Armée-Bouteflika

Le face-à-face

Rien à concéder

Le Matin, 1 août 2002

Les rapports entre la Présidence et l'Armée sont-ils toujours au beau fixe ? En vérité, la question ne devrait même pas se poser. Car ce qui aurait été inquiétant et plutôt grave dans une Algérie encore en formation, c'est de constater que tout se passe à merveille entre un Président, censé n'assumer que son mandat, et une ANP, qui a été appelée, à tort ou à raison, à maintes reprises à» arbitrer » dans des situations délicates, allant jusqu'à changer le cours des événements. Mais la nostalgie de l'unicité est tenace. Aussi assiste-t-on à des commentaires, dont celui de la télévision, qui tentent de transformer la tempête « en ciel bleu azur ». Il ne resterait plus qu'à entonner le fameux slogan : « Armée, peuple avec vous Président ! » A peine donc amorcé, le débat autour du rôle de l'Armée, en tant qu'institution, dans cette phase cruciale que traverse le pays a été dévoyé pour devenir un sujet de démarcation partageant la « société » en deux camps, partisans de Abdelaziz Bouteflika, d'un côté, et ceux de l'ANP, de l'autre. Les choses sont pourtant plus complexes. La facilité qui consiste à rappeler à l'Armée la ligne rouge à ne pas franchir cesse subitement de s'appliquer à d'autres institutions, dont la Présidence, qui font pourtant de la violation des libertés et de la Constitution une règle de gouvernance constante. Il y a lieu donc de méditer sur le rôle de chacune de ces institutions à un moment où la société aspire, à travers les mouvements de protestation naissants, à une liberté et à une démocratie qui ne sont à concéder ni à Bouteflika ni à l'Armée. Ni encore moins aux fossoyeurs de la République tapis dans l'ombre, attendant la fin du pugilat.
Youcef Rezzoug

-----------------------

Conflit, pas conflit ?

La question sur les relations entre l'institution militaire et la Présidence de la République reste posée. Sid-Ahmed Ghozali, l'ex-Chef de gouvernement, accuse ouvertement le Président de la République de comploter contre l'Armée. Il demande comme Cherif Belkacem, l'ancien numéro deux, sous Houari Boumediène aux Tagarins, de « prendre directement le Pouvoir, comme en Turquie ». Bien avant Ghozali, l'Armée, par trois sorties médiatiques, dresse un constat d'échec de la démarche politique de M. Bouteflika et déclare qu'elle n'assumera pas le bilan du Président qui nourrit des ambitions pour un second mandat en 2004. Pour les militaires qui l'ont parrainé il s'est révélé incapable de vaincre politiquement l'intégrisme, de régler la crise en Kabylie et de lancer des réformes économiques. Les militaires qui auraient répondu par les voix de Ali Benflis et Ahmed Ouyahia, les patrons des deux partis piliers du système, le FLN et le RND, au projet de promotion de la concorde civile en concorde nationale prennent les choses en mains. Outre le rejet de cette promotion, ils rejettent aussi le discours politique du chef de l'Etat qui ne serait « pas fait pour maintenir intacte » une quelconque mobilisation « des troupes ou des citoyens pour une lutte contre les groupes armés ».
Entre les deux institutions, la sourde lutte ne date pas de cet été. Elle a commencé juste après l'investiture de Bouteflika. En été 1999, il a opéré une attaque frontale contre l'ANP. A travers une dépêche de Reuters reprise par l'APS, il a laissé entendre qu'il n'avait pas les coudées franches pour former un gouvernement qu'il a mis huit mois à constituer. C'est la faute aux généraux, selon la « fameuse dépêche ». « Que chacun prenne ses responsabilités », lancée par la source autorisée dans les colonnes du Soir d'Algérie et reprise par Lamari, cache mal l'irritation de la grande muette subitement plus disposée à payer pour « les incompétences » des autres. Les militaires refusent d'être sacrifiés comme des boucs émissaires sur l'autel d'une réconciliation nationale et de tolérer des attaques répétées contre eux sans que quiconque ne prenne le soin de rétablir les faits. Juste après la dépêche il y eut la venue en Algérie des ONG internationales et le pavé lancé par Ali Yahia Abdennour, le président de la Ligue de défense des droits de l'Homme. Bouteflika a, selon l'avocat, « demandé aux gouvernements occidentaux, particulièrement celui des Etats-Unis, de l'aider à évincer les décideurs au sein de l'Armée, et a utilisé la carte des organisations internationales de défense des droits de l'Homme pour frapper ces décideurs ». Amnesty International qui a demandé lors de sa seconde visite en Algérie à rencontrer les principaux généraux (Mohamed Lamari, Médiène dit Tewfik, et Smaïn Lamari) a eu droit à une réponse originale. El Moudjahid, le 18 septembre 2000, a publié son mémorandum confidentiel qui faisait état de « dépassements, de disparus et d'exécutions extrajudiciaires commises par les services de sécurité ». La cabale contre les « janviéristes » est partie d'El Mouradia, affirme l'ex-ministre de la Défense. Ghozali régulièrement sollicité par les médias rappelle tel un métronome qu'« un dossier se confectionne contre l'Armée ». Le 11 septembre 2001 aidant, les militaires rappellent que « pour qu'il y ait amnistie, il faut d'abord un jugement ». A « la paix est revenue » de Bouteflika, les militaires répliquent par la nécessité de faire « la guerre », aux groupes armés. Au niveau officiel et du côté de la Présidence, on nie tout différend entre Bouteflika et l'Armée et on insiste sur le caractère normal des relations existant entre les deux institutions. Pour certains proches de Bouteflika, Nezzar a parlé en son nom propre. Des médias proches de certains milieux sont même allés jusqu'à demander à Mohamed Lamari au nom de qui il s'est exprimé à Cherchell ? Conflit, Pas conflit ?
Djamel Boukrine

