|
|||||
|
Réactions aux propos de Bouteflika au sujet de la langue tamazight Le Congrès Mondial Amazigh C O M M U N I Q U E A l'occasion de sa campagne pour le référendum du 16 septembre 99 sur " la concorde civile ", le président de la république algérienne Abdelaziz Bouteflika a animé un meeting le 3 septembre 99 à Tizi-Ouzou, en Kabylie, au cours duquel il a déclaré d'emblée que " Tamazight ne sera jamais langue officielle et si elle devait devenir langue nationale, c'est tout le peuple algérien qui doit se prononcer par voie référendaire ". Le Congrès Mondial Amazigh est consterné par une telle provocation émanant d'un chef d'Etat, qui démontre ainsi son irresponsabilité, son arrogance et le mépris qu'il cultive vis-à-vis de son peuple. Mr Bouteflika a osé proférer ces " insultes " en plein cour de la Kabylie, devant un public et des militants amazighs ! Il se prend pour un président éternel lorsqu'il affirme que " jamais tamazight ne sera langue officielle ". Il oublie par la même que depuis des siècles, des dictatures sont passées, mais tamazight est toujours là. Le président algérien est venu à Tizi-Ouzou pour soit disant chercher la " concorde civile " mais use publiquement de propos incendiaires. Mr Bouteflika entretient outrageusement le mélange des genres et la confusion lorsqu'il met dans le même sac " l'islamisme politique et Tamazight ". Il méprise une grande partie de son peuple tout en démontrant son ignorance et/ou son inconscience quant aux problèmes essentiels que vit son pays. L'attitude et les propos aventureux du président algérien à Tizi-Ouzou portent gravement atteinte à l'unité du pays et à la cohésion nationale au moment même où le peuple aspire à la paix, la stabilité et la sérénité. Mr Bouteflika portera seul, devant le peuple et la communauté internationale, l'entière responsabilité des conséquences qu'engendrera son comportement irréfléchi. Le Congrès Mondial Amazigh tient à réaffirmer qu'il n'acceptera jamais que tamazight (langue, identité et culture) fasse l'objet d'une quelconque consultation ou marchandage. Tout simplement parce que l'on ne peut soumettre à avis, son identité, sa dignité ou tout simplement sa vie. Tamazight langue nationale et officielle de l'Algérie reste et restera notre revendication fondamentale car c'est celle de tout un peuple. Et quand bien même Mr Bouteflika pense pouvoir étouffer la volonté de son peuple, qu'il sache que celle-ci finira par triompher un jour ou l'autre. Le " projet de société " de Mr Bouteflika est d'avance voué à l'échec s'il continue de frapper d'ostracisme la réalité amazighe de son pays, s'il continue à mépriser les aspirations à la dignité et au respect des droits fondamentaux de millions de ses compatriotes. Les objectifs de rebâtir la cohésion nationale et la confiance des algériens envers les institutions du pays resteront des voux pieux ou de la pire démagogie si le pouvoir continue à agir par le déni de justice, par l'exclusion, et même par la menace à l'encontre de ceux qui revendiquent simplement leur droit de vivre leur diversité culturelle et linguistique, d'être ce qu'ils sont, d'être ce qu'ils ont toujours été, des imazighen, des hommes libres. Nous l'avons toujours dit, nous le réaffirmons aujourd'hui, la construction de la société sur des bases saines et solides, passe inéluctablement par la réconciliation du peuple algérien avec les déterminants fondamentaux de son identité : son histoire plusieurs fois millénaire, sa culture et sa langue amazighes. Le Congrès Mondial Amazigh est persuadé que c'est en étant eux-mêmes, avec leurs spécificités historiques, culturelles et linguistiques que les algériens pourront conduire de façon harmonieuse leur développement socio-économique. Il est donc urgent, et de la responsabilité du chef de l'Etat de mettre définitivement la question identitaire à l'abri de toute spéculation politicienne en l'assumant pleinement et officiellement. Si Mr Bouteflika ambitionne d'être le président de tous les algériens, s'il veut garantir l'unité