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L´EURO-MAGHREB
ENTRE DEUX EAUX
Smaïl GOUMEZIANE,
Paris, Décembre 2002
Le partenariat euro-maghrébin
est aujourd´hui entre deux eaux. Celui-ci sera-t-il emporté
par un torrent de haine, d´intolérance et d´extrêmismes
en tous genres ? Sera-t-il au contraire porté par les flots de
la liberté, de la tolérance et du progrès pour tous
? Bien heureux celui qui pourrait aujourd´hui répondre avec
certitude.
L´Europe, traumatisée
par les atrocités commises au cours des deux plus grands conflits
mondiaux de l´histoire humaine a su, en un demi siècle, vaincre
ses anciennes peurs, réelles ou supposées. Elle a écarté
le spectre de la peste brune, réduit à néant, avec
l´effondrement du mur de Berlin, le péril rouge. Elle investit
sans crainte le vaste marché chinois, antre il y a encore quelques
années du péril jaune.
Cependant, depuis plusieurs années maintenant, et plus particulièrement
depuis le 11 septembre 2001, de nouvelles peurs sont suscitées
de toute part. Un nouveau danger guetterait le monde occidental. Le péril
vert se serait insidieusement infiltré dans toute l´Europe
à partir de son flanc sud, s´installant plus précisément
dans les banlieues vertes des grandes métropoles européennes.
Désormais, pour l´occident en général et pour
l´Europe, Les arabes, parmi eux les maghrébins, seraient
les nouveaux ennemis planétaires. C´est, en tout cas, ce
qui est véhiculé par toute une série de prétendus
spécialistes du monde arabe, par certains organes de presse, et
par une kyrielle de politiciens de droite et d´extrême droite
qui nous renvoient à l´époque lointaine, que l´on
pensait révolue, des croisades.
De son côté, le Maghreb, qui n´a pas encore cicatrisé
toutes les plaies ouvertes par les aventures coloniales et la violence
des processus d´accession aux indépendances, s´effraie
tout à la fois de l´amalgame qui est fait entre l´hydre
terroriste internationale, l´Islam et les croyants, et des conditions
non démocratiques qui accompagnent les douloureux programmes d´ajustement
structurel qui lui sont imposés. Dans ces conditions, est-il encore
judicieux de poursuivre la construction d´un espace euro-maghrébin
? Dans quelles conditions et pour quoi faire ?
Tentons quelques réponses.
1. AU MILIEU DU GUÉ
Le partenariat euro-maghrébin
semble apparemment en bonne voie. Trois pays du Maghreb (Tunisie, Maroc,
Algérie) ont signé des accords d´adhésion à
la zone de libre échange qui sera instituée avec l´Union
européenne dès 2012.
Désormais nous voilà au milieu du gué. Dès
lors, les conditions économiques, sociales et politiques qui prévalent
en Europe et au Maghreb, permettront-elles d´atteindre cet objectif
? Voyons de plus près la situation des différents acteurs.
1.1- Une Europe
économique unie, s´élargissant à l´Est
Ø Le
poids de l´Europe économique
L´Europe économique des 15 est désormais en place,
depuis l´instauration de la monnaie unique. Grâce à
cela, l´Europe est devenue une grande puissance économique,
capable de rivaliser avec les Etats-Unis et le Japon.
Avec une population de 370 millions d´habitants, un PIB (produit
intérieur brut) annuel de l´ordre de 8 000 milliards d´euros,
soit près de 22 000 euros/habitant, des exportations représentant
40 % des exportations mondiales, l´Europe peut être fière
de ses performances économiques. Grâce à cela, l´Europe
représente 23,1% du PIB mondial contre 24,1% pour les Etats-Unis.
Ø L´élargissement à l´Est
Avec la chute du mur de Berlin, l´Europe s´est résolument
tournée vers les pays de l´ancien bloc soviétique.
Cela s´est tout d´abord traduit par d´importants flux
de capitaux vers ces pays. Dès 1994, ces flux étaient déjà
deux fois supérieurs à ceux consacrés à l´ensemble
des pays sud méditerranéens, bien que les échanges
de l´Europe avec les pays de l´est ne soient que la moitié
des échanges avec le sud de la Méditerranée, et que
la population migrante méditerranéenne soit six fois supérieure
à celle des pays de l´est.
Cette tendance s´est accélérée avec la volonté
affichée d´intégrer une partie importante de ces pays
dans l´Union européenne. D´ici 2004, une dizaine d´entre
eux devraient la rejoindre pour constituer une Europe des 25.
Ø Des
relations très déséquilibrées avec le Maghreb
Face à cette concurrence, l´ouverture de l´Europe sur
le Maghreb est restée plus que prudente, et cantonnée pour
l´essentiel dans une logique commerciale, par ailleurs fondamentalement
déséquilibrée. Les exportations de l´Europe
vers le Maghreb ne représentent que 2% de ses exportations totales.
A l´inverse les échanges du Maghreb avec l´Europe représentent
près de 65% de ses échanges. Pour ces raisons, l´Europe
est toujours le premier fournisseur et le premier client d´un Maghreb
peuplé de 75 millions d´âmes. Les importations maghrébines
sont principalement constituées de produits manufacturés,
de biens d´équipement, de produits alimentaires et de santé.
De leur côté, les exportations à direction de l´Europe
concernent essentiellement des matières premières (hydrocarbures,
phosphates et autres minerais), des fruits et légumes et quelques
produits industriels (textiles et cuirs). De ce fait, la zone maghrébine,
et au-delà le sud de la Méditerranée, constitue la
première zone d´excédent commercial de l´Europe.
Au-delà de ces échanges, il faut cependant noter la faiblesse
des investissements de l´Europe au Maghreb. Ceux-ci représentent
moins de deux pour cent des investissements de l´Union dans le monde,
soit 15 fois moins que ceux des Etats-Unis au Mexique, ou encore 30 fois
moins que ceux du Japon dans le sud est asiatique. De même, la coopération
financière de l´Europe est plutôt maigre. A titre d´exemple,
les flux financiers prévus entre1995 et 1999 pour toute la région
sud méditerranéenne par le programme Meda 1, ont été
de cinq milliards de dollars ou encore un milliard de dollars par an,
c´est à dire en moyenne 90 millions de dollars par pays.
Dans la réalité, la plus grande partie de ces fonds sont
allés, géostratégie oblige, vers la Turquie et l´Egypte.
Pour un pays comme l´Algérie ces fonds représentent
à peine quelques jours de production de pétrole par la Sonatrach,
l´entreprise nationale des hydrocarbures.
Ø Europe
forteresse ou Europe des libertés ?