----------------

Ce qu'il a dit de l'Armée

« La République est redevable à l'Armée algérienne d'avoir sauvé l'Etat national des périls qui le menaçaient à la faveur du déchaînement des extrémistes. Si à cet égard, on peut parler de démesure, ce n'est certainement pas du côté de l'Armée qu'il faut regarder. »
L'Express du 19 août 1999.

« Je suis le chef de l'Armée pas seulement selon la Constitution. Je connais bien les militaires pour avoir été officier avant les plus grands généraux actuels. Quand eux n'avaient pas de grade, j'étais commandant de l'Armée de libération nationale. »
Paris Match, 1er septembre 1999.

« Je ne peux pas incriminer une institution de la République qui est chargée de défendre l'intégrité et l'unité nationale d'être éradicatrice. C'est le pouvoir politique qui ne lui a pas donné les moyens d'aller vers la réconciliation ».
LCI, octobre 1999.

« Le principal parti du Président algérien, c'est l'ANP ».
Europe 1, 7 novembre 1999.

« L'ANP est appelée à asseoir les bases du professionnalisme, à l'instar des nations souveraines dans le monde. »
APS et presse nationale, juillet 2000.

« La formation du gouvernement () est du ressort strict du chef de l'Etat. Ni l'Armée ni les services de sécurité ni qui que ce soit n'a à se mêler. Ce sont des prérogatives du chef de l'Etat. Je tiens à dire que je veux être un chef d'Etat, pas un trois quarts de chef d'Etat. »
APS et presse nationale, 16 janvier 2001.

« Je salue () le rôle de notre glorieuse armée qui veille à l'unité du peuple et à l'unité du territoire national, à la préservation de la souveraineté de la République algérienne, à la protection de ses frontières et de ses lois dont certains dépravés ont voulu en abuser. »
APS et presse nationale, 4 juillet 2002.

---------------

L'armée a dit de lui

23 juin 2002, une source autorisée du MDN se confie au Soir d'Algérie
« Pour notre part, nous avons toujours souhaité la nomination d'un ministre de la Défense. Nous avons même dit qu'un civil ferait l'affaire, quand bien même celui-ci n'aurait pas accompli son service national. L'incompétence chez certains ne doit pas être cachée par des attaques répétées contre l'institution militaire. Certains ont affirmé, par exemple, que l'armée est derrière l'assassinat du jeune Massinissa Guermah afin de mettre le Président Bouteflika en difficulté () Là aussi (le choix de l'armée pour Bouteflika en 1999, ndrl), l'armée s'inscrit en faux contre ces allégations. A l'époque, notre souhait, à l'instar de tous les Algériens, était de choisir le moins mauvais de tous. L'ambition de l'ANP est que chacun assume convenablement ses missions. Le temps des béni-oui-oui doit être banni. C'est pour cela que nous estimons que le gouvernement actuel doit assumer pleinement ses devoirs. Cela nous paraît comme une exigence de l'heure. »