nationale, s'il veut construire le pays sur des bases réellement démocratiques, alors il doit rompre immédiatement et définitivement avec les discours et les pratiques discriminatoires à l'égard de l'amazighité de l'Algérie. La reconnaissance du statut de langue nationale et officielle pour tamazight - statut devant permettre ensuite la mise en place de moyens adéquats afin d'assurer un enseignement effectif, efficace et généralisé de la langue amazighe et l'usage de tamazight dans toutes les relations entre l'administration et le citoyen - sera l'unique preuve qui indiquera si Mr Bouteflika est porteur d'une volonté sincère de faire " revivre l'espoir et édifier une société de justice et de progrès " ou au contraire témoignera d'un retour à une politique sinistrement connue, fondée sur le tout unique : Langue unique, religion unique,.et la répression. En tout état de cause, le Congrès Mondial Amazigh, Organisation Internationale non Gouvernementale de défense des intérêts et des droits fondamentaux de la nation amazighe demeure, aux côtés du mouvement amazigh, plus que jamais vigilant et ne laissera passer aucune occasion pour dénoncer les atteintes à l'égard de l'amazighité et de son droit inaliénable à sa libre expression et à son épanouissement, sous toutes ses formes. Le Congrès Mondial Amazigh appelle toute organisation algérienne, toute association et tout citoyen attachés aux principes de démocratie et de respect des Droits de l'Homme, à être solidaires avec les revendications pour la reconnaissance officielle de l'identité amazighe de l'Algérie. Paris, le 5 septembre 1999 Le Bureau du CMA.
Haut Commissariat à l'Amazighité Communiqué Le H.C.A. dont les missions s'inscrivent dans le long combat du peuple algérien pour recouvrer son identité et assumer son Histoire, s'estime interpellé quant à la démarche du Président de la République portant concorde nationale. Dans cette perspective de réconciliation des algériens avec aux-mêmes, le traitement de la question identitaire et linguistique revêt une importance capitale. La sérénité des débats impose le refus de toute surenchère politicienne et irresponsable. La langue amazighe, langue de la nation depuis des temps immémoriaux a déjà reçu le suffrage de l'Histoire, ne pas la consacrer relèverait d¹une aliénation aussi honteuse que tragique. S'il est fallacieux de confiner l'amazighité aux seuls locuteurs de la langue, il est dangereux d¹en faire une identité muette ou circonscrite à une vision ethniciste. Dans cette perspective les récents engagements du Président de la République constituent une avancée indéniable qui gagneraient cependant a être davantage clarifiés. En effet, rompant avec le déni qui a longtemps caractérisé cette question, le Président a affirmé qu'un statut de langue nationale à tamazight est envisageable par voie référendaire. Le H.C.A. rappelle que si l'identité historique de notre pays ne peut résulter d'un simple décrêt ou d'un quelconque référendum, le caractère national de la langue amazighe doit être confirmé par le suffrage populaire lors d'une prochaine révision constitutionnelle à caractère global, révision qui ne saurait être réduite à la seule question linguistique. La constitutionnalisation de Tamazight ne saurait suffir à elle seule sans la mise en place d'un dispositif juridique, institutionnel, et financier adéquat pour garantir sa promotion et sa généralisation. Le H.C.A. considère que la concorde et la cohésion de tout le peuple algérien impliquent la reconnaissance officielle de tamazight comme langue nationale. Le 08 septembre 1999