Cette frilosité de l´Europe en matière d´investissements
et de capitaux, se double depuis plusieurs années maintenant d´une
politique très restrictive en termes de flux migratoires en provenance
du Maghreb. Pendant longtemps, la Libye a été frappée
d´embargo, l´Algérie enfermée dans sa violence
interne et son peuple mis en quarantaine. Tous les ressortissants maghrébins
sont désormais soumis à des mesures draconiennes de contrôle
aux frontières et à la procédure du visa. Celui-ci
est donné au compte goutte. Pourtant, la population étrangère
en Europe ne dépasse guère les 4 à 5% de sa population
totale. A l´intérieur de ce chiffre, la population maghrébine
ne dépasse pas 15% de cette population étrangère,
soit moins de 0,70% de la population totale européenne. Même
si on devait ajouter à ces chiffres les quelques 500 000 maghrébins
en situation irrégulière, et près de deux millions
de binationaux, cela représenterait, tout au plus, 1,3% de la population
totale européenne. Ce n´est donc pas tant la quantité
de migrants maghrébins qui pose question que l´amalgame et
les frayeurs qui sont développés autour de ces populations,
de leur religion l´Islam- et du terrorisme intégriste. C´est
bien la dimension " sécuritaire " de l´immigration
maghrébine qui conduit l´Europe à oublier qu´elle
est l´Europe des libertés. Résultat, elle se barricade
comme une forteresse. Le mur de Berlin serait, en quelque sorte, remplacé
par le " mur de la Méditerranée ".
1.2- Un Maghreb
éclaté, conflictuel et sans libertés réelles
Ø L´échec
de l´intégration régionale
Face à cette Europe puissante, unie, orientée vers l´est
et frileuse à l´égard de son flanc sud, le Maghreb
apparaît bien faible. Depuis les indépendances, celui-ci
est composé d´états sans grandes relations entre eux.
Atomisé, marqué par l´exiguité des marchés
nationaux, et bien que largement ouvert sur l´extérieur (à
plus de 35% en moyenne), le Maghreb s´est complu dans les règles
de fonctionnement autoritaires et administrées, agissant le plus
souvent en ordre dispersé et au coup par coup sur la scène
économique mondiale, les yeux fixés sur le nord. Résultat,
les objectifs maintes fois réitérés de construction
d´une union douanière, puis d´un marché maghrébin,
n´ont pas été atteints. Les échanges inter
maghrébins sont insignifiants (moins de 5% de leurs échanges
globaux, y compris les échanges informels), les investissements
davantage encore. Que dire des flux de personnes qui continuent malgré
la réduction drastique des visas à s´orienter vers
les pays européens.
Ø Les conflits
inter-maghrébins
Cette situation reflète on ne peut mieux l´échec d´une
intégration maghrébine impulsée, sans implication
des populations, au gré des vicissitudes politiques du moment,
et non pour des raisons véritablement économiques et sociales.
Sans cohésion, ayant raté toutes ses tentatives d´unification,
le Maghreb n´a donc toujours pas réalisé cet espoir
que la création de l´UMA (Union du Maghreb Arabe) en 1989
laissait entrevoir aux populations des cinq pays. Après plusieurs
décennies d´indépendances, les pays du Maghreb, malgré
de nombreux atouts (histoire, géographie, ressources, langues,
religion, et culture communes) et malgré toute une phraséologie
de l´union, de la fraternité et du destin commun, restent
marqués par toutes sortes de rivalités (politiques, idéologiques,
économiques) attisées à la fois par le conflit du
Sahara Occidental et par l´émergence brutale de l´islamisme
et du terrorisme dans toute la région, principalement en Algérie.
Ø Les
flambées de violences
Pour ces raisons, mais aussi à cause du mal développement
qu´ont connu ces pays et des programmes d´ajustement structurel
qui ont été imposés, les populations du Maghreb ont
subi toutes sortes de violences. Les émeutes ont éclaté
à plusieurs reprises dans la région. Elles ont été
réprimées, mais la colère a continué de couver.
Que ce soit en 1983 en Tunisie et au Maroc ou en 1988 en Algérie
elles ont fait de nombreuses victimes, et des centaines d´arrestations.
Face aux difficultés de la vie quotidienne, la contestation s´est
progressivement radicalisée tout autant que la répression.
En Algérie, le pays le plus frappé par ces vagues de violences,
la radicalisation a conduit à un affrontement brutal entre des
groupes islamistes armés plus ou moins bien identifiés,
et un pouvoir militaire symbole de la répression aveugle et du
refus de l´ouverture politique. Un affrontement qui a fait plus
de 150 000 morts sans compter les blessés, les mutilés et
traumatisés, et tous les disparus dont les familles sont sans nouvelles
depuis plusieurs années.
Ø Les
libertés confisquées
Dans ces conditions, autant dire que la question des libertés est
centrale dans tous les pays du Maghreb. Partout celles-ci sont actuellement
confisquées. Les élections, quand elles ont lieu, y sont
régulièrement truquées, comme le montrent les résultats
des scrutins en Tunisie ou en Algérie. La justice n´y est
toujours pas indépendante du pouvoir politique. Il n´est
qu´à voir comment sont jugés les opposants dans ces
pays, ou tout simplement les défenseurs des droits de l´homme
et les syndicalistes. Quant aux journalistes et autres représentants
de la presse, ils y sont soumis à de fortes pressions, à
la censure et à toutes formes de répressions, y compris
les enlèvements et l´enfermement. Que dire également,
et à contrario, de tous ces procès qui n´ont pas lieu
et qui concernent des assassinats non élucidés ou des actes
de corruption touchant des dignitaires de ces régimes ?
Pour toutes ces raisons, le Maghreb, tout comme le reste du monde arabe,
est, selon le PNUD (voir rapport sur le développement humain 2002),
à la dernière place en matière de libertés.
1.3- Les fractures
s´élargissent
Ø La
fracture euro-maghrébine
Dans ces conditions, la fracture entre les deux rives de la Méditerranée
ne cesse de se creuser. L´écart de richesse est aujourd´hui
de un à dix. Le PIB de la seule Belgique est largement supérieur
à celui du Maghreb. Même si le PIB global du Maghreb devait
doubler d´ici 2012, ce qui supposerait qu´il croisse en moyenne
de 6% par an d´ici là, le PIB par habitant demeurerait tout
juste stable à cause de l´essor démographique, et
le fossé entre les deux rives continuerait de se creuser. En effet,
si ces tendances devaient se poursuivre, il serait de un à 20 d´ici
2012 horizon de l´instauration de la zone de libre échange.
Une telle évolution serait à l´évidence peu
propice à un retour de la stabilité de la région.
Ø L´Europe
des pauvres
A l´intérieur de l´union européenne, des fractures
tout aussi dangereuses se font jour. La montée et la persistance
du chômage, l´extension de la pauvreté et de l´exclusion
dans des franges de plus en plus larges des populations, y compris celles
qui sont au travail, sont également sources d´inquiétudes.
La violence et l´insécurité se développent
particulièrement dans les zones les plus pauvres des villes et
des campagnes. Les banlieues dites chaudes en sont le symbole magnifié
par toute une presse à sensation et par des courants politiques
extrêmes jouant de la peur et de la xénophobie pour diaboliser
l´Islam. Un hebdomadaire comme le Figaro-Magazine, pourtant réputé
sérieux, n´hésitait pas à titrer dès
1988 " Serons-nous français en 2025 ? ", avec en couverture
une Marianne voilée. La réalité, c´est que
ces banlieues sont sous le diktat des marchands de sommeil privés
qui prospèrent sur la misère des populations, par ailleurs
soumises au mépris et au dédain de l´administration
et de la bureaucratie. En France, selon le Ministre de la ville, plus
de 250 000 logements sont dans une situation d´insalubrité
grave qui met en péril les familles qui y logent. Pour cette raison,
plus de 65 cités sont à réhabiliter d´ici cinq
ans. Dés lors, affirmait tout récemment et sans ambage Jean
Louis Borloo, " il faut reconnaître que l´axe Nord/Sud
traverse nos banlieues ". Lieux de misère et de pauvreté
économique, sociale et culturelle, les populations, à dominante
immigrées, touchées plus qu´ailleurs par le chômage
(jusqu´à 30% de la population dans certaines cités
dortoirs), par l´échec scolaire, par la maladie et par toutes
sortes de discriminations à caractère racial (à l´embauche,
aux loisirs, au faciès) y survivent dans le désespoir et
la rage, face à une " société cathodique "
dont ils se sentent chaque jour un peu plus exclus et victimes. Une partie
d´entre elles sombre dans toutes sortes de délinquances,
développant de véritables zones de non droit, et deviennent
les proies faciles des réseaux de drogue, du radicalisme intégriste,
ou du banditisme.
