La fin du tout sécuritaire ?

Par Abdou B., Le Quotidien d'Oran, 7 novembre 2002

En un mot, un prince qui ne connaît point l’art de la guerre ne peut être estimé de ses troupes, ni se fier à elles.
Machiavel

Souvenons-nous. Le MSP, grosses manchettes et sueurs froides à l’appui, a été longtemps présenté, à partir d’une modeste expérience sur quelques poteaux (y en a-t-il encore en bois ?) comme le terrifiant successeur de Ali Benhadj et le fondateur désigné de la République Islamique. La première du genre dans l’histoire de l’humanité. Arrivé au pouvoir, il aurait anéanti la République, éradiqué le pluralisme et la démocratie, tout en parquant des millions d’Algériens qui lui seraient hostiles dans des camps au sud, au nord, sinon en Iran ou au Soudan. Le scénario catastrophe rédigé, il fallait quelques gogos pour faire circuler la thèse et le tour était joué. Les drebkis ont fait leur travail, mais très peu d’Algériens ont cru à l’installation de M. Nahnah à El-Mouradia.

Quelques scrutins plus loin, où en est le MSP ? Il est redevenu ce qu’il a toujours été. Ce vecteur de cercles dirigeants devait fédérer les déchets de l’ex-FIS, faire semblant de rugir contre les laïcs, les francophones, les «extravertis», le gouvernement, et se tailler une façade d’opposant susceptible de damer le pion à M. Djaballah. Aujourd’hui, la mission, à l’origine confiée au MSP, est achevée. La Rahma et la concorde civile ou nationale (l’Algérie profonde attend vainement une vraie explication de texte par les partis, les personnalités, partout et chaque jour) ont fait leur travail. Les services confondus, chargés de l’éradication du terrorisme font leur travail et M. Bouteflika n’a jamais dit qu’il allait se substituer à la justice et réhabiliter l’ex-FIS. Il faudra bien lui attribuer réellement ce qu’il a dit et fait. Le lecteur aura compris que la recomposition a été grandement élaborée avec les dernières élections. Exit le MSP, Nahnah et bien avant l’ex-FIS. Le mouvement de M. Djaballah assure convenablement la représentation des courants fondamentalistes, qui répugnent à soutenir le terrorisme qui gêne leur action, et il joue parfaitement le rôle du «méchant» qui prendra son temps pour négocier son entrée au gouvernement. Et il a raison de ne pas se presser. Il sait, et le monde aussi, qu’il y a en Algérie une clientèle pour un tel parti légal tant qu’il agira spécifiquement, par ses arguments, en partant à la conquête du pays profond. C’est cela le combat politique qui se fait en dehors des microcosmes sécurisés par ceux à qui on feint de s’opposer. Donc, le MSP n’a jamais été en mesure de prendre le pouvoir, et il est devenu franchement ridicule de continuer à l’agiter comme par le passé pour effrayer les moineaux qui se tordent de rire.

Le MSP reconnaît la francophonie, et l’ex-FIS, qui ne sera réhabilité par personne, n’a plus la capacité de mobilisation qu’il avait et le réel ancrage populaire qu’il avait, et qui le différencient des autres, ne sont plus les mêmes. Les abstentionnistes d’aujourd’hui avaient 10 ans quand M. Abassi a été arrêté. Par conséquent, l’histoire et le pays ne se sont pas figés comme un instantané en noir et blanc, en attendant la libération des fondateurs historiques du FIS. Leur réhabilitation supposée et leurs forces demeurées intactes ne sont que des épouvantails qu’agitent les rêveurs du soir final qui verrait l’extermination jusqu’au dernier de tous les barbus locaux.

Le colloque sur le terrorisme qui s’est tenu à Alger est venu au bon moment, non pour étaler devant l’opinion nationale et internationale de graves divergences entre les chefs de l’ANP et M. Bouteflika - ce qui aurait été de la plus haute irresponsabilité - mais pour clarifier un parcours. Celui de l’armée et des services de sécurité auprès, essentiellement de certains faiseurs ou relais d’opinion à l’étranger. Et c’est une très bonne chose. Le colloque a eu aussi le grand mérite de marteler qu’il ne faut pas oublier le terrorisme, baisser la garde et planifier en même temps son éradication et les causes de son apparition, de son maintien ou de sa résurgence dans l’avenir. Ces thèses sont à prendre en charge par les gouvernants du moment et par leurs successeurs, après les prochaines présidentielles.

La grande trouvaille pour certains est de reprendre les propos de militaires qui ont appris la concorde nationale en lisant la presse. On constate que la presse, si décriée parfois, leur apprend des choses, et qu’il y a comme un désappointement. En démocratie, M. Bouteflika ou ses successeurs n’ont pas à demander l’autorisation des militaires pour faire de la politique. Et il se trouve que les voix autorisées, publiquement, à visage découvert, reconnaissent que l’ANP obéit au pouvoir civil et ne veut plus, ou du moins qu’elle essaie de ne plus se mêler de politique. Toutes ces péripéties ne font en réalité qu’animer un semblant de conflits politiques qui n’a de réelle consistance que dans certains journaux. Le plus inquiétant, qui donne la chair de poule, ce sont des informations publiées. Il paraîtrait qu’il y aurait des tendances et des courants au sein des cercles dirigeants de l’armée. Comme dans un parti. Il y aurait le tout sécuritaire, le tout politique et une voie médiane. Donc, non seulement l’ANP ferait toujours et de plus en plus de la politique, mais qu’elle nourrit en son sein des débats idéologiques. C’est autour de ce genre d’annonces de la haute dangerosité pour le pays, que l’ANP devra désormais communiquer pour rassurer le pays profond, et le monde extérieur.

   
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