Des personnalités réclament à l'Europe de sortir du "silence"
et des "atermoiements"

Le Monde, 22 mai 2001

Les gouvernements européens, qui s'en sont tenus jusqu'ici au maximum de la réserve diplomatique d'usage en direction de l'Algérie, n'en sont pas moins aux prises avec un mouvement d'opinion croissant qui attend d'eux plus de fermeté envers le régime d'Alger.

La dernière manifestation de ce courant est la pétition qui vient d'être lancée par des personnalités de plusieurs pays d'Europe (Le Monde du 22 mai) et qui s'ouvre par cette mise en cause : "Citoyens européens, nous jugeons inacceptables le silence ou les atermoiements de nos gouvernements et de l'Union européenne face aux événements en Algérie. Depuis 1992, aucun effort significatif n'a été entrepris par nos représentants pour contribuer au retour à la paix civile dans ce pays."

Le texte met en cause la hiérarchie militaire algérienne : "Le doute n'est plus permis, ce sont bien les quelques généraux à la tête de l'armée qui constituent le pouvoir réel en Algérie" ; il leur impute "une guerre d'éradication de toute opposition", l'impunité consentie à des islamistes armés, ainsi que la "politique du pire" mise en œuvre ces dernières semaines en Kabylie, comme elle l'avait été, disent-ils, lors de la répression des émeutes d'octobre 1988.

FIN DE NON-RECEVOIR

Ce texte demande notamment que l'accord d'association entre l'UE et l'Algérie soit "conditionné" au respect des droits de l'homme dans ce pays et à la sanction de ceux qui les violent.

"Cela implique notamment que l'Algérie accepte enfin les enquêtes des rapporteurs spéciaux des Nations unies sur la torture et les disparitions", écrivent les pétitionnaires. S'ils ne représentent qu'eux-mêmes - des personnalités du monde universitaire pour la plupart -, ils rejoignent sur cette dernière revendication le Parti socialiste européen qui, lors de son congrès de Berlin, le 8 mai, avait également appelé l'Union européenne à réclamer la mise en place par l'ONU d'une commission d'enquête internationale.

Alger oppose toujours la même fin de non-recevoir à une telle initiative internationale, qualifiée d'"ingérence dans les affaires intérieures". Le ministre algérien des affaires étrangères, Abdelaziz Belkhadem, s'était chargé de le rappeler au lendemain de la résolution des socialistes européens, alors qu'il se trouvait en visite officielle à Madrid, en faisant valoir que son gouvernement était "le premier à déplorer les événements tragiques"de Kabylie et qu'il avait mis en place, avec le président Bouteflika, une commission d'enquête nationale.

Le ministre espagnol des affaires étrangères, reflétant en l'occurrence l'attitude générale des gouvernements européens, avait fait droit sans réserve à cet argument de son interlocuteur.


 

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