Ø Les
fractures maghrébines
Au Maghreb, les fractures n´en sont pas moins larges. Les écarts
de richesses entre pays maghrébins sont aussi importants qu´entre
l´Europe et le Maghreb, soit des PIB allant de un à dix.
La Mauritanie dispose d´un revenu moyen par habitant de 450$, le
Maroc de 1 300$, l´Algérie de 1 600$, la Tunisie de 2 000$
et la Libye de 4 500$. Malgré cela, dans tout le Maghreb, la pauvreté
atteint des niveaux insoupçonnés. Le chômage y touche
12% de la population active en Libye,15% en Tunisie, 18% au Maroc, et
30% en Algérie. La répartition des revenus y est particulièrement
inégalitaire, sur fonds de spéculation et de corruption,
de clientélisme et d´arbitraire. Une grande partie des populations
survivent avec moins de 2 dollars par jour (plus de 14 millions en Algérie
selon le Conseil National Economique et Social). En matière de
développement humain, les pays du Maghreb sont donc mal classés
: 64ème place pour la Libye, 97ème pour la Tunisie, 106ème
pour l´Algérie, 123ème pour le Maroc et 152ème
pour la Mauritanie, sur 173 pays, avec un indice moyen de 0,653. Résultat,
les banlieues de Rabat, d´Alger ou de Tunis, y sont soumises au
même mal de vivre et aux mêmes violences.
Ø Les
fractures sud-sud
A cela, s´ajoutent toute une série de fractures de la région
sud méditerranéenne très mal vécues par les
populations maghrébines. Le conflit israélo-palestinien,
avec son cortège de drames et de douleurs, envenime depuis trop
longtemps les relations entre les arabes et les juifs, et au-delà
les relations euro-maghrébines, d´autant que certains tentent
régulièrement de jeter de l´huile sur le feu et d´importer
ce conflit sur le territoire européen, pour y attiser la haine
entre les communautés juives et arabes. La montée de l´antisémitisme
contre ces deux communautés est avéré. Dans ce cadre,
les populations arabes reprochent fréquemment à l´Europe
son alignement sur la politique américaine de soutien inconditionnel
à Israël. Ces reproches ne sont pas toujours justifiés.
A plusieurs reprises, des voix européennes se sont élevées
tout autant contre les ravages du terrorisme aveugle en Israël que
contre les exactions militaires israéliennes en Palestine. Parmi
elles, rappelons celle, officielle, du Président Jacques Chirac
lors de son dernier voyage au Moyen Orient, ou encore celles de parlementaires,
de syndicalistes ou d´ONG européennes. La question irakienne
continue également d´irriter les populations maghrébines
qui ne comprennent pas qu´une guerre (celle du Golfe en 1991), des
bombardements répétés, et un embargo des plus sévères,
soient davantage imposés à la population irakienne qu´au
dictateur qui les dirige, faisant des millions de victimes parmi les populations
civiles et les enfants (50 000 décès d´enfants en
plus chaque année depuis 1991). Là également, il
faut dire que la France et une partie de l´Europe (hormis la Grande
Bretagne), ont périodiquement dénoncé avec vigueur
cet embargo, et réussi à ralentir (stopper ?) les préparatifs
d´une seconde guerre du Golfe que le gouvernement Bush s´apprête
à mener contre l´Irak. Traduisant ainsi une volonté
d´indépendance et d´équilibre dans leurs relations
avec l´ensemble des partenaires de la région. D´aucuns
diront qu´il s´agit là d´une politique guidée
par les seuls intérêts économiques à forte
odeur de pétrole. Peut être, mais certains résultats
sont là, évitant d´élargir encore le fossé
entre les deux rives de la Méditerranée, et c´est
tant mieux. Mais ces prises de position ne peuvent cacher que les fractures
entre pays du sud s´élargissent, rendant désormais
impossible tout " front des pauvres " du tiers monde, comme
on l´avait bâti de Bandung à Alger dans les années
cinquante à soixante dix. Israël dispose déjà
d´un PIB par habitant 8 fois supérieur à celui du
Maghreb, (et 30 à 40 fois supérieur à celui de la
Palestine !). A l´horizon 2012, cet écart pourrait passer
de un à 25, le PIB des 7 millions d´israéliens équivaudrait
alors à celui des 140 millions d´habitants des pays voisins.
Que penser également de la Corée du sud, plus pauvre que
l´Algérie en 1960, et qui aujourd´hui caracole avec
un PIB par habitant de 12 000$, et un PIB global 4 fois supérieur
à celui de l´ensemble maghrébin ?
14- Des populations
s.ouffrent et meurent
Ø Entre
violences et répressions
Au cur de tout cela, il y a des populations qui souffrent et meurent,
que les relations euro-maghrébines ne peuvent continuer d´ignorer.
Soumises depuis des décennies au cycle infernal des violences et
de la répression, les populations maghrébines n´en
finissent pas de désespérer. Elles ne voient toujours pas
la fin du cauchemar. Elles n´osent plus rêver à un
nouvel avenir porteur d´espoirs pour leurs enfants. Comme celui
que leurs dirigeants et l´Europe leur avait promis au lendemain
des indépendances. Ces populations ont longtemps " échangé
" leur silence contre cet espoir en un développement réel
dont elles attendaient quelques retombées. Désormais, malgré
le poids de la répression et des violences multiformes, la soif
de s´exprimer est d´autant plus forte que la faim et les désillusions
sont grandes. Cette exigence met, depuis quelques années, un terme
à l´unanimisme de façade qui avait accompagné
les politiques de développement et les grands rendez vous de la
coopération internationale, sous couvert de nationalisme exacerbé.
Les populations donnent de la voix. Les sociétés civiles
s´organisent et n´hésitent plus à braver les
pouvoirs en place.
Ø Entre
misère et pauvreté
Les populations maghrébines découvrent en effet, et avec
effarement, que beaucoup de leurs dirigeants ont, parfois, dilapidé
les ressources publiques, pour construire des projets " pharaoniques
" inefficaces qui ont englouti des sommes d´argent colossales,
acquises selon un processus d´endettement incontrôlé,
dont il leur faudra assurer, pendant de longues années, le remboursement.
