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Dénonçant la falsification de lhistoire dont ont souffert les chefs de la Révolution et le GPRA
Mhamed Yazid : Boumediene voulait réformer le système et larmée ne bloque pas Bouteflika Par Mohamed Khellaf , Le Jeune Indépendant, 2 novembre 2002 Homme à principes, Mhamed Yazid ne veut guère déroger à une ligne de conduite qui a toujours balisé sa trajectoire politique. Et il nentend pas sen éloigner quelles que puissent être les évolutions dune Algérie en soubresauts et questionnements permanents depuis lindépendance. Sa probité sur laquelle personne ne trouve à redire, son honnêteté intellectuelle et son objectivité dans les lectures de lhistoire en font un interlocuteur incontournable pour la presse nationale. Ses sorties médiatiques se traduisent, le plus souvent, par des gains au profit du débat fécond. Le mérite de cet homme, qui, nature humaine oblige, nest pas exempt de défauts, est davoir contribué à limage dun Harbi à faire avancer le chantier décriture dune histoire «vraie» du mouvement national dépouillée des approximations et des censures. Dans une interview publiée ce week-end par lhebdomadaire français lExpress, lancien ministre de lInformation du GPRA na pas été tendre avec les dirigeants qui se sont livrés à une spéculation de lhistoire à des fins de pouvoir et ont déformé des faits liés au mouvement national. «On a falsifié lhistoire», a-t-il affirmé dun ton accusateur. Dès la fin de la révolution et la crise de lété 1962 qui sen est suivie, les vainqueurs lalliance entre Ben Bella et Boumediene étaient soucieux dune seule chose : sassurer les leviers du pouvoir et conforter leur position en jetant le voile sur les autres dont le GPRA, lorgane légitime au sortir de la guerre. Le duo Ben Bella-Boumediene, qui a mis en place un «système qui étouffait toute expression», sest appuyé sur lécriture dune histoire officielle pour arriver à ses fins. «[ ] Nous avions un système qui étouffait toute expression. Un système où lune des principales interdictions était de faire mention du GPRA. Il fallait effacer de la mémoire du peuple la révolution et tous ses dirigeants. Ses responsables étaient interdits daccès à des fonctions publiques importantes. On a falsifié lhistoire. On a inventé, afin de la gérer, un passé virtuel servant les intérêts de la clique au pouvoir». Quarante ans après, ce système de pouvoir, loin de vaciller, «perdure». «Ceux qui sont aujourdhui à la tête de lEtat et qui parlent de démocratie et de liberté dexpression ont toujours été contre les libertés», dit-il dans une allusion à peine voilée au chef de lEtat, ministre de Ben Bella à la formation du premier gouvernement puis membre du Conseil de la révolution avec Boumediene. «Avec le recul», Mhamed Yazid constate que le gâchis a été énorme pour la construction de lAlgérie indépendante. En 1962, «nous avons acquis une nationalité, mais pas le droit à lexercice de la citoyenneté». Cela tient aux conditions chaotiques dans lesquelles le pays a mis sur pied son édifice institutionnel et lacuité de la crise de lété 1962 qui a faussé complètement la définition de règles du jeu démocratiques. «Il y a eu une énorme crise. Mais cette crise nétait ni idéologique ni relative à un désaccord fondamental sur le plan politique. Il sagissait dune lutte pour le pouvoir. Au fur et à mesure quapprochait linéluctable indépendance de lAlgérie, un certain nombre de militaires, plutôt que de se demander ce quallait être ce pays, avec quelles options, se préoccupaient de savoir qui allait prendre le pouvoir. Cest ainsi que nous avons assisté à des alliances au sein de létat-major, avec, à sa tête, Houari Boumediene et Ahmed Ben Bella, pour écarter le GPRA et assumer seuls les affaires du pays», rappelle Mhamed Yazid. Les vainqueurs de 1962 sont venus, dès le départ, «plus avec une culture militaire quavec celle de la démocratie. Et aussi avec une allégeance