LETTRE OUVERTE AU GÉNÉRAL-MAJOR KHALED NEZZAR

Monsieur Nezzar,
Cela fait une décennie que nous, familles de disparu(e)s, vivons une détresse et une torture morale sans pareil. Nous sommes des milliers en quête incessante de nos fils, filles, maris, épouses, pères, mères disparus. De jour comme de nuit, des éléments des services de l'Etat sont venus, ont enlevé nos proches, les ont emmenés vers différentes destinations. Depuis, les victimes de ces disparitions forcées ne sont pas réapparues. Pour nous, leurs familles, la descente aux enfers a commencé. Nous avons cherché partout, visité les commissariats, les casernes, les prisons, les tribunaux, les morgues, les cimetières…
Nous nous sommes adressées à toutes les institutions compétentes de l'Etat : l'ONDH (l'Observatoire National des Droits de l'Homme), le ministre de la justice, le ministre de l'intérieur, la Présidence de la République. Elles sont restées désespérément muettes sans réponse à notre immense angoisse.

Monsieur Nezzar,
Les autorités algériennes semblent insensibles à la tragédie individuelle et collective que crée la disparition forcée. Nous vivons un état social psychologique effroyable. Nous sommes face à une situation inédite d'absence-présence, de ni vie, ni mort. C'est l'attente interminable, l'incessant balancement entre une grande espérance et une immense désespérance. C'est la difficulté de répondre aux questions des petits que l'on fait patienter indéfiniment. C'est ne pas savoir s'il faut parler d'eux au présent ou au passé, laquelle des formules rituelles de chez nous utiliser : celle relative aux absents ou celle relative aux personnes décédées ?
Les interrogations ne cessent pas : où sont-ils ? Sont-ils encore vivants ? Sont-ils morts ? Dans quel état physique et mental sont-ils ?

Monsieur Nezzar,
Vous êtes l'un des acteurs et responsables principaux de la scène politique et militaire en Algérie, nous vous demandons à ce titre d'élucider les milliers de cas de disparitions forcées et de lever le voile sur cette tragédie nationale. Ce phénomène est à replacer dans le cadre de la violence inouïe qui a suivi l'arrêt du processus électoral en janvier 1992. Par milliers, des hommes et des femmes ont disparu après avoir été enlevé par les différents services de sécurité tous corps confondus. Il s'agit d'opérations menées par des policiers, des gendarmes, des militaires, des éléments de la sécurité militaire, ou des forces combinées. Parfois ils sont accompagnés par des miliciens. Dans de nombreux cas, nous connaissons les responsables des enlèvements de nos proches. Aujourd'hui, aucune institution et aucun responsable ne peut nier l'ampleur du phénomène. A ce jour, nous dénombrons 7200 cas de disparitions dont 4325 ont été déposées au ministère de l'intérieur.
Nous avons le droit de savoir, de connaître toute la vérité sur le sort de nos proches disparu(e)s. Aucune amnésie n'est possible et aucune page ne peut être tournée. Faire la lumière sur cette question est indispensable pour construire la paix en Algérie. La temporisation, politique que les autorités pratiquent jusqu'à présent envers ce délicat dossier, ne peut altérer notre volonté de vérité et l'amnésie ne sera pas au rendez-vous tant que ces pages sombres de notre histoire ne seront pas déchiffrées. A l'instar des familles au Chili qui continuent leur combat, plus de deux décennies après les faits, nous n'abdiquerons jamais.

Paris le 22 avril 2001

 

POUR LA VÉRITÉ SUR LES MILLIERS DE DISPARITIONS FORCEES EN ALGÉRIE

Ce mercredi 25 avril 2001, le général à la retraite, Khaled NEZZAR, ancien chef d'Etat- major, ancien ministre de la Défense est à Paris, au Centre Culturel Algérien.

AVEC LES FAMILLES DE DISPARU(E)S
VEILLEE SILENCIEUSE
POUR LA VERITE ET LA JUSTICE

Devant le Centre Culturel Algérien mercredi 25 avril 2001 à 18h30

171 rue de la Croix Nivert 75015 Paris , métro Boucicault

 

A l'appel du Collectif des Familles de Disparu(e)s en Algérie
Avec le soutien de : Isabelle ADJANI, LDH, FIDH, Amnesty Internaional, Association Vérité et justice pour l'Algérie, Hourria Liberté, CPCDA, CRLDHT, ACAT, France Libertés

 

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