Elles ont également compris que leur misère n´était
guère partagée par ces dirigeants et leurs clientèles,
que les richesses n´avait pas été perdues pour tout
le monde. La mobilisation pour la bataille du développement a permis,
sous couvert d´imposants secteurs publics, de détourner une
partie importante de ces ressources à des fins personnelles, par
le biais de mécanismes plus proches de la délinquance financière
et commerciale, que des stratégies de développement et d´intégration
affichées tout au long du processus. Comme beaucoup de pays du
tiers monde, les pays du Maghreb sont ainsi caractérisés
par des fuites de capitaux, notamment vers l´Europe (recyclés
dans l´hôtellerie, l´immobilier ou les services), et
la constitution de fortunes considérables sur fonds de corruption
et d´échanges commerciaux opaques. Or, à l´évidence,
le développement ne peut être réduit à l´exportation
de pétrole, de vêtements ou de légumes produits par
une multitude de va nu pieds. La fortune et le pouvoir de quelques uns
peut se construire sur la misère et la pauvreté du plus
grand nombre. Pas le développement d´un pays ou d´un
ensemble de pays.
Ø Le
mirage de l´autre rive
Le développement n´est pas non plus dans la fixation du mirage
de la rive nord, magnifiée par la magie des satellites et des images
qui arrosent en permanence le Maghreb par télévisions et
ordinateurs interposés. Le rêve européen, à
coup de publicités et de programmes enchanteurs, déjà
inaccessible à une grande partie de la population européenne,
prend alors symbole de refuge quotidien pour des millions de maghrébins,
qui, chaque jour, s´évadent à travers le tube cathodique,
et pour un moment, de la dureté d´un quotidien sans perspectives
et apparemment bouché. Sur l´autre rive, il y aurait la liberté,
l´argent, la consommation, en un mot le bonheur. Pour tous ces hommes
et ces femmes, aller en Europe ce serait " Ali au pays des merveilles
".
Ø Les
migrations sauvages
On comprend alors mieux pourquoi des candidats de plus en plus nombreux
sont prêts à tout pour atteindre la rive nord, avec ou sans
l´aide des réseaux de passeurs qui se sont rapidement mis
en place pour répondre à la demande. Les restrictions drastiques
opérées sur les migrations légales n´ont fait
qu´amplifier le phénomène. Que ce soit par voie maritime,
aérienne, ou même sur de frêles embarcations, l´actualité
est remplie de ces récits sur la fin dramatique du voyage par noyade
en pleine mer, ou par étouffement dans un conteneur, sur un quai
portuaire ou de gare.
2. VIVRE SUR LES DEUX RIVES
On le voit maintenant
plus clairement, le fossé qui se creuse entre le Maghreb et l´Europe
n´a pas pour fondement principal des questions civilisationnelles
(le tristement célèbre " choc des civilisations "
prôné dès 1993 par le professeur américain
Samuel Huntington), culturelles, voire cultuelles. Les opinions publiques,
régulièrement chauffées à blanc par les actions
sauvages du terrorisme international, et l´amalgame qui est alors
entretenu d´une part entre les responsables de ces actes injustifiables
et inqualifiables et d´autre part l´Islam et les musulmans,
devraient comprendre que le fossé qui sépare ces derniers
de ces criminels est aussi vaste que la Méditerranée. Aussi,
ne cherchons pas à trouver une nationalité ou une religion
à un terroriste. De manière plus exacte disons simplement,
si je puis dire, qu´un terroriste est un terroriste, de même
qu´un dictateur est un dictateur. Dans les deux cas, qu´ils
se drapent de religiosité, de nationalisme exacerbé ou de
raison d´état, le terroriste comme le dictateur ont ceci
en commun d´être nuisibles pour la société en
général, et en particulier pour leur propre société,
leur culture et leur religion. Leur violence ne saurait, à ce titre,
être supportée, ni tolérée, encore moins justifiée.
La justice, dût-elle être internationale doit les poursuivre
avec toute la rigueur de la loi. Ces actes ne sauraient pourtant appeler
la contre violence et la répression d´état à
l´égard des populations musulmanes, ni servir d´alibi
à une politique sécuritaire anti-arabe en Méditerranée
qui fait la part belle aux régimes autoritaires et belliqueux de
toute la région sud de la Méditerranée. Non, à
la base de ces fractures multiples ouvertes dans les relations entre l´Europe
et le Maghreb, il y a d´abord et avant tout la question essentielle
du développement, de la création et de la répartition
aujourd'hui inéquitable des richesses entre les deux rives de la
Méditerranée.
2.1- Les contraintes
du développement
Ø La
tyrannie de la dette
Parmi les contraintes du développement, la tyrannie de la dette
est une des plus persistantes. Les pays du Maghreb sont lourdement endettés,
malgré plusieurs programmes de rééchelonnements de
leurs dettes et des remboursements conséquents depuis près
de vingt ans, à des taux particulièrement onéreux.
Ainsi, à titre d´exemple, il faut noter qu´au niveau
du Maghreb, en quatre ans (1989-1992) les remboursements ont été
de 46 milliards de dollars. L´Algérie avait à elle
seule, dès 1992, déboursé au titre du service de
sa dette, un montant double de celui du Portugal (34 milliards de dollars
contre 18 milliards) alors même que sa dette globale était
inférieure à celle du Portugal. Pour ces raisons, aujourd´hui
encore, on estime la dette globale du Maghreb à quelques 68 milliards
de dollars, soit un doublement par rapport à 1980. Toutefois, derrière
ces moyennes, des différences sensibles apparaissent entre pays
maghrébins. Rapportés aux exportations, les niveaux d´endettement
correspondent à une année d´exportations tunisiennes,
à plus d´un an et demi pour le Maroc, à plus de deux
ans pour l´Algérie, et à plus de cinq ans pour la
Mauritanie. De plus, le taux d´endettement per capita (rapport entre
la dette par habitant et le PIB par habitant) est de 15% pour le libyen,
de 50% pour le tunisien, 61% pour le marocain, 65% pour l´algérien
et de 250% pour le mauritanien. Ainsi, plus les populations sont pauvres
et plus le fardeau de la dette est élevé. Un fardeau qu´on
leur demande d´assumer puisque, in fine, ce sont elles qui doivent
payer les impôts qui permettront de payer la note.
Ø La
pénurie d´eau
La seconde contrainte est davantage liée aux conditions climatiques
qui prévalent au Maghreb. Dés le milieu des années
1990, un rapport de la Banque mondiale signalait que le volume d´eau
disponible par habitant au Maghreb (et au moyen orient) était tombé
de 3 300 mètres cubes en 1960, à 1 250 en 1996, et qu´à
ce rythme, on serait à 650 mètres cubes en 2 025. Et de
prévoir que dans moins de dix ans ce seront plus de 200 millions
d´habitants qui n´auront pas accès à l´eau
potable dans la rive sud méditerranéenne. Les sécheresses
cycliques qui frappent durement les pays de la région, conjuguées
à l´avancée de la désertification, et la pénurie
chronique en eau qui s´en suit, affaiblissent encore plus des terres
insuffisamment irriguées et peu performantes en termes de rendements.
Ainsi, les rendements céréaliers moyens dépassent
rarement les 15 quintaux à l´hectare quand on récolte
entre 70 et 80 quintaux de blé en France. En matière hydraulique,
les politiques maghrébines ne sont pas davantage coordonnées.