Mardi 2 juillet 2002. Mohamed Lamari, chef d'état-major de l'ANP, dément toute discorde
« Le Président de la République est constitutionnellement ministre de la Défense et chef suprême des forces armées, il a le pouvoir constitutionnel de nommer un ministre de la Défense. Je n'ai pas à m'ingérer dans les décisions présidentielles. Nous le consultons, comme par exemple à la veille du 5 Juillet, nous lui avons soumis une liste d'officiers à promouvoir et il est maître de la décision. Nous avons traité avec le Président Zeroual un peu plus, c'est un militaire ; d'ailleurs on l'appelait le général Zeroual. Nous avons ouvert une brèche en 1992, nous l'avons fermée en 1999. L'ANP ne s'occupe que de ses missions constitutionnelles. Je m'inscris en faux contre tout le reste. »

Mercredi 10 juillet. Khaled Nezzar s'en prend, sans le nommer, à Abdelaziz Bouteflika
« S'agissant de la cabale contre les généraux algériens, elle a été montée de toutes pièces par des Algériens et à partir de l'Algérie, ces trois dernières années ; depuis que l'arrêt du processus électoral est devenu "un délit et une violence", que le terroriste sanguinaire est devenu "Monsieur Hattab". Plus récemment encore, devant un parterre de cadres de la nation, au lieu de faire le bilan de ces trois dernières années, on continue à parler de la décennie noire de Abdelhamid Brahimi et à assimiler l'arrêt du processus électoral à "une interruption de grossesse". Tout a été dit et fait pour que le terrorisme revienne en force. Le peuple algérien se souviendra, et un jour il demandera des comptes. »

----------------

Entretien avec Sid-Ahmed Ghozali

« Les relations entre les institutions sont malsaines »

Selon Sid-Ahmed Ghozali, ancien Premier ministre de juin 1991 à juillet 1992, les relations malsaines entre les institutions freinent la construction d'un véritable Etat de droit.

> Le Matin : Vous rentrez de Paris où vous avez participé au procès Nezzar-Souaïdia en tant que témoin. Avez-vous l'impression, comme l'a souligné la presse occidentale, d'avoir participé à une opération qui visait en fait à « laver l'honneur de l'ANP » ?

Sid-Ahmed Ghozali : Je voudrais d'abord relever la très grande ambiguïté qui a caractérisé la couverture de ce procès par la presse algérienne. Il y avait une confusion, à mon avis assez générale, avec une autre tentative de procès qui avait été classée trois mois auparavant. Il est juste de souligner, qu'à leur décharge, les médias n'ont pas été informés régulièrement. Tout le monde en était resté à l'interpellation de Khaled Nezzar qui avait eu lieu en avril 2001. Or, en juillet, il s'agit cette fois-ci d'un autre procès où Khaled Nezzar est le plaignant contre des propos tenus par Souaïdia sur une chaîne de télévision étrangère. Les personnes les moins hostiles à la démarche se sont cependant interrogées sur l'opportunité d'un débat algéro-algérien auprès de tribunaux français. Ces personnes ont perdu de vue que la diffamation a eu lieu en territoire français, du fait d'un Algérien domicilié en France et sur une chaîne de télévision française et sous l'instigation d'opérateurs algériens et français résidant en France. Juridiquement, l'action en justice ne pouvait se situer qu'en France. J'ai personnellement accepté de témoigner parce que je considérais que ce n'était pas Khaled Nezzar qui se rendait en France pour se défendre, l'objectif était de combler un vide énorme laissé par l'Etat algérien qui s'était défaussé devant une affaire qui visait l'ANP et donc l'Algérie. Voilà dix années que l'ANP, et l'Algérie sont traînées dans la boue. A mon sens, l'initiative était donc louable dans la mesure où, pour la première fois, il s'agissait de réagir à ces procès unilatéraux indignes. Car le procès de l'Algérie n'est pas nouveau : ce qu'a apporté de nouveau le procès en diffamation, c'est qu'après un silence de dix ans de l'ANP comme de l'Etat, des Algériens, qui ne sont pas que des militaires, des responsables politiques ou des apparatchiks ont témoigné notamment sur l'arrêt du processus électoral, et nous savons justement que le procès que l'on veut faire à l'Algérie se situe notamment à ce niveau. L'initiative était positive, mais il faut qu'elle se poursuive en d'autres occasions. Nous devons nous extraire d'une résignation à une sorte de statut d'accusé passif, silencieux, pour passer à un stade offensif. J'ai témoigné durant ce procès comme près d'une quinzaine de nos compatriotes de tous bords, d'intellectuels français amis de notre cause depuis la guerre de Libération. Nous avons uvré au rétablissement de l'image de notre pays qui n'a été que trop longtemps défigurée par des machinations politiciennes factieuses de toutes sortes tramées contre l'Algérie. Comme vous l'avez dit auparavant dans votre question, oui nous sommes allés défendre l'honneur de notre pays et de l'ANP, pour moi cela ne fait qu'un. Quant aux médias occidentaux, nous savons parfaitement qu'ils ont traité l'affaire de manière militante.

