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LANP veut combler son déficit en matière de communication LArmée veut s'adapter au marketing El Watan, 30 octobre 2002 Le colloque international sur le terrorisme, qui sest tenu trois jours durant au Palais des nations à Club des Pins, a été, cest établi, une tribune pour les militaires algériens pour se faire entendre. Les officiers de
lANP, à leur tête le général-major Mohamed
Touati, ont grandement contribué à la tenue de cette rencontre-forum,
laquelle, le fait nest pas un hasard, a été mise sous
le parrainage du chef du gouvernement, Ali Benflis. A la fin des travaux,
le général Touati a animé une conférence de
presse, aux côtés de Mansour Kedidir, chef de cabinet du
chef du gouvernement, comme pour signifier que les militaires devaient
dire leur mot à travers cette rencontre. Rencontre durant laquelle
le débat contradictoire était absent sur un thème
pourtant sensible et qui, fatalement, ne fait pas consensus tant sur le
plan conceptuel que politique. Les partis algériens nont
pas été invités. «Nous navons pas invité
les partis. M. Rédha Malek a été convié à
intervenir parce quil est lauteur dun livre, Révolution
et Tradition», a précisé le général
Touati. Il na pas expliqué pourquoi les partis ont été
mis à lécart autant que les universitaires et experts
qui ont un avis différent sur le traitement du phénomène
terroriste. Colloque à sens unique ? Ça en avait tout lair.
«Le colloque est une manifestation scientifique et académique»,
a précisé Mansour Kedidir. Mohamed Touati a expliqué
longuement, et loin de toute analyse scientifique pure, lapproche
de larmée sur larrêt du processus électoral
en janvier 1992 et sur les événements qui lont suivi.
Il y avait dans le propos comme une volonté dexpliquer les
faits, leur donner une signification, après «le traumatisme»
causé par léchec du procès de Paris qua
intenté le général à la retraite Khaled Nezzar
contre le sous-lieutenant Habib Souaïdia, auteur de La Sale Guerre.
A demi-mot, le général Touati la dit : «Cette
communication est plus un témoignage lié à une vision
globale des choses quune démarche analytique de type académique.»
Pour mieux comprendre les choses, il faut, selon lui, remonter «aux
origines» de lANP, à ses rapports avec la société
et «à la nature et à la portée de ses missions».
Il se détache clairement une volonté, de la part de lArmée,
de communiquer et de «souvrir» sur la société.
LArmée veut faire dans le marketing pas pour vanter un produit,
mais pour défendre, sinon faire reluire, une image auprès
de lopinion publique tant nationale quinternationale. Cela
ressemble plus à un spining qui na pas encore atteint le
stade élaboré. Le général de corps darmée,
chef détat-major de lANP, Mohamed Lamari, avait commencé
ce cycle avec sa conférence de juillet 2002 à lAcadémie
de Cherchell. Des cellules de communication ont été installées
dans les six régions militaires. Mais depuis juillet, les choses
nont pas vraiment évolué. La conjoncture politique,
ayant changé entre temps, a fait quune fermeture a été
presque imposée à tout le monde. Le fait que Mohamed Touati,
qui est également conseiller du président de la République
aux affaires de défense, sort de sa réserve, à travers
la chaîne française LCI, puis à la faveur du colloque,
dénote une volonté de communiquer autrement. Les généraux
ont, visiblement, délégué pouvoir à Mohamed
Touati de parler au nom de lArmée. Lhomme la
fait, avec aisance, au Palais des nations, vêtu dune tenue
civile. Il a rassuré que lANP «va» communiquer.
Il a tenu les propos au moment où le général Joseph
W. Raltson, commandant en chef des Forces alliées en Europe et
commandant des Forces américaines en Europe, visitait lAlgérie.
«On nous a appris à nous taire pendant quarante ans et, subitement,
on nous demande de parler. Ce nest pas facile. Les militaires croyaient
gêner les autorités civiles sils se mettaient à
parler. Et puis nous étions occupés à sauvegarder
les structures de lEtat et à garantir un niveau appréciable
à notre Armée», a précisé le général
Touati lors de sa conférence de presse, la première quil
tient depuis quil occupe une place importante au sein de la hiérarchie
militaire. La stratégie marketing sébranle, le fait
mérite dêtre signalé, au moment où débute,
avant lheure, la campagne pour la présidentielle de 2004.