Les marocains ont plutôt investis dans la petite et moyenne hydraulique,
les algériens dans une politique de grands barrages, et les libyens
dans d´énormes forages dans l´immense nappe albienne
qui traverse le sous sol du Sahara. Malgré cela, le Maghreb ne
se souvient plus qu´il a longtemps été le grenier
à blé de l´empire romain et même de la France
du 19ème siècle. La facture non payée du blé
algérien livré à la France n´a-t-elle pas servi
partiellement de déclencheur à l´aventure coloniale
de 1830 ? Toujours est-il que depuis les indépendances les pays
du Maghreb sont très fortement dépendant du reste du monde,
et notamment de l´Europe, en matière alimentaire. Au-delà
de ses effets sur l´alimentation, la pénurie d´eau
empoisonne la vie des maghrébins, provoque des difficultés
d´approvisionnements dans les villes (Alger n´est aujourd´hui
encore alimentée en eau que deux à trois jours par semaine)
et les campagnes, et provoque de graves difficultés de fonctionnement
des unités industrielles. Ce stress hydrique permanent, dont les
experts estime qu´il sera encore plus intense dans les années
à venir, fait resurgir des maladies et des épidémies
(choléra, diphtérie,
) qu´on croyait avoir vaincues.
Pour y faire face, les autorités marocaines recourent parfois à
l´importation de navires chargés d´eau, et l´Algérie
réfléchit désormais aux moyens de développer
un réseau (coûteux) d´unités de dessalement
de l´eau de mer.
Ø Production-emploi
et revenus
La faiblesse de la production agricole est aggravée par les contre
performances des industries maghrébines. Longtemps cantonnées
dans des secteurs publics gangrenés par la bureaucratie tatillonne,
l´absence de maîtrise technologique, des effectifs pléthoriques,
les grandes unités industrielles ont tourné à des
niveaux très bas d´utilisation des capacités de production
installées, et donc à des coûts très élevés
de fonctionnement. Depuis les années 1980, ces grandes entreprises
ont été, programmes d´ajustement oblige, contraintes
de s´adapter, après des assainissements financiers et techniques
plus ou moins réussis, et un passage plus ou moins maîtrisé
à la forme privée. Désormais, dans tout le Maghreb
le secteur privé reprend de la vigueur, mais il demeure encore
bien fragile, même si dans certains pays comme la Tunisie une dynamique
réelle s´est engagée. Les entrepreneurs tunisiens,
et après eux marocains et algériens sont fort inquiets des
effets qui suivront rapidement l´ouverture généralisée
du Maghreb à la concurrence européenne et à celle,
plus large, entraînée par leur adhésion à l´OMC
(Organisation Mondiale du Commerce). Pour beaucoup d´entre eux,
la convalescence est encore de mise, comme le montrent les faibles performances
des différentes entreprises industrielles, et beaucoup d´entre
eux craignent la disparition d´une bonne partie de l´outil
productif maghrébin, avec son lot de catastrophes sociales et politiques.
Cette inquiétude est par ailleurs relayée par la montée
en puissance des comportements spéculatifs et commerciaux à
courte vue dans ces pays, et plus particulièrement en Algérie.
Les détenteurs de capitaux, sauf peut être en Tunisie, déçus
par la lenteur des processus de réformes, voire leurs blocages,
semblent se désintéresser d´un secteur industriel
appelé selon eux, au pire à disparaître face aux géants
étrangers, au mieux à leur servir de faire valoir pour conquérir
l´espace maghrébin, sous couvert d´accords commerciaux,
de sous-traitance ou de partenariats technologiques et financiers. D´où
les difficultés pour le PIB maghrébin à croître
au rythme nécessaire pour sortir du mal développement.
Ø Spéculation
et corruption
Dans ces conditions, la spéculation et la corruption semblent avoir
encore de beaux jours devant elles. La bonne gouvernance est encore loin
d´être la règle. Or, comme le précise Kofi Anan,
le Secrétaire Général de l´ONU, " une
bonne gouvernance constitue peut être le facteur le plus important
pour éradiquer la pauvreté et assurer le développement.
" Les pénuries, attisées par l´effondrement des
pouvoirs d´achat dans cette région, refont surface au grand
bonheur des spéculateurs. Les phénomènes de corruption
et de spéculation qu´on croyait liés au seul secteur
public, aux grands décideurs et à leurs clientèles
nationales et internationales, semblent se " démocratiser
" aussi bien dans le secteur privé formel que dans l´informel,
continuant de profiter de l´absence ou de l´insuffisance de
l´état de droit dans la région. Dès lors, le
mal développement continue de ronger les secteurs productifs nationaux
et de faire de nombreuses victimes.
2.2- Les mal aimés
du développement
Ø Le
mépris des femmes
Incontestablement, les femmes sont les premières victimes de ce
mal développement. Et ce n´est pas la position relativement
privilégiée de la femme tunisienne qui doit nous empêcher
de le dire. La situation de la femme tunisienne est l´arbre qui
cache (mal) la forêt des injustices et du mépris exercés
à l´égard des femmes maghrébines. Dans la plupart
des pays maghrébins la femme est soumise, sous couvert de respecter
les principes islamiques, à des règles juridiques, économiques
et sociales largement dépassées. Son statut personnel en
fait, comme en Algérie une mineure à vie, dépendante
du bon vouloir de son époux ou de son père, sommée
d´admettre la polygamie et la répudiation. Pourtant, dans
aucun pays du Maghreb il n´y a eu à ce jour de pouvoir explicitement
islamique, et aucun des pays, à l´exception de la Mauritanie
ne se présente officiellement comme une république islamique.
Dans ces pays, la question de l´égalité des femmes
est toujours reléguée au second plan. Tout récemment
encore, le jeune monarque marocain a du faire marche arrière dans
sa volonté de faire avancer cette question face à la montée
du mécontentement des milieux traditionnels du royaume. Maintes
fois annoncée dans les discours officiels, l´évolution
de la place de la femme dans les sociétés maghrébines
demeurent liée à la tradition dans ce qu´elle a de
plus figé. Cette situation juridique se reflète parfaitement
dans la situation économique et sociale de la femme. Dans la plupart
des pays maghrébin, le nombre des femmes qui accèdent à
un emploi salarié reste marginal (moins de 10% en Algérie,
plus du double en Tunisie). Le chômage féminin est plus long
et plus important que celui, déjà très élevé,
des hommes. Les filles sont moins scolarisées que les garçons.
Dans les ouvrages scolaires, on continue de véhiculer l´image
de la femme soumise et cantonnée aux tâches domestiques.
Par ailleurs, dans les cours d´éducation religieuse, dispensé
par des personnes insuffisamment formées, tout cela est par ailleurs
légitimé par le discours religieux. De la sorte, près
de trois quarts des femmes sont des femmes au foyer. Il n´est pas
rare que certaines femmes ayant eu des diplômes universitaires restent
chez elles sous le poids des pressions sociales et des traditions. Pour
ces mêmes raisons, les femmes subissent également le poids
du fardeau domestique. L´exiguïté des logements, la
vie dans les bidonvilles, le rationnement de l´eau, l´absence
de soins appropriés, l´échec scolaire de leurs nombreux
enfants, le chômage qui les frappe, la délinquance dans laquelle
ils sombrent, sont autant de douleurs qu´elles affrontent avec courage.