A son retour Khaled Nezzar a publié un communiqué relatant les faits, mais qui comportait également une partie très critique à l'encontre du chef de l'Etat. Cette sortie coïncidait avec d'autres déclarations de responsables de l'ANP allant dans le même sens qui pourraient laisser entendre l'existence d'une crise au sommet. Quel est votre avis sur le sujet ?

Nous sommes si peu habitués à la critique que chaque sortie, qui n'est pas applaudissement, est considérée comme une sortie virulente. A mon sens la déclaration de Khaled Nezzar n'apporte rien de nouveau que l'on ne savait il y a trois ans.

> Mais il y a eu trois ans de silence aussi

Le chef de l'Etat ne s'est pas tu. Dès 1999, c'est lui qui a mis, ce qu'il appelle les généraux, sur la sellette. Dépassons l'analyse et restons, en aux faits : l'ensemble des citoyens ont entendu, comme vous et moi, plusieurs fois des propos directs dans la bouche du chef de l'Etat indiquant très clairement que les relations en haut lieu avaient un caractère malsain. Le fait de dire à la population à travers la télévision : « Ce sont des chats pas des lions » en parlant des officiers généraux indique que ce ne sont pas là des propos qui attestent de relations institutionnelles harmonieuses. Quand il dit aussi, « je ne suis pas un trois quart de chef d'Etat », ou alors « je suis là, ils ont besoin de moi », cela veut dire qu'il n'y a pas de relations saines au sommet entre les institutions de l'Etat. Il en est de même pour la position vis-à- vis de l'intégrisme. Le Président nous a dit plusieurs fois : « Je ne suis venu ici ni contre les uns ni contre les autres », officialisant en quelque sorte la thèse à propos de la situation algérienne comme n'étant pas celle d'un peuple et d'un Etat confrontés à l'irruption d'une idéologie fasciste et terroriste, mais plutôt comme une bagarre entre tueurs islamistes et ceux de l'armée.
Ce sont des propos qui ont, à plusieurs reprises, mis au même niveau les terroristes et l'ANP. Je passe sur les incalculables propos qui sont allés depuis trois ans dans le même sens : « Si j'avais 20 ans, j'aurais fait comme eux (en parlant des terroristes), ou « Monsieur Hattab ne tue que des agents de sécurité », « Où étiez-vous ô agneaux lorsque nous étions bouchers ? », etc.

> Les déclarations de ces hauts responsables de l'ANP ont été pourtant suivies d'une offensive antiterroriste sans commune mesure avec ces années de concorde civile

En examinant l'historique rapide de 1993 à nos jours, il apparaît que nous sommes toujours passés par des moments d'offensive suivis de périodes plus calmes où l'on pensait avoir réglé les problèmes avec des succès sur le plan sécuritaire, puis on s'est démobilisé. Ce qui démontre qu'en face de la stratégie islamiste qui consiste à prendre le pouvoir sur les débris de l'Etat, et donc de la déstabilisation de l'armée, il n'y a jamais eu de véritable stratégie de traitement du terrorisme. Cette alternance entre démobilisation et offensive a existé, notamment de 1999 à aujourd'hui. Le constat terrible : jusqu'à l'heure, nous n'avons jamais traité sérieusement de ce problème. La déclaration de Lamari est révélatrice. Il dit, sur le terrain militaire nous avons gagné mais le problème de l'intégrisme demeure. Je sais pourquoi il a dit cela.

> Pourquoi ?

