Sid Ahmed Ghozali fâché contre ses maîtres?

Par Hichem Aboud, http://agirpourlalgerie.com/ghozali2.htm

« Je ne peux dire qu’elles étaient libres et honnêtes tant que les choix étaient fixés et programmés d’avance(...) Le pouvoir vient de confirmer qu’il n’a pas le désir de construire une scène politique réelle. Ainsi, le citoyen demeure coincé entre deux choix: celui des appareils de l’État ou celui des islamistes » ... «C’est sûr, tous les partis sont de connivences avec le pouvoir .» Qui tient ce genre de propos? Un opposant en exil? Non! Un islamiste du FIS? Un rescapé des camps du Sud ou militant du FFS ou de l’internationale socialiste le plus souvent désignés comme les ennemis de l’Algérie selon l’ancien enfant de troupe Khaled Nezzar? Que non! Ne cherchons pas loin. C’est Sid Ahmed Ghozali, SAG pour les intimes. Abou faracha, (l’homme au papillon), pour le petit peuple. Mais ce n’est rien, tout ça. Nous ne sommes pas, encore, au bout de nos surprises. Poursuivons notre lecture de l’entretien qu’il a accordé à El Khabar-Hebdo (n° 177 du 20 au 26 juillet 2002).

« Bouteflika n'est pas venu par de véritables élections, nous savons qui l'a désigné et l'a porté sur un tapis volant à son niveau de responsabilité, dans le cadre d'un contrat. »... Mais c’est écrit dans La Mafia des Généraux que SAG ne trouvait pas à son goût, il y a quelques mois! Qui a désigné Bouteflika à la magistrature suprême et qui a passé un contrat avec lui? Avant de répondre l’ancien chef du gouvernement tient à nous rappeler qu’en Algérie il n’y a ni démocratie ni liberté. En somme, il fait le même constat que tout le peuple algérien.

« L’appellation officielle de l’Algérie est République Algérienne Démocratique et Populaire, mais cela n’est pas vrai.(...) D’apparence, l’Algérie comme un État qui respecte les lois, mais la réalité a prouvé le contraire. (...) Tous les partis politiques, à l‘exception du FFS sont la création des décideurs... Même une partie du FIS relevait du pouvoir »...nous dit-il avec aplomb. Mais, il se réveille, finalement, celui qui fut le seul ministre de la république à se comporter en coopérant technique étranger en se faisant payer en devises lourdes!

Qui est-il ce pouvoir si violemment attaqué par le chef du gouvernement le plus servile des généraux mafieux? Est-ce le président de la république ou le parlement? Non. Ni l’un ni l’autre nous apprend-il. Il nous surprend plus encore en affirmant « qu’il existe en Algérie un pouvoir apparent et un autre occulte. » Ah! bon! Lui qui n’osait pas me regarder dans le blanc des yeux quand il lui est arrivé de me croiser au tribunal de Paris lors du procès Nezzar-Souaïdia, développe finalement la même thèse que moi. Une thèse qu’il trouvait gênante, avouait-il lors de son intervention au forum du quotidien El Youm, il y a quelques mois.

Qui est donc ce pouvoir occulte Monsieur Ghozali? Qui est responsable du drame de l’Algérie? « toutes nos institutions sont fictives. Il n’y a que l’institution militaire qui existe réellement » répond l’homme au papillon.

« Donc, c’est l’institution militaire qui est responsable de la crise que vit le pays » , s’empresse de l’interroger le journaliste d’El-Khabar Hebdo. « Lorsqu’on parle de l’institution militaire c'est une " poignée " de personnes qui, au nom de l'armée, tient toute l'Algérie. Mais, tout ce qu’ils ont fait, ils l’ont fait avec la complicité de la classe politique dans le cadre d’un contrat: à nous le pouvoir et à vous la responsabilité . Cette séparation entre le pouvoir et la responsabilité ne mène à aucun résultat et ne peut constituer un facteur susceptible d’aider à la construction d’un véritable état. » Eh oui, c’est bel et bien SAG qui tient ces propos. Certes c’est écrit dans La Mafia des Généraux avec plus de détail (notre ami SAG n‘a pas le courage de citer les noms de ceux qui constituent cette poignée), mais ce sont des aveux d’un homme qui connaît bien les rouages du système pour lequel il s’est prostitué plus que quiconque. Celui qui fut désigné chef du gouvernement, succédant à Mouloud Hamrouche, en juin 1991, alors qu’il se trouvait à l’étranger sait de quoi il parle. Il fut le seul chef de gouvernement qui n’avait pas obtenu le SMIG du respect de la part des décideurs. Ces derniers n’ont même pas jugé utile de lui demander son avis, ne serait-ce que pour la forme, avant de le désigner à la tête de l’exécutif. Il ira plus loin dans la compromission en se faisant le complice du crime le plus crapuleux qu’ait connu l’Algérie celui de l’assassinat du président Mohamed Boudiaf.

Celui qui rasait les murs, tête basse, dans la salle des pas perdus du tribunal de Paris, semble fâché contre les décideurs. Cela fait dix ans qu’il n’a plus de poste de responsabilité. Il fut évincé de son poste d’ambassadeur à Paris en février 1993 pour avoir déclaré, en privé, devant des journalistes français pas discrets que 90% du peuple algérien vomit le régime. Sous Chadli, l’homme au papillon s’est relacé en moins de sept ans de traversée du désert. Après avoir été couvert d’opprobre et accusé de détournement de deniers publics et d’agissements contraires aux intérêts de l’Algérie, il fut envoyé à Bruxelles comme ambassadeur. Il profitera du séjour de l’ancien chef de l’État dans la capitale belge pour raisons médicales (Chadli fut opéré pour une sciatique), pour se rapprocher des décideurs et connaître une ascension fulgurante.

Les décideurs semblent l’avoir oublié. Ils n’ont même pas voulu d’un parti politique qu’il voulait créer. Ils n’ont pas pensé à lui comme candidat à la présidence de la république. Lui croyait avoir cédé à toutes leurs sollicitations, il se retrouve jeté comme un citron pressé. Cependant, il oublie que les décideurs n’aiment pas trop les hommes acquis d’avance. Ceux-là sont nombreux à se bousculer aux seuils des salons des décideurs et il n’y a que l’embarras du choix.

Le mieux pour SAG c’est d’aller se repentir en allant devant la justice du peuple avouer sa complicité dans l’assassinat de Boudiaf et interpeller cette poignée de généraux pour répondre de leur crime. Inutile de jouer à l’opposant ou d’attirer l’attention sur lui en vue de relancer sa carrière. A force de provoquer cette poignée de généraux sans vouloir aller réellement au fond des choses, il risque de se retrouver sur la liste des victimes du GIA. Et comme si de rien n’était.

 

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