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L'Algérie
entre islamistes, sécurité militaire François Burgat (Université d'Aix en Provence, 1998) Qui voudra (dès lors) se dire solidaire des égorgeurs, des violeurs et des assassins- surtout quand il s'agit de gens que l'on désigne, sans autre attendu historique, comme des " fous de l'Islam ", enveloppés et masqués sous le nom honni d'islamisme, symbole atavique de tous les fanatismes orientaux, bien fait pour donner à la haine raciste l'alibi indiscutable de la légitimité éthique et laïque ? " (Pierre Bourdieu ) (1) Toute l'opacité
de la crise algérienne vient aujourd'hui de ce que les communicateurs
du régime ont réussi à faire confisquer la représentation
de la société toute entière par ses deux marges idéologiques
extrêmes, toutes deux étant de surcroît plus ou moins manipulées
par lui. D'une part une poignée de " laïques " intransigeants
(dont quelques " féministes d'Etat" bien loin de représenter
le combat des femmes de leur société (2 )) sont exportés
(voire installés à demeure) dans les capitales européennes.
A grand renforts de slogans exploitant les vieilles peurs occidentales de l'Islam,
ils ont pour mission d'accréditer l'idée fallacieuse que la guerre
conduite par le régime est une lutte " des hommes contre les femmes
" ou un combat pour les valeurs (laïcité, droits des femmes,
modernité) partagées par l'Occident. Ils le font avec d'autant
plus d'efficacité que le degré de symbiose atteint entre les différentes
familles politiques françaises et la petite partie de la société
algérienne qui est aujourd'hui au pouvoir est particulièrement
élevé. Le régime et ses alliés laïques ont
une connaissance intime des schémas de pensée des Français,
de leurs peurs, de leurs sympathies et de leurs ignorances. Devant la communauté
juive, ils savent très à propos brandir le spectre du nazisme,
l'étendart de la laïcité devant les communistes ou les franc-maçons,
celui du féminisme devant les femmes, de la création devant les
artistes, quand bien même leurs engagements passés et présents
sur tous ces terrains sont aux antipodes de leurs discours d'exportation. En
face des acteurs (brillants) de cette supercherie démocratique, de mystérieux
groupes armés, aussi " archaïques " que " barbus
" et aussi " arabophones " qu'" obscurantistes ", antithèses
absolues des modernes " féministes laïques " et autres
" intellectuels exilés " de nos soirées parisiennes,
sont " autorisés " à manier dans une impunité
quasi-totale (3 ) une violence sans limite. Il ne reste plus au régime
qu'à faire identifier la majorité de la population algérienne
à ses quelques émissaires " modernes " et son entière
opposition islamiste aux horreurs des groupes armés. Le discours de ses
communicateurs (" Il n'y pas de différence entre le GIA et le FIS
", " Il n'existe pas d'islamiste modéré " "
Nous menons le même combat que vous dans vos banlieues "etc.) y parvient
avec une remarquable facilité. Comment l'environnement français
en particulier, occidental en général, pourrait il alors imaginer
de solution autre que purement répressive ? Le tour, ainsi, est joué.
Vu depuis la rive occidentale, la répression bestiale que mènent
des militaires corrompus pour se maintenir au pouvoir disparaît comme
par enchantement derrière un clivage terriblement mensonger : la guerre
d'Algérie opposerait une société laïque, francophone
et assumant l'héritage occidental à un monstre islamique disqualifiant
toute idée de reconnaissance de n'importe lequel de ceux qui manient
un identique vocabulaire.
(1) Commentant le rôle
de Bernard Henri Lévy dans la perception occidentale du conflit algérien.
" L'intellectuel négatif ", Liber (Supplément à
la revue Actes de la recherche en sciences sociales - Paris, Collège
de France), janvier 1998.
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www.algeria-watch.org
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