Le terrorisme est un phénomène qui a des causes politiques, étroitement imbriquées aux causes économiques, sociales et morales : ce n'est pas à l'ANP de les résoudre. Elle est là pour exercer la répression, la légitime défense, protéger les Algériens contre les actions terroristes. Ce faisant, elle ne peut traiter au mieux que les symptômes du mal. Ainsi, pour la première fois, il est reconnu que les véritables causes du mal n'ont pas été traitées à ce jour par le pouvoir politique. Le mal continuera donc de sévir.

> Qu'est-ce qui explique cette sortie publique alors ?

Très franchement, je n'y ai rien vu de surprenant. Sauf peut-être sur le plan de la forme d'intervention, car c'est la première fois qu'un chef d'état-major intervient ainsi. Mais ce n'est là à mon avis qu'un détail de forme, car il a exprimé des positions qui ne sont pas nouvelles, qui étaient exprimées sous d'autres formes principalement dans l'organe officiel de l'ANP. C'est pour cela que ce qui s'est dit à propos de cette « sortie » comme vous dites, et il s'en est dit beaucoup trop, ne change pas les données de nos vrais problèmes, à mon sens. Par ailleurs, les prétendues confidences de « sources autorisées » que nous voyons régulièrement passer au-dessus de nos têtes, outre qu'elles sont autant de marques de mépris envers le citoyen, elles prouvent qu'il y a quelque chose de malsain. Cela prouve aussi, je ne sais pas si c'est volontaire, une continuation dans l'ignorance têtue des vrais problèmes : le chômage, la pauvreté, ce qui en découle en matière de prostitution et de banditisme, l'injustice, la situation en Kabylie, le grave problème de l'eau, la liste peut s'allonger à l'infini

> Vous qualifiez les relations entre institutions de malsaines. A quoi peut aboutir une telle situation ? L'Algérie peut-elle continuer à fonctionner ainsi ?

J'ai sans cesse dénoncé ce type de situation dans les médias, simplement sur la base de ce que nous entendions dans la bouche du Président de la République. Si la déclaration de Lamari ou de Khaled Nezzar peut faire prendre conscience que ce n'est pas de la sorte qu'on traite les problèmes, alors peut-être auraient-elles un effet bénéfique. La question de savoir si nous pouvons continuer ainsi se pose depuis fort longtemps. L'expérience montre qu'il y a peut-être un phénomène d'accoutumance mentale à la détérioration de la situation. On continue à laisser la politique politicienne dominer la scène algérienne, cela s'exprime de manière caricaturale depuis 1999, on continue à ignorer les problèmes, la détresse des Algériens La conséquence a été une dégradation continue, une complication de ces problèmes. A la veille d'avril 1999, la situation de notre pays était loin d'être celle de la Suisse : je veux dire par là qu'elle était mauvaise. Mais ce qui s'est passé depuis lors, c'est une absence totale d'une volonté politique de prendre en main ces problèmes. Le résultat en est que la dégradation est passée à une allure exponentielle : elle a été multipliée par dix. On ne peut impunément continuer ainsi, car il y a une limite à la dégradation. Nous allons arriver à une rupture très grave dans tous les secteurs. Nous avons ignoré le problème de l'eau, nous arrivons à un point de non-retour. C'est la même chose pour la Kabylie. On peut en dire autant de tous les autres facteurs de crise.

> Y aurait-il, selon vous, volonté de laisser la situation pourrir en Kabylie ?

La question de la Kabylie est nationale. L'autorité qui a la responsabilité de la gérer n'a montré aucune volonté de prendre le problème à bras-le-corps. Bien au contraire, la spirale de la surenchère a été déclenchée par l'Etat. L'Etat est responsable à 100 % de tous les excès qui ont accompagné cette crise. Pareil pour tous les problèmes des Algériens. La dégradation atteint à un moment ou un autre un point de non-retour. Ces points de non-retour, je les vois se précipiter parce que jamais au grand jamais le Pouvoir n'a été aussi méprisant des affaires intérieures algériennes que depuis 1999. Le record a été battu.

> Peut-on espérer un sursaut ?

Le sursaut ne viendra que de la prise de conscience de ceux qui aiment le pays et qui ont le pouvoir de décision.
Propos recueillis par Abla Chérif


 

Retour (ANP /Présidence)

algeria-watch en francais 

 

 

   
www.algeria-watch.org