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Yves Bonnet, ancien patron de la DST française «Il faut arrêter de faire du terrorisme larbre qui cache la forêt»
Le Quotidien d'Oran, 27 octobre 2002
Le Quotidien dOran: M. Bonnet, ne devrait-on pas mettre au pluriel le mot «terrorisme » ? Y.B.: Oui. On cherche une définition au terrorisme. La définition que jen donne, cest celle de la subversion violente. Le mot violence sexplique par lui-même. Pourquoi subversion ? Parce que les Etats et les groupes ne préfèrent plus aujourdhui régler leurs différends par des guerres ouvertes, mais par des conflits larvés et occultes. La subversion violente, à cet égard, vise à déstabiliser des Etats par la violence. Mais il y a dautres formes de subversions comme lembargo, la désinformation, qui peuvent êtres aussi dangereuses quune subversion armée. Cela dit, je vous rappelle simplement, quoiquil fasse et même en Algérie (jose le dire ici à Alger), le terrorisme reste un épiphénomène. Ce nest pas un phénomène fondamental. Le terrorisme na jamais déstabilisé un seul Etat. Cela ne veut pas dire que ce nest pas un problème. Mais il y a des problèmes encore plus redoutables et plus difficiles à résoudre. Je parle de ceux qui sont, par exemple, liés au développement économique et au maintien de la cohésion au sein dune société. Il faut arrêter de faire du terrorisme larbre qui cache la forêt.
Q.O: Les manipulateurs du terrorisme et autres déstabilisateurs sont-ils toujours ceux que lon croit ? Y.B: Vous avez complètement raison quand vous parlez de manipulation. Le terrorisme a toujours existé. Il y a des gens qui ont assassiné et commis des atrocités effroyables. Par contre, ce qui est nouveau maintenant, cest quon en parle beaucoup. Si on nen parlait pas (je ne reproche pas au journaliste algérien den parler), il y en aurait beaucoup moins. Si dans la prise dotages du théâtre de Moscou, qui vient de se terminer, on nen avait pas parlé, je suppose que lattentat aurait eu moins dimpact. Je nincrimine pas les médias, mais le phénomène de médiatisation des crimes terroristes est parfaitement nouveau et doit être discuté.
Q.O: Considérez-vous que la concorde civile est, en ce sens, une bonne démarche ? Y.B: Je ne pense pas quon puisse en faire léconomie. Cest vrai quil y a des atrocités, des choses horribles, mais je ne vois pas très bien comment on pourrait ne pas appeler à la concorde civile. Il va bien falloir réconcilier les Algériens entre eux. En France, nous avons connu cela après la guerre, entre les collaborateurs et les résistants, et dans une époque beaucoup plus lointaine, autant de guerres de religions entre les catholiques et les protestants. A un certain moment, il faut quand même arrêter de se tuer.
Q.O: Réconcilier cela veut-il dire effacer lardoise ou réclamer vérité et justice ? Y.B: Chaque Etat et chaque société a sa réponse. Mais la vengeance appelle la vengeance. Il faut bien que quelquun ait le courage de sortir de ce cycle. A mon avis, on ne peut pas attendre cela dun terroriste, mais de la part de lEtat, à condition quil soit en position de force. Et cest le cas actuellement en Algérie, car le terrorisme nest plus en mesure de déstabiliser le pays. La preuve est quil sombre dans des attentats aveugles.
Q.O: Certaines méthodes de lutte antiterroriste sont critiquées et accusées délargir le champ de recrutement des groupes armés. Quen pensez-vous ? Y.B: On ne peut pas rester les bras croisés devant des gens qui assassinent. Autant je suis favorable à la discussion, autant je considère quil faut faire preuve de fermeté. Propos recueillis par Mohamed Mehdi
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www.algeria-watch.org
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