A cela, s´ajoutent toutes sortes de violences et d´agressions
physiques et morales qu´elles subissent dès qu´elles
semblent s´écarter des comportements traditionnels. Pour
toutes ces raisons, le Maghreb est classé en avant dernière
position par le PNUD pour ce qui est de la participation des femmes au
développement, juste devant l´Afrique subsaharienne.
Ø Le
désespoir des jeunes
Les jeunes sont les secondes victimes de ce mal développement synonyme
pour eux du mal de vivre. Les jeunes maghrébins, malgré
les efforts faits par chacun des pays pour accroître le taux de
scolarisation (en moyenne plus de 70%), sont confrontés à
des niveaux importants d´échec scolaire. Des centaines de
milliers de jeunes sont ainsi " déversés " chaque
année dans la rue, avec pour seules perspectives le chômage,
les petits boulots de la débrouille dans le secteur informel ou
dans les réseaux de spéculation, quand ce n´est pas
l´immersion dans le radicalisme islamiste. En dehors de cela, il
n´y a pas de réelles perspectives de s´en sortir et
de construire un véritable projet professionnel et de vie. Résultat,
l´âge du mariage recule sans cesse, la délinquance
augmente, le trafic de stupéfiants pénètre désormais
les établissements scolaires, comme en Europe, et certains jeunes
sont de plus en plus attirés par le suicide (les taux sont en augmentation
constante) ou par le départ, à n´importe quel prix
et par n´importe quels moyens, vers des horizons supposés
meilleurs : ceux de la rive nord de la Méditerranée.
Ø Les
artistes ignorés
Les jeunes sont d´autant plus désespérés que
les artistes, chanteurs, comédiens et autres écrivains,
qui pourraient les aider à rêver sont eux mêmes ignorés
ou censurés par les pouvoirs en place et pourchassés par
les terroristes. Combien d´entre eux ont dû s´exiler,
principalement en Europe, dans des conditions dramatiques pour aller pratiquer
leur art ? Combien d´entre eux sont-ils morts pour avoir bravé
les interdits officiels ou religieux ?
Ø Les
migrants entre les deux rives
Les migrants sont également de grandes victimes de cette situation
qu´ils vivent doublement dans leur pays d´origine et dans
leurs banlieues européennes. Ils sont, comme ils aiment à
le répéter, " étranger chez eux et au dehors
", des sortes d´apatrides, même lorsque certains d´entre
eux disposent de la double nationalité. Je me souviens de l´un
d´entre eux qui disait, " finalement je ne suis bien que dans
l´avion lorsqu´il est au dessus de la Méditerranée
". Et encore, à condition que celui-ci ne soit pas détourné
par des pirates de l´air, comme ce fut le cas avec le Boeing d´Air
France en 1994. Partout, ils semblent déranger. Ils ont désormais
le sentiment d´être les bouc émissaires de relations
euro-méditerranéennes en mal de perspectives. Ils seraient,
eux les pauvres d´entre deux mondes, à l´origine des
crises structurelles qui les traversent, des violences qui en découlent,
des trafics en tout genre qui alimentent la région. Le développement
des migrations sauvages, la criminalisation des phénomènes
migratoires clandestins, les destinations multiples et dangereuses de
certains migrants (Arabie Saoudite, Afghanistan, Pakistan,
) via
l´Europe, la recrudescence des actes de terrorisme et le trafic
de drogue en font les coupables tout trouvés. Au point que la coopération
en matière d´émigration/immigration s´est rapidement
transformée en coopération sécuritaire. Puisque tout
terroriste qui veut passer en Europe doit migrer, tout migrant est donc,
j´exagère à peine, un terroriste en puissance. De
ce fait, la politique migratoire entre l´Europe et le Maghreb est
pratiquement devenue une affaire exclusive des ministères de l´intérieur.
Et on ne compte plus, depuis une dizaine d´années, le nombre
de réunions qui y sont consacrées par les ministres concernés.
Cependant, la logique sécuritaire, couplée à la seule
logique commerciale, ne peut faire l´économie d´actions
d´envergure pour dynamiser les processus incontournables de démocratisation
au Maghreb.
2.3- L´incontournable
démocratisation
Ø L´Islam
en otage
Dans le cadre des relations euro-maghrébines, la démocratisation
est fondamentalement piégée par les comportements des acteurs
à l´égard de l´Islam. Celui-ci est de plus en
plus otage de ces acteurs.
D´une part, depuis l´avènement des indépendances,
la religion est au cur de la lutte pour le pouvoir au Maghreb. Pour
contrôler le culte des populations et au-delà leurs conscience,
les pouvoirs maghrébins ont fait de l´Islam une religion
d´état, traduisant ainsi sa soumission au pouvoir politique.
Après les indépendances, on constate la gestion directe
des mosquées, la formation et la nomination des imams par les états
et le financement des nouvelles mosquées et leur fonctionnement.
C´est la période de l´instrumentalisation des lieux
de culte par les pouvoirs. Les mosquées sont de fait un prolongement
de l´état.
Avec la progression de la misère et de la pauvreté, la contestation
des pouvoirs s´appuie très vite sur le vaste réseau
des mosquées. Le mouvement islamiste reproche aux pouvoirs, considérés
comme impies, corrompus et anti-populaires, de s´éloigner
des préceptes de l´Islam et rêvent d´inverser
la logique : soumettre l´état à l´Islam, et
pour ce faire instaurer un état théocratique fondé
sur la loi religieuse. C´est la période de l´instrumentalisation
de la religion et des lieux de cultes par l´islamisme radical. Les
imams officiels sont contestés et remplacés par des imams
militants. Les mosquées deviennent des cellules partisanes chargées
de coordonner la lutte contre les pouvoirs. Le discours politique du pouvoir
dans les mosquées cède la place au discours politique des
opposants islamistes. La bataille pour la conquête ou la reconquête
des mosquées n´en est que plus vive, sous les yeux médusés
des croyants qui hésitent à y aller pour prier, mais qui
de fait subissent la pression des voisins.
D´autre part, cette opposition entre " l´Islam d´état
" et les partisans de " l´état islamique "
au Maghreb est en quelque sorte importée en Europe : dans les banlieues
dépourvues de mosquées, des salles de prières sont
installées et dirigées par des imams pas toujours qualifiés,
parfois en marge des règles républicaines, que l´état
essaie à juste titre d'imposer. Comme au Maghreb, l´Islam
et les croyants sont otages de cette opposition entre l´état
et les militants de l´islamisme politique. D'autant qu'il n'y a
pas d'organisation représentative des musulmans, et reconnue comme
telle par les pouvoirs publics; La solution à cette question n´est
à l´évidence pas seulement sécuritaire. Les
débats engagés en France sur l´intégration
de la pratique religieuse dans le respect des principes de la république,
et sur la nécessaire représentation des musulmans de France,
vont dans le bon sens. Le seul moyen en Europe, comme au Maghreb, de régler
ce problème est de désarmer idéologiquement et politiquement
les islamistes, tout comme les pouvoirs politiques non démocratiques,
par la démocratisation la plus large possible des sociétés
maghrébines. De sorte à extraire l´Islam et les croyants
de cette logique infernale dans laquelle ils ont été enfermés.
