Bouteflika lâché par le pouvoir ?

El Watan, 14 juillet 2002

Le roi est mort, vive le roi : cet axiome s’applique merveilleusement au président Bouteflika depuis que sa cote de popularité est en baisse et que le mythe d’homme providentiel ou du moins de la situation dont il s’était drapé à son arrivée aux affaires ne fait plus recette.

On ne sait pas encore pour l’heure qui sera intronisé à sa place pour lui succéder, tant les paris apparaissent très serrés au regard des ambitions que commencent déjà à afficher certains candidats potentiels à la course à la prochaine présidentielle. Mais tout indique, à bien décoder les discours et les déclarations qui se télescopent depuis quelque temps déjà, dans et en dehors du sérail, que Bouteflika ne partira pas avec les mêmes atouts que lors des dernières élections s’il consent à briguer un nouveau mandat. En d’autres termes, on imagine mal comment le pouvoir va-t-il miser encore une fois sur un cheval qu’il a expérimenté sans résultats tangibles, en ce sens que tous les ingrédients de la crise dont il a hérité à son arrivée à la Présidence de la République sont demeurés en l’état, s’ils ne se sont pas amplifiés. Avec les attaques en règle dont il est l’objet depuis quelque temps dont, la dernière en date, celle du général en retraite Khaled Nezzar qui avait presque sommé Bouteflika, sans le nommer, bien évidemment, de rendre des comptes devant le peuple quant à la gestion chaotique du pays au cours de ces trois dernières années, on est fondé à croire qu’il est lâché par les cercles les plus influents du pouvoir qui ont aidé à son intronisation. Bouteflika était venu avec une mission précise : rétablir la paix civile. Il avait pour ce faire carte blanche de la part du pouvoir qui a accepté de se faire violence en répondant favorablement aux sollicitations de Bouteflika de tendre la main aux terroristes en faisant adopter par le Parlement une loi sur la concorde civile confortée par référendum populaire après le conditionnement populaire que l’on sait.

l’échec d’une politique

L’échec de cette politique est patent même si certains cercles officiels, peu nombreux aujourd’hui, cherchent à convaincre du contraire en agitant, tel un butin de guerre, le chiffre des repentis. La recrudescence du terrorisme et des massacres collectifs a complètement mis à nu la véritable nature du contrat politique conclu avec les terroristes lequel, l’actualité tragique le démontre quotidiennement, n’aura été rien d’autre qu’une abdication de l’Etat sans contrepartie. Il est peu probable que l’armée et les cercles de décideurs acceptent d’assumer la responsabilité d’une gestion politique de la crise à laquelle ils ont certes apporté leur caution, mais sans s’impliquer ouvertement. Dans cette énième solution avortée de sortie de crise, il ne fait aucun doute que Bouteflika passera seul à la caisse au moment de solder les comptes, si l’armée veut préserver intact son prestige. Tous les soutiens et les thuriféraires de Bouteflika, qui avaient embouché leurs trompettes pour saluer son élection et qui ont continué à l’assurer de leurs soutiens pendant les mois qui suivirent son arrivée au pouvoir — certains furent bien récompensés —, se taisent bizarrement depuis quelque temps. Que devient la Coordination des comités de soutiens à Bouteflika qui avait carte blanche dans les médias publics et particulièrement à la télévision ? Pourquoi des partis comme le Rnd et le Fln, qui ont soutenu à bout de bras Bouteflika et son programme, font la sourde oreille devant les critiques ciblant Bouteflika ? Se réclamer du programme de Bouteflika est devenu désormais presque comme une tare et une maladie honteuse. C’est du moins l’impression qui se dégage du silence, voire de l’indifférence que suscite la campagne anti-Bouteflika auprès de ses supposés amis ou alliés ; une campagne inspirée, c’est clair comme de l’eau de roche, de l’intérieur même du pouvoir.

Par S. B.

 

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