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Demain a déjà commencé Demain commence aujourdhui. Cest dire que la bataille pour les présidentielles de 2004 fait déjà rage bien avant le jour J. Par Mohamed Tayeb, Le Jeune Indépendant, 24 octobre 2002 Une campagne avant la campagne qui fait bouger les acteurs politiques nationaux, candidats potentiels ou virtuels dans la cadre de ce qui sapparente à un véritable jeu de pré-positionnements annonciateurs à lavance de ce que sera justement demain. Dans ce jeu de bataille, cest le président de la République qui semble mener la danse. Ses opposants le savaient déjà depuis belle lurette et sattendaient donc à quelques coups fourrés de sa part. A tel point quils perçurent le projet de loi sur les hydrocarbures comme un leurre destiné à détourner lattention de la classe politique et de la société, mais même si la surprise fut totale, le lapin sorti chapeau de Bouteflika dépassait la taille que simaginaient les acteurs politiques. Lalliance entre ce dernier et Aït-Ahmed était bien soupçonnée depuis le voyage du président à Genève, lors duquel, lon dit quil aurait rencontré le leader du FFS, et si lannonce de la participation de ce parti aux élections locales et de wilayas a été ressentie comme un premier coup de semonce, il nempêche que son «appel au peuple» a laissé plus dun transi et la bouche ouverte, non pas quAït-Ahmed ait encore une fois appelé à un retour à la Constituante ou quil ait tancé le pouvoir. Non. cest cette fois plutôt sa collusion avérée (ou non) avec le projet de Bouteflika de se doter dune nouvelle base politique pour soutenir sa candidature à un nouveau mandant qui a fait brandir tout le monde. Les spéculations à ce sujet ont commence après le scrutin du 10 octobre. En Kabylie comme à Alger, lair viciait par la pollution et les gaz lacrymogènes était gros de rumeurs sur la veilleité du Président de dissoudre lassemblée et dorganiser dautres élections. Une date était même avancée : début mars 2003. Depuis, la rumeur ne cesse de grossir et les indices sur un tel projet saccumuler. Au point ou syndicats et classe politique ont cru bon dalerter lopinion et de brandir le spectre de la réhabilitation de lislamisme intégriste. Cest lUGTA, par la voie de son secrétaire général, qui ouvrira la première les hostilités en termes clairs et tranchés : non au bradage des richesses nationales, non à la réconciliation nationale, non au FIS. El-Hachemi Chérif emboîte le pas : le président est en train daccélérer les événements pour imposer sa «solutions à la crise, soit par la voie électoraliste, contrôlée si tant est quil termine son mandat, soit au besoin par une rupture commandée qui lui permettra dinstituer sa conférence de réconciliation nationale. Il nest pas le seul à tirer cette conclusion. Beaucoup dautres acteurs politiques croient avoir de bonnes raisons de penser que la constituante suggérée par Aït-Ahmed et la conférence de réconciliation de Bouteflika ne font quun. Doù le fait que daucuns soutiennent mordicus que le FFS est en intelligence avec Bouteflika et que sa logique stratégique sert le pouvoir en place. Doù encore lurgence ressentie par Saïd Sadi de se déterminer par rapport à lévolution de la scène politique telle quelle se présente aujourdhui, et qui mènerait droit à léviction du RCD si lordonnance, dont on prête au Président lintention de signer, dans un proche avenir, venait à consacrer dans les faits lexclusion de tout parti qui récolterait moins de 5 % des voix de lélectorat. Visé en premier par une telle mesure, Sadi passe à lattaque et accuse le Président duser de manuvres, de ruses et de diversions pour camoufler ses options et choix qui finiront dailleurs par se dévoiler à lapproche des élections. Réda Malek aussi y va de son analyse soutenant lUGTA dans son opposition aux options de Bouteflika, car soucieuse de lintérêt national. Reste le FLN dont on attend quil se définisse par rapport à toutes questions lors de la réunion de son comité central jeudi et vendredi. Benflis, dont on dit quil nourrirait quelques prétentions présidentielles, sest déjà prononcé contre certains choix de Bouteflika, bien que du bout des lèvres, il se pourrait bien quil jauge la direction de son parti pour savoir dans quel sens elle pencherait avant de se déterminer définitivement. Quant au RND, son secrétaire général a annoncé la couleur mercredi à loccasion dune émission radiophonique en laissant entendre que les présidentielles ne sont pas pour demain, et quà chaque jour suffit sa peine. Tout en donnant limpression de ne pas être pressé du tout, Ouyahia affiche quand même sa position, en appelant le président de la République à expliciter ce quil entendait par réconciliation nationale et en rappelant que celle-ci ne devait pas sous-entendre une réconciliation avec les terroristes et que le peuple a voté en masse pour la concorde civile, laquelle accordait un délai aux éléments armés de se rendre pour pouvoir bénéficier de la grâce amnistiante. Or, ces derniers nont ni reconnu leur égarement ni demandé pardon au peuple. Pis, ils veulent une reconnaissance par lEtat de leur statut de combattant ainsi que la réhabilitation politique de leur matrice originelle, le FIS dissous. Cette démarche, que semble accompagner positivement dans sa logique Bouteflika, pose problème, et agit comme une entrave dans le cheminement quil se trace pour renouveler son mandat et qui rassemble contre son projet une grande partie de la classe politique. Jusquà ce quAït-Ahmed intervienne et quil agisse comme un joker, relançant une partie qui semblait dans limpasse. Rien nest donc encore joué, et la bataille pour 2004 sannonce longue et pleine de retournements de tous genres et de toutes natures. Cest quAït-Ahmed a apporté beaucoup deau au moulin de Bouteflika, en remettant sur le tapis lexigence à un retour au droit à travers la mise en place de fondements éthiques, politiques et institutionnels dun nouvel état qui viendrait remplacer lénorme «conglomérat de réseaux mafieux» actuel. En effet, le plan
proposé par le chef historique de la révolution algérienne,
consistant en la mise en place dune convention nationale de suivi
et de contrôle pour définir les modalités de la transition,
puis dun gouvernement chargé dexpédier les affaires
courantes dans lattente de la tenue dune constituante, ne
déplairait pas à Bouteflika si tant est que le chef de lEtat
en place reste en place. Rester alors seulement à résoudre
trois énigmes : celle de lingérence étrangère
prônée par Aït-Ahmed et celle du rôle qui échouera
à ce dernier. Se sachant le seul zaïm encore en vie de tous
les membres fondateurs de lOS, il y a fort a parier quil ne
se contentera pas de miettes. la troisième énigme porte
notamment sur la place et le rôle qui devront revenir légitimement
à linstitution militaire qui aura nécessairement son
mot à dire. Comme on le voit, la prospective qui se dessine reste
encore abstraite. et bien malin sera celui qui croira avoir, le premier,
décelé lissue de la bataille en cours. M. T. |
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