|
|||||
|
1980-2001, le syndrome de la violence Lémeute, unique langage entre société et pouvoir
Par Abdelkrim Ghezali, La Tribune, 19 juin 2001 Dans sa conférence de presse de samedi dernier, le ministre de lIntérieur reconnaît ce dont souffrent les Algériens depuis des décades : labsence de communication. En fait, cette carence cache le fond du problème relatif au mode de gouvernance et à la gestion des affaires publiques dont les implications avérées sur le quotidien des populations expliquent le vent des émeutes qui souffle sur toutes les régions du pays. Les émeutes sont devenues le seul langage que tiennent les jeunes face aux autorités depuis les événements de 1980. Linterdiction dune conférence de Mouloud Mammeri a provoqué une protestation de rue que la répression a transformée en émeute qui a fait beaucoup de blessés et de dégâts. En 1984, lors du soulèvement des habitants de la Casbah en raison des problèmes sociaux quils vivaient, les manifestations se sont transformées en véritables affrontements avec les forces de lordre. En 1986, lexplosion de Constantine et de Sétif a été également dune rare violence, jamais égalée dans les affrontements précédents. La nouveauté dans ces événements, cétait larrestation de repris de justice pour les présenter comme les instigateurs de lémeute. Pourtant, cest de luniversité que létincelle est partie lorsquune marche pacifique a été violemment réprimée à Constantine. Moins dune année plus tard, en 1987, lattitude et le comportement méprisants du fils du wali de Bordj Bou Arréridj à légard dun citoyen ont provoqué des émeutes aussi violentes. Ce volcan dont le magma était contenu à léchelle nationale allait éclater de façon spectaculaire en Octobre 1988 pour que des Algériens meurent sous les balles dAlgériens. Là, cétait le summum de la violence entre Algériens. Lors de ces cinq jours qui ébranlèrent, pour la première fois, lAlgérie tout entière, les jeunes soldats de lANP tiraient sur leurs concitoyens, la mort dans lâme. Cétait la première fois quils avaient reçu lordre de viser des Algériens. Le traumatisme était immense. Mais trois ans plus tard, le sang qui coulera tout au long dune dizaine dannées aura banalisé la vie humaine, la violence et la casse. Le fond du problème est loin dêtre la violence, lémeute et la casse. Ce ne sont là que les conséquences dune relation pouvoir-société qui na jamais été sous son angle conflictuel antagonique. Cette contradiction na jamais été analysée dans le sens de son dépassement à travers une remise en cause du mode de gouvernance et de gestion des affaires publiques, mais uniquement dans le sens de sa gestion circonstancielle suggérant que le pouvoir na pas quelque chose de fondamental à se reprocher. En fait, le manque de communication des institutions centrales et locales dénote une culture autoritaire, paternaliste et patriarcale qui, au-delà du mépris que ressent le citoyen, révèle labsence de la culture du compte à rendre, de la participation, pis encore, de la notion de la citoyenneté comme unique source du pouvoir. Car les pouvoirs issus de la cooptation, de la fraude électorale, de la légitimité historique et du droit daînesse nont aucun compte à rendre aux citoyens. Cependant, les citoyens ont compris que seule une réaction violente peut faire descendre les responsables locaux et nationaux de leur tour divoire pour quils écoutent leurs cris de détresse. A. G.
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||