L´expérience vécue ces dernières années
par l´état laïc turc (qui frappe à la porte de
l´Europe), par exemple, peut être d´un précieux
enseignement sur la manière de construire, dans le respect de la
légalité républicaine, une relation pacifique entre
les partis islamistes et la démocratie.
Ø La
poudrière berbère
Au-delà de l´Islam et des islamistes, l´autre pomme
de discorde maghrébine qui peut être importée en Europe
est la question berbère. Longtemps celle-ci a servi de moyen de
diviser les populations maghrébines pour que le pouvoir colonial
perdure. En Algérie, le kabyle était magnifié afin
de mieux l´opposer à l´arabe. Tout cela n´a guère
servi, mais on retrouve aujourd´hui les mêmes comportements
de la part du pouvoir en place. Sauf que désormais la grande majorité
de la population algérienne et même maghrébine, sait
qu´à l´origine, depuis l´Egypte jusqu´au
Sénégal, les populations autochtones étaient toutes
berbères, et qu´actuellement, il n´y a au Maghreb,
en majorité, que des arabes berbérisés ou des berbères
arabisés. La question de la langue et de la culture berbères
n´en demeure pas moins une revendication essentielle tant en Algérie
qu´au Maroc. Des débuts de réponse, insignifiants,
ont été apportés à ces questions tant au Maroc
qu'en Algérie, car celles ci s´inscrivent désormais
dans des revendications plus larges sur les conditions de vie des populations
aux plans économique, politique et social. Ces revendications démocratiques
ont pour noms libertés individuelles et collectives, droit à
l´emploi, au logement, à la santé et à l´éducation
pour tous, fin du mépris (la hogra) et de la répression.
Les évènements tragiques qui ont secoué la Kabylie
et d´autres régions du pays depuis plus d´un an en
sont le signe le plus fort. A l´évidence, ces évènements
ont un prolongement en Europe où une grande partie des immigrés
sont originaires des régions berbérophones du Maghreb.
Ø La
construction des états de droit
Face à de tels enjeux, qui n´ont pas manqué d´avoir
des répercussions immédiates sur les relations euro-maghrébines,
l´Europe a tout à gagner à la construction de véritables
états de droit dans toute la région. Cela passe par la prééminence
de la souveraineté populaire dans ces pays, par l´instauration
d´institutions librement élues, par la définition
et le respect de toutes les libertés individuelles et collectives,
par le respect des droits de l´homme et des citoyens, par le droit
à la parole, à l´écrit
Tant que les pouvoirs
au sud de la Méditerranée continueront de confisquer ces
libertés, de bâillonner la pensée, la parole et l´écriture
différentes, de pourchasser hors du cadre légal les oppositions
démocratiques et non démocratiques, et de bafouer les droits
de l´homme et du citoyen, il n´y aura pas de véritable
partenariat durable entre le nord et le sud de la Méditerranée.
Au nord, on ne peut continuer d´ignorer ces dépassements
et ces blocages fusse au nom de la lutte légitime contre le terrorisme.
La démocratie économique va de pair avec la démocratie
politique. Celles-ci ne se trouvent aujourd´hui ni dans le camp
des pouvoirs en place, encore moins dans celui de l´islamisme politique
fut-il modéré.
Ø L´arme
du dialogue
C´est dire qu´un état de droit ne se construit pas
à la force des kalachnikovs, du sabre ou des blindés. Un
état démocratique se construit, dans la paix retrouvée,
par un dialogue politique le plus large possible, c´est à
dire ouvert à toutes les couches de la société maghrébine
soucieuses d´une gestion pacifique des conflits d´intérêts.
Le PNUD le rappelle encore une fois : les démocraties sont moins
sujettes aux guerres civiles ; les démocraties récentes
gèrent mieux les conflits que les régimes autoritaires ;
les pays démocratiques se font rarement la guerre. Il faut donc
de toute urgence que l´arme du dialogue fasse taire le dialogue
des armes. Que le sang des maghrébins cesse enfin de couler. C´est,
bien évidemment, un sacré challenge qui s´offre à
la fois aux pouvoirs en place, aux oppositions démocratiques, aux
oppositions islamistes et à la société civile maghrébine
dans son ensemble. Il y va de l´avenir des relations euro-maghrébines
et au-delà de celui de l´ensemble du Maghreb. Mais c´est
aussi le challenge qui attend les promoteurs du partenariat euro-maghrébin.
Car, à l´évidence beaucoup de ces questions demeurent
largement occultées par les accords récemment signés,
même si certaines dispositions abordent les aspects liés
aux droits de l´homme et du citoyen. Après tout cela, que
conclure, et quelles sont les perspectives d'avenir pour la région?
2.4- Les effets
possibles des accords de libre échange
Ø Le
marché maghrébin satisfait par les importations européennes
Tels qu´ils sont conçus, les accords devraient améliorer
l´offre de produits et de services sur le marché maghrébin
et sur celui de l´Union, et donc le bien être des populations
concernées. Dans la réalité, la réduction
asymétrique des tarifs douaniers et l´ouverture non maîtrisée,
dans un espace où les grandes réformes politiques, économiques
et sociales tardent à se mettre en place, constitueraient un choc
brutal pour des secteurs productifs dont on a vu toute la fragilité.
Selon plusieurs études déjà consacrées aux
pays ayant conclus de tels accords depuis quelques années (Turquie,
Egypte, Maroc), la demande intérieure de ces pays serait de plus
en plus satisfaite par le recours aux importations européennes.
Le déséquilibre commercial n´en serait que plus grand,
creusant davantage les fractures. Il s´en suivrait des difficultés
pour les secteurs productifs nationaux à trouver des débouchés,
y compris à l´intérieur des espaces nationaux. Dès
lors, on assisterait à un renforcement du poids des secteurs miniers
(pétrole, gaz, phosphates,
) dans l´économie
maghrébine, à moins que l´amélioration attendue
de la productivité des facteurs internes accroisse sensiblement
la part de l´offre domestique. Ce qui ne va pas forcément
de soi. Une telle amélioration nécessiterait d´importantes
ressources (humaines, matérielles, financières et organisationnelles)
qui dépassent largement les possibilités ouvertes par les
programmes Meda (1 et 2), et du temps, alors que les effets de l´ouverture
sont immédiats. La concurrence des entreprises et des produits
de l´UE, aiguisée par les mesures de désarmement douanier,
pousseraient à la flexibilité des salaires, à la
réduction des effectifs, à une baisse des ressources budgétaires
des pays maghrébins. Cela pourrait se traduire par une nouvelle
baisse de la demande intérieure au Maghreb, par une hausse des
taux de chômage (dont on a vu les niveaux particulièrement
élevés), par la diminution du rythme d´activité
des unités industrielles locales, avec des perspectives peu réjouissantes
de fermetures d´usines et d´entreprises (certains experts
ont estimé que plus de deux tiers des unités tunisiennes
seraient dans ce cas si elles rataient leurs programmes de mise à
niveau), l´apparition d´une perte de bien être pour
les populations, qui viendraient encore élargir le champ de la
pauvreté et grossir les rangs des candidats à l´émigration.
Ø L´accélération
des privatisations
Selon ces mêmes études, le niveau des investissement directs
européens resterait marginal. Il y a fort à penser que les
investisseurs continueraient de privilégier les secteurs miniers,
voir les infrastructures et le tourisme. L´insuffisance de ces investissements
serait manifeste pour tout le Maghreb. Les indices d´attractivité
de la région demeureraient très bas tant que la région
n´aura pas réalisé sa transition démocratique.
