L’Armée expose ses arguments

El Watan, 27 octobre 2002

La lutte contre le terrorisme et son corollaire l’intégrisme exigeront encore davantage de détermination», a déclaré le général Maïza, chef d’état-major de la 1re Région militaire, basée à Blida, dans son intervention, hier, devant les participants au colloque international sur le terrorisme au Palais des nations à Club des Pins.

«Le terrorisme n’est pas né d’une frustration électorale car l’intégrisme existait depuis les premières années de l’Indépendance», a martelé l’officier. Absent pendant la matinée, à l’ouverture des travaux par Bouteflika, Khaled Nezzar, général à la retraite et ancien ministre de la Défense, a suivi avec attention l’exposé de son ex-collègue, au côté du général-major Mohamed Touati, conseiller militaire auprès du président de la République. Le ministre de l’Intérieur, Yazid Zerhouni, chargé théoriquement de la lutte antiterroriste au premier plan, était absent pendant toute la journée d’hier. «Calendrier chargé», a expliqué un cadre de ce ministère. «La loi sur le repentir, adoptée du temps du président Zeroual, et la loi sur la concorde civile ont permis à 6 386 terroristes de se rendre, diminué les groupes armés et instauré un climat de méfiance entre eux, les menant à s’entretuer», a ajouté Maïza, chef du secteur opérationnel d’Alger entre 1997 et 2000. Selon lui, les services de sécurité ont, en dix ans de lutte, «neutralisé» 15 200 terroristes et arrêté 30 000 autres, notamment ceux impliqués dans des réseaux de soutien. Sur les 27 000 terroristes des groupes armés ayant activé au début des années 90, il n’en reste actuellement qu’entre 600 et 650 au maquis. Ces mêmes chiffres et ce même «avertissement» contre l’intégrisme ont été confirmés par le chef de l’état-major de l’ANP, le général de corps d’armée Mohamed Lamari lors de sa conférence de presse à l’Académie militaire de Cherchell en juillet 2002. Maïza reprend mot à mot la déclaration de Lamari : «Le terrorisme islamiste est vaincu, mais l’intégrisme sévit toujours.» Le GIA, dirigé par Rachid Oukal, dit Abou Tourab, est le plus «actif» dans la nébuleuse des commandos de la mort. Ses effectifs ne dépasseraient pas, d’après le général, 60 individus. Evoluant en groupes de 4 à 6 personnes, les hommes d’Abou Tourab hantent les régions de Aïn Defla, Blida, Chlef et Médéa au centre ; Sidi Bel Abbès à l’ouest et Skikda, El Kala et Jijel à l’est. L’effectif du GSPC de Hassan Hattab varie entre 350 et 380 terroristes implantés en Kabylie et à l’Est. La stratégie déployée par l’armée algérienne, a expliqué le général Maïza, a consisté, entre autres, à «alléger» les dispositifs d’intervention des unités classiques et à «centraliser» la décision opérationnelle au niveau du Centre de coordination de lutte antiterroriste. Rencontré dans les couloirs du Palais des nations, Yves Bonnet, ancien directeur de la Direction de la sûreté du territoire (DST, services secrets français), et invité par le gouvernement au colloque, a affirmé qu’il n’existe pas de stratégie type de lutte contre le terrorisme. «Mais il y a des comportements précis à observer. Il faut partir d’une parfaite connaissance du terroriste et identifier l’ennemi, même si dans un premier temps il ne menace personne. Je suis content que des interventions traiteront du profil psychologique du terroriste», a t-il confié. Interrogé sur le projet de réconciliation nationale, défendu par Bouteflika, l’ancien patron de la DST a estimé qu’«à un certain moment d’une crise, il faut passer aux discussions avec les gens d’en face mais pas à n’importe quel prix. Il faut que les criminels soient jugés et que les victimes soient consentantes.» La matinée, le politologue algérien Benchenane, vivant en France, a clamé : «On ne peut faire l’économie de la répression en Algérie.» Le professeur d’anthropologie de droit, Marouf, a longuement exposé la bipolarité culturelle, aux relents médiévaux des Croisades, qui s’est renforcée ces dernières années entre Occident et Orient sur fond de terrorisme international. Le 24 octobre 2001, presque jour pour jour, un colloque sur le terrorisme a eu lieu à Moscou, en Russie, sans la participation de l’Algérie. Hier matin, dans les couloirs du Palais des nations, l’information sur l’assaut donné par les forces spéciales russes contre les preneurs d’otages dans un théâtre moscovite alimentait les discussions. «Etrange coïncidence», a glissé Yves Bonnet.

Par Adlène Meddi

   
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