au pouvoir contraire aux aspirations des théoriciens de la révolution algérienne». Parce que lAlgérie, contrairement au Maroc et à la Tunisie, était soumise à un régime colonial singulier, la mise en place dun parti unique à titre transitoire était perçue comme une nécessité, avoue Yazid. «Mais il ne pouvait en aucun cas être un choix de système». Le choix du multipartisme était-il tranché avant la fin de la guerre ? «Oui», affirme lancien représentant de la révolution à New York. Il en veut pour preuve le contenu de la charte de Tripoli (NDLR : session du CNRA en 1961) qui était «très claire à cet égard». «Le système du parti unique devait constituer une étape, la plus courte possible. Malheureusement, il y a eu usurpation de la souveraineté populaire au profit doptions populistes», explique-t-il, en se gardant de jeter, ce faisant, sur les autres la nature du choix économique de lépoque. «Attention, je ne veux pas, ici, faire assumer aux autres le choix du modèle socialiste parce que, finalement, nous étions tous pour ce choix-là. Il faut savoir que nous étions dans une situation particulière : tous les moyens de production qui se trouvaient entre les mains des colons se sont trouvés vacants [ ] Nous avons été amenés à une sorte de gestion que nous avons appelée socialiste, mais qui était, en fait, plus une récupération de ces biens par lEtat. Nous nétions sans doute pas conscients que nous ne disposions pas dans le pays des conditions nécessaires pour faire ne serait-ce quune petite expérience socialiste. Alors, ce ne fut pas du socialisme, car tout allait être géré par lEtat, dans le domaine politique, économique ou social». Mhamed Yazid prend, dans un autre registre, et dune certaine manière, la défense de Boumediene, même sil ne partage pas toutes ses options. Il révèle, pour la première fois, que le tombeur de Ben Bella était engagé, avant sa disparition en fin 1978, dans un processus de réforme du système politique qui présidait aux destinées de lAlgérie depuis le 19 juin 1965. Il a commis «comme tout le monde» des erreurs, concède Yazid. «Mais, pour lhistoire, je me dois de témoigner que, dès 1977, il songeait sérieusement, selon notre formule, à «nationaliser le pouvoir». Cétait une boutade que nous faisions, même en sa présence : en Algérie, on avait tout nationalisé sauf le pouvoir ! Donc, il avait programmé pour 1979 il le disait à ses amis une refonte totale du système, avec une grande ouverture et une remise en question de beaucoup doptions économiques». Yazid est convaincu que les choses auraient évolué si le président du Conseil de la Révolution navait pas été emporté par la maladie le 27 décembre 1978. «Je suis certain quil aurait procédé à une grande ouverture. Dailleurs, son dernier gouvernement, remanié en 1977, était entièrement constitué de cadres issus du GPRA ou formés par lui et quon avait rayés de la carte politique depuis 1962 ». Son successeur, Chadli Bendjedid, a commencé à mettre en uvre, à sa troisième année de pouvoir, «quelques ouvertures», en sefforçant, dans un premier temps, de régler des problèmes de quotidienneté et de qualité de la vie. Selon M. Yazid, cette politique sest vérifiée «surtout en 1986» à un moment où il était «entouré du staff des réformateurs». «il a essayé damender la charte de Boumediene de 1976 [ ] Il y a eu effectivement des ouvertures, des libéralisations. Mais, brusquement, on a eu une opposition organisée dans le parti et les organisations de masse contre toute révision de fond de la charte. Finalement, la charte de 1986 na été que saupoudrée. Et ce sont ces mêmes forces que lon a retrouvées en 1988-89 sopposant à toute réforme de la Constitution, à laccès du pays au multipartisme et à toute liberté dexpression», dit Yazid. Ces forces, que Yazid désigne nommément comme étant «le parti du FLN et les organisations de masse», nont pas complètement disparu de la scène politique quatorze ans après le séisme