Gouvernement: Les hommes du président en retrait

Algeria Interface, 1 juin 2001

Alger, 1/06/01 - Le remaniement du gouvernement de Ali Benflis a consacré l’éclatement du noyau dur, composé de Abdelatif Benachenhou, Hamid Temmar et Chekib Khellil, qui a lourdement pesé sur la politique économique de l’Exécutif depuis 18 mois. La dissolution de fait de ce "cabinet privé" du président Abdelaziz Bouteflika au sein de l’équipe gouvernementale confirme ainsi l'échec de l'orientation du "tout-privatisation" proposée par ces technocrates.

Cette politique reposait sur un transfert rapide vers le privé de l'ensemble des activités productives et sur la prise en charge par le marché des fonctions de régulation de l'économie. Cette approche de " la réforme au pas de charge " avait abouti à une première crise gouvernementale avec la démission fracassante, au mois d’août dernier, de l’ancien Premier ministre Ahmed Benbitour. Provoquant d’autre part de fortes résistances, elle avait déclenché, ce printemps, un vaste mouvement de contestation sociale.

De ces trois "ministres du président", seul Chekib Khelil, ministre de l'Energie et des Mines, et président en exercice de l'Opep, a conservé son poste. Son sort dépendra toutefois de sa capacité à renégocier le contenu de son avant-projet de loi sur les Hydrocarbures, qui a mis le feu aux poudres dans le secteur pétrolier en mars dernier.

Abdelatif Benachenhou, dont les rapports avec le Parlement étaient houleux paye, lui, son incapacité à travailler en équipe au sein du gouvernement. Il a toujours soutenu que des dépenses budgétaires supplémentaires profiteraient d'abord aux importations. Il semblait avoir subi un désaveu avec la récente décision du président Bouteflika de privilégier un "plan de relance économique".

Autre désaveu de Benachenhou, la réforme du secteur financier, qu'il n'a pu engager, a été confiée à Abdelouahab Keramane, gouverneur de la Banque d’Algérie et désormais ministre délégué chargé du Trésor et de la Réforme Financière. M. Keramane, seconde ainsi Mourad Medelci, le nouveau ministre des Finances, un technocrate effacé, version locale. Le président Bouteflika apprécie ce natif de Tlemcen qui a dirigé le secteur du Commerce à plusieurs reprises depuis 1986, et qui l’a souvent accompagné au cours de ses nombreux déplacements à l’Etranger.

Certes, il s’agit donc d’un échec collectif des "Bouteflika’s boys" trop détachés de la réalité algérienne, selon leurs nombreux détracteurs. Benachenhou apparaît cependant comme le grand perdant de ce qui a l’air d’être une réduction de la marge décisionnelle du président Bouteflika en matière de réformes économiques.

La nomination de Hamid Temmar au ministère du commerce paraît tout aussi spectaculaire. Celui-ci ambitionnait d’être le véritable pilote des réformes. Il laisse derrière lui un chantier en l'état. Ses nombreux avant-projets de loi (privatisations, capitaux marchands de l’Etat, réforme bancaire…) n’ont pas réussi à franchir le bureau du Premier ministre. Temmar, proche d’entre les proches du chef de l’Etat, s’occupera davantage des négociations avec l’OMC et l'Union Européenne.

Son remplacement à la tête du ministère de la Participation et de la Coordination des Réformes par Nourredine Boukrouh, ancien ministre des PME-PMI constitue la grande surprise de ce remaniement. Elle confirme la sérieuse perte d'influence du président Bouteflika sur l'élaboration de la politique économique.

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