Et lArmée, comme dhabitude, aura son mot Par Fayçal Métaoui -------------------------------------------------------------------------------- Repères / A terrain découvert Les récentes déclarations du général-major Touati sur léchéance présidentielle de 2004, pour laquelle linstitution militaire affirme dores et déjà navoir pas de candidat, relancent explicitement le débat sur les relations entre larmée et la sphère politique. Engagée dans un processus de professionnalisation, soucieuse de casser limage dune Algérie dominée par le modèle prussien, larmée paraît vouloir refaçonner son image à la mesure des stratégies qui voient le pays sarrimer aux enjeux de la globalisation, du partenariat avec lUnion européenne et ladhésion projetée à lOrganisation mondiale du commerce, tous choix régis par des conditionnalités si rigoureuses quelles pourraient être assimilables à de lingérence dans les affaires intérieures du pays. Ce sont pourtant les règles du jeu élaborées par une communauté internationale qui, sous la double emprise des Etats-Unis et de lEurope, a érigé les thèmes des droits de lhomme et du développement durable comme des passages obligés pour tout pays qui voudrait prendre place dans les wagons de la mondialisation. Acteur majeur de la vie algérienne, lANP et nimporte quel observateur le comprendrait ne voudrait pas voir son action de réformes internes parasitée par des clichés qui ont la vie dure et la représentent comme une armée de pronunciamiento tentée exclusivement par lexercice du pouvoir. Cette représentation, dans un monde où lévocation même dune dictature militaire est révulsive, sape de toute évidence sa profession de foi moderniste tout comme ses convictions légalistes et républicaines maintes fois réaffirmées par larmée algérienne. Préjugés Et cest dabord
ce combat contre les préjugés quelle aura pourtant
à mener car les appréhensions pèsent encore, en dépit
des assurances données par larmée quelle ne
se mêlait plus de la chose politique, sur ses velléités
à vouloir tirer les ficelles, ce qui a contribué à
la percevoir comme le vrai dépositaire pouvoir. LAlgérie
de 2002 nest pourtant pas réductible au seul pan politique,
cest aussi un pays qui aspire à des ouvertures plurielles
et dont les populations formulent clairement des demandes de citoyenneté
sans entraves. Ce sont en fait tous ces facteurs endogènes et exogènes
qui expliquent lévolution de larmée et constituent
les indicateurs les plus fiables sur le rôle quelle sassigne
par rapport aux autres institutions du pays, mais aussi aux partenaires
de lAlgérie. Dans les démocraties anciennement constituées,
larmée na pas vocation doccuper le terrain politique
et se cantonne dans des missions de défense du territoire. LAlgérie
nétait pas, au début des années 90, cette démocratie
avancée idéelle, et elle était en fait menacée
par larrivée au pouvoir dun parti intégriste
qui projetait de sattaquer aux corps constituants de la société
algérienne, au nombre desquels larmée. Indéfiniment
encore déchiffré, larrêt du processus électoral,
en janvier 1992, est une séquence centrale de lhistoire immédiate
de lAlgérie qui, entre autres sens, porte celui davoir
opéré la jonction entre larmée et les forces
républicaines qui voulaient empêcher le basculement du pays
dans les abysses du fondamentalisme. La question sest souvent posée,
à cet égard, de savoir si la violence du terrorisme intégriste,
qui endeuille lAlgérie depuis plus de dix ans, ne serait
pas accomplie de toutes les façons avec ou sans larrêt
du processus électoral pour aboutir à un scénario
comparable à celui qui a caractérisé lAfghanistan
des mollahs. Il peut être compris que larmée algérienne
naccepte pas que les analystes se Par Amine Lotfi -------------------------------------------------------------------------------- Les deux casquettes du général Le général Mohamed Touati a occupé les feux de la rampe au cours du colloque international sur le terrorisme. Il avait fait les choux gras de la presse nationale et internationale. Ses interventions
au colloque furent suivies avec intérêt et largement commentées
dans les discussions de coulisses, mais aussi au sein de lopinion
publique qui sefforce de décoder les sens cachés des
messages délivrés. Nombreux sont les observateurs à
avoir relevé le double rôle imputé au général
Touati dans cette mission difficile, mais qui sest avérée
nullement impossible, de sortir au grand jour pour affronter le débat
public et sexpliquer tant auprès de lopinion nationale
quinternationale sur ce qui fut son rôle dans la gestion de
la crise. Officiellement, le général Touati occupe au sein
de la présidence de la République les fonctions de conseiller
chargé des affaires de défense. Au colloque, il représentait
lANP dont il était tout aussi officiellement le porte-parole.
Par S. B. |
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www.algeria-watch.org
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