 11 septembre pour asseoir
leur emprise sur les régions du monde et les États-clés
échappant à leur contrôle.
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