Khaled Nezzar en l'espace de quelques jours, le tonitruant général à la retraite a bruyamment fait l'actualité par deux fois : en intentant à Paris un procès contre Souaïdia et en faisant une sortie mémorable contre Bouteflika

L'homme aux coups de gueule

Djamel Boukrine, Le matin, 27 juillet 2002

On dit de lui beaucoup de choses. Même qu'il a tué sa femme pour intelligence avec les islamistes. On lui attribue des prérogatives de « chef de l'Etat », la paternité de toutes les décisions majeures prises en Algérie ces dix dernières années. Il ferait même partie du « cabinet noir » cher à M'hamed Yazid. Celui qui a qualifié dans les colonnes du Matin du 14 septembre 1998, Abdelaziz Bouteflika de « marionnette » et qui s'est interrogé, deux jours plus tard, à quels intérêts répond la remise en selle de tels « canassons », avant de changer de position au nom, a-t-il laissé entendre, des « intérêts suprêmes du pays » définis par ses successeurs.
Cet épisode mouvementé dans la vie de l'ex-ministre de la Défense n'a laissé personne indifférent. Dix ans après son départ en retraite, le général Khaled Nezzar reste un homme important dans l'échiquier politique algérien et ses sorties médiatiques sont fort commentées dans les chancelleries. M. Nezzar, qui a quitté précipitamment la France, dans la nuit du 26 au 27 avril, à bord d'un avion spécial envoyé d'Alger pour être entendu une année plus tard par le tribunal de grande instance de Paris, est assurément un « général » particulier. « C'est une fuite à l'anglaise », clament ses détracteurs en ironisant à propos du geste du général, qui s'est précipité à rentrer à Alger dès qu'il a entendu qu'un groupe de personnes a déposé une plainte contre lui pour tortures et atteintes aux droits de personne en Algérie. « C'est pour éviter de nuire aux relations entre l'Algérie et la France », répondent ses amis. Ses détracteurs ne lâchent pas prise. Les plaintes déposées contre lui ne sont, disent-ils, que des « gesticulations relevant d'une vaste opération de montage ». L'homme prend sur lui. Même quand certains responsables, comme l'ex-Président de la République Liamine Zeroual, en 1998, et plus tard Ali Kafi, président du Haut-Comité d'Etat, institution mise en place après l'assassinat de Mohamed Boudiaf, ou une quelconque source autorisée excédée par ses coups de gueule, lui demandent de fermer son clapet. L'homme laisse passer et revient juste après pour dire qu'il est là pour s'exprimer en tant que citoyen qui veut défendre l'Algérie et son armée. Contre toute attente, il décide d'assumer individuellement toutes les plaintes qui relèvent de la « haute politique » dès lors qu'elles mettent le « Qui tue qui ? » en avant. Comme le procès en diffamation qu'il a intenté contre Habib Souaïdia, l'auteur de La Sale Guerre. « Au-delà des propos diffamatoires à l'endroit de ma personne, c'est en réalité sur tout un peuple, son gouvernement et son armée () que les diffamateurs et leur porte-voix tentent de jeter l'opprobre », a dit le général Nezzar à la barre dans une déclaration préliminaire. Depuis l'annonce de ce procès, l'homme ne rate pas une seule occasion pour venir à l'aide de la grande muette ou pour s'exprimer au nom des Tagarins qui ne manquent pas de « détracteurs ». Ici et ailleurs. Le général Khaled Nezzar aime répéter qu'il assume ses choix et ses responsabilités. Comme la revendication de la paternité de l'arrêt du processus électoral du 11 janvier 1992, qualifié par Abdelaziz Bouteflika, le Président de la République, de « coup de violence ». D'où la dernière sortie médiatique de Nezzar, intervenue juste après celle le 2 juillet 2002 du chef d'état-major de l'armée.
Pour les observateurs, la dernière sortie de M. Nezzar n'était qu'une explication de celle de M. Lamari. M. Nezzar semble être le bon militaire : il a une pensée binaire. Il divise la société en amis et ennemis. D'où son « plan d'action global » contre le risque d'une « majorité théocratique » dès décembre 1990. Le général reste deux lustres plus tard toujours étonné que des non-islamistes maintiennent leur opposition à l'interruption du processus électoral. Toujours en bon militaire, il n'hésite pas à avouer qu'il ne comprend pas « l'excès de scrupules démocratiques des autorités » face aux théocrates. Comme celui affiché par le Président Chadli Bendjedid après la victoire électorale du Front islamique du salut (FIS dissous) aux législatives de décembre 1991.
Le Kabyle de Sériana (Aurès), qui a déserté l'armée française le 27 avril 1958 à 21 ans pour rejoindre les maquisards algériens stationnés en Tunisie, n'a sans doute jamais rêvé d'une carrière militaire qui le propulsera dès 1988 au-devant de l'actualité. Commandant chargé des forces terrestres au ministère de la Défense pendant les évènements d'Octobre 1988, il finit ministre de la Défense. Un poste qu'il cédera à Liamine Zeroual en 1993 juste après avoir échappé, le 13 décembre 1993, à un attentat sur les hauteurs d'Alger.


 

Retour

Retour (ANP /Présidence)

   
www.algeria-watch.org