Actuellement, malgré les accords déjà signés
depuis plusieurs années par la Tunisie et le Maroc, les investissements
sont au plus bas. Ils représentent moins de 3% des flux en direction
du tiers monde. De fait, le Sud et l´Est de la Méditerranée
sont aujourd´hui, instabilité oblige, les régions
les moins attractives de la planète. A titre d´exemple, la
Malaisie reçoit en moyenne douze fois plus d´investissements
directs étrangers que le Maroc. Pour que le Maghreb soit dans la
moyenne des pays émergents, il faudrait que l´Europe double
ses flux de capitaux. Cela est difficilement envisageable, notamment à
cause de la forte concurrence que ne va pas manquer de générer
l´ouverture prochaine de l´Europe à l´est. Dans
ce cadre, la volonté affichée par tous les pays du Maghreb
d´accélérer le mouvement de privatisation des entreprises
publiques viserait à donner rapidement un support concret à
l´augmentation et à la diversification des investissements.
Cependant, à n´en pas douter, l´absence d´un
grand marché maghrébin unifié, et la persistance
d´un mauvais climat des affaires (insécurité juridique
et physique, bureaucratie,
) continueraient d´alimenter la
frilosité de l´UE, d´entraver ces processus de privatisation
et donc celle des investissements. A cela s´ajouteraient des coûts
de transactions (transport, services financiers, services de télécommunication)
encore élevés. Or cela est d´autant plus inquiétant
que les IDE sont un des éléments clé des accords
conclus.
Ø Un
statut quo intenable
Compte tenu des difficultés que rencontrent les entreprises industrielles,
en phase de " mise à niveau " pour les meilleures d´entre
elles, les exportations maghrébines resteraient encore longtemps
marquées par le statut quo. L´ouverture déjà
difficile du marché européen aux produits " traditionnels
" du Maghreb, le serait encore plus pour de nouveaux produits. Pour
l´Algérie, par exemple, bien que des objectifs de diversification
soient affichés, les exportations hors hydrocarbures ne représentent
encore que moins de 3% des exportations vers l´Europe, et il y a
peu de chance que cela évolue de manière significative.
Pour la Tunisie et le Maroc déjà implantés sur certains
marchés de l´Union, on estime que le secteur de l´habillement
perdrait, dans le cadre de l´accord, de 22 à 40% de parts
de marché. Pis, la concurrence inter-maghrébine serait exacerbée
pour les exportations agricoles et textiles, voire pour le tourisme, et
elle serait rapidement confrontée (OMC oblige) à l´agressivité
d´autres pays du sud (notamment d´Asie) jouissant d´avantages
factoriels (coût de main d´oeuvre, qualification, productivité
du travail et du capital) éprouvés de longue date sur les
marchés extérieurs. Dans ces conditions, la seule "
exportation " potentielle qui émergerait serait plus que jamais
la pression à l´émigration de plus en plus forte au
niveau de tout le Maghreb. Or, le facteur travail est ignoré par
les accords et en marge, pour les raisons évoquées précédemment,
l´Europe pourrait être tentée de maintenir une politique
de containment malgré les besoins qui se font jour en la matière
pour le moyen terme (on estime à plus de 70 millions de personnes
les besoins en main d´uvre étrangère dans les
dix prochaines années). Dans ces conditions, autant dire que l´essentiel
de ces besoins seraient satisfaits par les populations de l´est.
Ø L´urgence
de mesures d´accompagnement de ces accords
Trop longtemps marqués par la logique sécuritaire et par
une vision commerciale déséquilibrée, les accords
euro-méditerranéens resteraient en decà des formidables
enjeux qui se développent autour de la Méditerranée.
En l´absence de profondes réformes politiques et économiques
internes dans les pays du Maghreb, et d´une véritable vision
de codéveloppement au niveau de l´Europe, les effets de ces
accords seraient insupportables pour des populations déjà
en grandes difficultés. Les gains potentiels pour le Maghreb, s´ils
venaient à se confirmer, ne se concrétiseraient qu´à
long terme, alors que des pertes importantes seraient subies tout au long
du processus, et dès le court terme. Il s´en suivrait une
aggravation des problèmes d´emploi, une réduction
des recettes budgétaires, une diminution des dépenses publiques
et un recul de la politique sociale au Maghreb (éducation, santé,
).
Par ailleurs, en l´absence d´un renforcement conséquent
de l´UMA, les chocs subis par chacun des pays isolément se
conjugueraient au niveau maghrébin (effet multiplicateur), conduisant
à des convergences négatives et à l´accroissement
du déficit commercial avec l´Europe. Le fossé entre
les riches et les pauvres se creuserait davantage, aggravant tous les
processus générateurs d´instabilité et d´insécurité
au sud et au nord.
Pour contrecarrer ces tendances et faire mentir ce scénario, il
faudra une croissance annuelle de l´ordre de 6 à 7% au Maghreb
que seuls des investissements internes (notamment privés), conjugués
à des efforts constants d´amélioration de l´organisation
économique, principalement dans les secteurs productifs, pourront
assurer. De toute évidence, la capacité du Maghreb à
attirer les investissements européens, à accroître
ses exportations et à mieux couvrir son marché régional
dépend avant tout de la capacité des partenaires à
mobiliser les investisseurs maghrébins (publics et privés)
dans une perspective régionale, à restructurer efficacement
et en conséquence les entreprises et leur environnement, et à
libérer l´initiative privée et publique dans toute
la région. On est là en présence d´une question
essentielle à tout processus de partenariat : celle de la confiance
qui s´établit entre ceux qui le font et ceux pour lesquels
il est établi. Une confiance qui devrait déboucher sur une
stratégie d´ensemble, par secteur et par filière cohérente,
résultant d´une véritable coopération entre
l´UMA et l´UE, les états, les entreprises et les sociétés
civiles. Or, la confiance suppose la stabilité et la paix, et celles-ci
supposent à leur tour l´exercice et le respect des libertés
individuelles et collectives sur tout l´espace partenarial. Des
aspects essentiels que les accords conclus n´évoque que du
bout des lèvres dans leurs volets politique et sécuritaire.
C´est dire
que la mise en uvre de ces accords mérite une attention et
une vigilance permanentes de l´ensemble des acteurs. L´alternative
est simple : ou l´on va vers des accords " passifs " débouchant
sur une ouverture débridée et déséquilibrée
dans l´instabilité et l´insécurité, ou
l´on s´achemine vers des accords " actifs " encadrés,
notamment sur la question des droits de l´homme, et accompagnés
par de profondes réformes politiques, économiques et sociales
internes aux pays du Maghreb, conduisant rapidement à plus de liberté
et à plus de sécurité sur tous les plans. En d´autres
termes, ou l´on se suffit d´une simple zone de libre échange,
dangereusement déséquilibrée au profit de la rive
nord, ou l´on construit résolument et de façon responsable
une zone de liberté et d´échanges, où il fera
bon travailler et vivre des deux côtés de la Méditerranée.
Parions qu´il se trouvera suffisamment d´hommes et de femmes
des deux côtés de la mer pour imposer, démocratiquement,
le deuxième scénario.
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