doctobre. «Dailleurs, nous en avons encore aujourdhui dans ce que lon appelle le «pouvoir», explique lancien centraliste qui préfère ce terme à un autre plus usité par lopposition et la presse. «Je naime pas le mot «décideurs» que les gens utilisent à tort. En Algérie, il ny a pas de décideurs. il y a, à la tête de lEtat, une clique qui sait ce quelle veut et a la capacité dappliquer sur le terrain ses décisions. Nous avons un système «para-peuple». Et, parmi les gens qui incarnent ce pouvoir, on trouve aujourdhui tous ceux qui, en 1988-1989, après cette ruade qui a ouvert le champ à lespoir démocratique, étaient contre toute liberté dexpression». Affirmant que larmée
a «toujours mis les gens en place» pour les laisser «faire»
par la suite, M. Yazid estime dune formule que larmée
na pas été pertinente en favorisant lavènement
du président Bouteflika. «Je nai pas du tout limpression
que ceux quils ont mis en place en 1999 correspondent à leur
souci et à leurs désirs actuels. LAlgérie,
argue-t-il, est arrivée aujourdhui à «une certaine
phase» où «ce nest pas aux militaires de changer
les choses». Les militaires sont-ils responsables des choix politiques
des présidents dès linstant où ils ont décidé
de leur intronisation ? Pas si sûr, aux dires de Mhamed Yazid.
«Si lon suit cette logique, cela voudrait dire que lon
demande aux militaires de régler tous les problèmes politiques.
Jestime que maintenant nous avons atteint une certaine phase où
ce nest pas à eux de changer les choses. Cest à
la société civile et à la population de le faire.
Aujourdhui, on parle beaucoup du rôle des partis. On leur
reproche leur léthargie, leur désarroi, leur résignation.
cest vrai en partie, mais il y a toujours une loi de lévolution
historique qui veut que, lorsque les partis échouent, cest
en dehors deux que les forces sorganisent, comme nous en avons
lexemple en Kabylie et un peu partout dans le pays.» Alors
que le débat a rebondi cette semaine sur la nature des rapports
entre les institutions présidentielle et militaire à la
faveur du Colloque international sur le terrorisme et la sortie médiatique
du général-major Touati, Mhamed Yazid se refuse, en
observateur averti, à se laisser entraîner par lidée
reçue dun chef de lEtat bloqué par larmée.
«Je pense que les blocages ne sont plus le fait des militaires.
Lesquels considèrent que les problèmes de lAlgérie
sont tels quil est dans leur intérêt de ne pas se mêler
de gestion. Aujourdhui, ils réalisent que, en voulant sortir
de limpasse créée par la démission du président
Zeroual, ils ont créé, par leurs choix, une impasse encore
plus dangereuse.» Les blocages, selon Yazid, sont le fait du «pouvoir
virtuel», autrement dit «ceux qui assument les responsabilités
de lEtat», dit-il dans autre allusion au locataire dEl-Mouraria.
«Ils ont une culture dexclusion. Ils ne conçoivent
pas le dialogue avec ceux qui ne sont pas daccord avec eux.»
A la question directe de LExpress si les blocages viennent aujourdhui
de la présidence, M. Yazid répond : «Cest certain.
Cest la présidence qui bloque. On la vu, les militaires
ne veulent pas intervenir en Kabylie parce quils se sont rendu compte
quil est dans leur intérêt de ne pas être associés
à une gestion catastrophique». Le général Mohamed
Lamari «a été franc» en parlant du rôle
des militaires dans la gestion du politique, explique Mhamed Yazid.
Le chef détat-major, ajoute Yazid, a reconnu publiquement
que, jusquen 1999, ils avaient joué un jeu. Depuis, ils ne
veulent plus le jouer. Il a affirmé que leur dernier acte politique
datait de 1999 avec lélection de Bouteflika. «Mais
il ne faut pas être naïf. Lorsquils disent quils
se retirent du débat politique, cela veut dire quils se mettent
en réserve. Quoi quil en soit, le politique ne doit jamais
faire appel à larmée.» M. K. |
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www.algeria-watch.org
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