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ANP-
AIS
Désaccord
autour d'un accord
Par Hassan Moali,
Liberté, 16 juillet 2002
La sortie du général
Lamari et "la
source autorisée" du MDN, niant l'existence de cet accord,
rendent mystérieuse l'origine de la concorde civile.
Il y eut d'abord
la loi sur la Rahma (clémence). Puis vint l'accord secret entre
l'armée et l'AIS de Madani Mezrag, qui allait accoucher plus tard
d'une concorde discordante.
Été 1997. Une folle rumeur fait le tour du pays. De hauts
responsables de la hiérarchie militaire se seraient rendus aux
maquis de Jijel pour négocier une trêve avec les troupes
de Madani Mezrag. Pour insoupçonnée et incongrue qu'elle
paraissait, cette information n'en n'était pas moins fondée,
en ce sens qu'elle n'avait jamais été démentie officiellement.
Y a-t-il vraiment un accord entre l'armée légale et l'autre
armée de terroristes ? Si tel était le cas, qui a négocié
et qu'elles étaient les clauses de cette armistice qui n'en finit
pas, cinq ans plus tard, de faire l'objet d'une grosse polémique
? Mystère ! Il est vrai que les officiers de l'armée n'ont
également jamais reconnu l'existence de cet accord. Pourtant, le
général à la retraite Khaled Nezzar a déclaré,
le mois de mai dernier, au quotidien français Le Figaro, à
propos de la concorde civile, ceci : "J'y suis d'autant favorable
d'ailleurs que ce sont des militaires, notamment le général
Smaïn Lamari, qui l'ont engagée (
)" . Des révélations
non démenties jusqu'à présent par l'institution militaire.
En revanche, le général Mohamed Lamari a clairement tranché
la semaine dernière qu'"il n'y a jamais eu d'accord avec l'AIS",
lors d'une rencontre informelle avec les journalistes. Ce fut le premier
démenti officiel depuis l'annonce de ce fameux accord, qui a pris
l'allure d'une concorde civile et son pendant la grâce amnistiante.
Ce fut aussi le début d'un désaccord au sujet d'un présumé
accord entre la hiérarchie militaire d'un côté, le
président de la République et les islamistes de l'autre.
Une controverse qui aurait pu éclater à la veille des présidentielles
de 1999, quand le candidat Abdelaziz Bouteflika promettait, à qui
voulait l'entendre, qu'il allait donner une couverture juridique à
cet accord justement, une fois élu. Ce qu'il n'a pas manqué
de faire par le moyen de la loi portant concorde civile, promulguée
en juillet de la même année, et qui a consacré l'existence
légale de l'accord. Pourquoi donc les autorités militaires
n'avaient-elles pas réagi, à l'époque, pour démentir
leur implication dans ce dossier de l'AIS si tant est que cet accord n'a
effectivement jamais été paraphé ? Bouteflika, quant
à lui, en a fait une priorité de son action en déclarant,
à de nombreux médias nationaux et étrangers, qu'il
était disposé à consolider la trêve avec l'AIS
et à aller "au-delà de l'imagination". Question
: le candidat du consensus, puis le Président "mal élu",
était-il à ce point sûr de lui s'il n'avait pas reçu
de sérieuses garanties de concrétiser, légalement,
des clauses secrètes ? Il est, en tout cas, difficile de croire
que Bouteflika eut été capable de réussir, à
lui seul, un tel coup de force, en imposant une concorde civile à
des Algériens très éprouvés par la violence
terroriste, à plus forte raison ceux qui en étaient victimes.
D'autant plus difficile que toute la classe politique et les personnalités
nationales avaient décrié - et le font encore du reste -
les dispositions de cette loi qui impose un pardon populaire inédit.
Très dur à avaler. De fait, la thèse de l'inexistence
de l'accord ne résiste pas à l'analyse. Sinon comment expliquer
le laisser-faire de l'armée, qui détient tous les pouvoirs,
à la concorde de Bouteflika qui va à contre-sens de la lutte
antiterroriste, engagée depuis près d'une décennie
? En ne faisant aucune objection, au moment où la société
civile criait au scandale, les hauts responsables de l'armée, quand
bien même ils n'auraient pas conclu d'accord avec l'AIS, auront
donné leur caution, leur feu vert à Bouteflika pour décréter
sa concorde. Sauf si l'ANP voudrait s'en démarquer maintenant que
l'échec de cette trouvaille politique est définitivement
consommé avec la recrudescence inquiétante des attentats.
À présent, le Président semble terriblement seul.
Seul face à la réalité faite de dégradation
de la situation sécuritaire. Seul pour promouvoir encore une concorde
qui ne convainc plus personne, y compris dans son entourage immédiat.
La dernière sortie du général Lamari, qui fait suite
à la mystérieuse "source autorisée du MDN",
s'apparente sinon à un lâchage, du moins à une démarcation
de la grande muette vis-à-vis de l'accord avec l'AIS et par extension,
la concorde bouteflikienne. Y a-t-il donc un accord ? Le débat
est (re)ouvert
H. M.
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(ANP /Présidence)
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