MCB - Commissions Nationales Déclaration Le MCB-Commissions Nationales, réuni à Tizi-Ouzou, ce jour neuf septembre 1999 déclara : Un régime d¹essence militariste enraciné dans notre pays, s'est accoutumé à porter au sommet de l'Etat des personnages de factures diverses, quitte à les destituer ou à les assassiner en plein parcours lorsqu'ils ne répondent pas à ses attentes ou se trouvent au croisement de ses conflits d'intérêts. Une fois installés à la magistrature suprême, ces personnages se taillent des constitutions sur mesure et pour conjurer leurs angoisses ou entretenir leurs propres mystifications, organisent des spectacles de ferveur populaire envers leur personnes. Le scénario auquel nous assistons depuis la démission forcée et retenue de ZEROUAL, suivi du rappel de BOUTEFLIKA ne déroge pas à la règle. L'épisode su 16 septembre 1999 tend en effet à masquer et faire oublier une mascarade électorale finalisée par une fraude à grande échelle, en sommant les citoyens de se prêter encore à une autre mascarade, celle-là référendaire. Outre son fondement absurde et sa finalité plébiscitaire, cette entreprise est portée par un esprit de manoeuvres fallacieux et pervers. Il est en effet absurde et cynique de demander au peuple s'il veut bien qu'il soit mis fin à ses souffrances, à sa détresse. A ses malheurs de tous genres ; d'où la finalité plébiscitaire de cette manoeuvre à moins que l'on ne veuille insinuer que le peuple est malade et masochiste. mais, il y a plus grave encore, l'idée de ce référendum s'appuie sur le postulat selon lequel la violence qui ensanglante le pays, qui a causé des dégâts et des malheurs considérables aux populations, cette violence-là est le fait du peuple lui-même qui ne veut pas souscrire pour y mettre fin. D'où cette soumission qui sous-tend l'appel au plébiscite : si vous ne marchez pas, vous n'aurez qu'à vous en prendre à vous-même. Il y a là un chantage immoral qui recouvre une autre forme de terrorisme envers des populations fragilisées et sans défense. Là réside la perversion et pudeur mis à part, il s'agit d¹un viol. D'autre part, il est implicite dans la présentation du projet que si la population adhère massivement, elle connaîtra un changement radical après le 16 septembre pour retrouver une nouvelle ère paisible et des conditions matérielles améliorées. C'est là une démarche fallacieuse qui fait appel au principe du plaisir bien connu dans les études du comportement et qui montre combien ses auteurs veulent infantiliser le peuple algérien. Attendu sur la question AMAZIGH, au lieu de semer les germes de la concorde et de la fraternité, comme il sied à tout Chef d'Etat conscient des devoirs de sa charge, BOUTEFLIKA a d'abord commencé par des petits riens à dénigrer la Kabylie comme la Kabylie passe son temps à suppléer à l'irresponsabilité de ses gouvernants. Pour plaire à tous ceux qui lui ont fait allégeance, il a proposé de soumettre au référendum un droit imprescriptible. Pire, pour justifier son refus, il fait appel à la mémoire des martyrs de la région qui se sont imposés le silence sur cette question parce que l'Algérie était face à l'ennemi. Le MCB déclare que ce silence est définitivement rompu et que TAMAZIGHT est aussi primordiale que le pain. Le MCB est convaincu que tôt ou tard l'Algérie finira bien par ne plus se conduire envers certains de ses enfants comme une marâtre sous la poussée des forces démocratiques véritables. Les applaudissements nourris d'une salle qui ressemble à une véritable cour de miracles où ne manquaient ni zélateurs ni opportunistes ne trompent personne. Ce sont les jeunes militants infiltrés, on ne sait comment, qui crient courageusement "TAMAZIGHT LANGUE NATIONALE ET OFFICIELLE" qui sont les véritables représentants de l¹opinion berbérophone sur cette question. L'enjeu du 16 septembre n'est pas de savoir à quel pourcentage on ferra passer la proposition plébiscitaire. Ces chiffres sont déjà arrêtés dans les laboratoires des services de sécurité. Le véritable enjeu sera de mesurer dans quelles proportions les Algériens auront été abusés et terrorisés pour se rendre aux urnes. Considérant que la revendication du MCB est une fois de plus insatisfaite, nous demandons à la population de refuser d¹exercer sa citoyenneté et de boycotter les urnes du 16 septembre 1999. PAS D'ALGÉRIE SANS TAMAZIGHT TAMAZIGHT LANGUE NATIONALE ET OFFICIELLE MCB-Commissions Nationales, Tizi-Ouzou, le 9 septembre 1999.
|
|||||
|
www.algeria-watch.org
|
|||||