Les relations algéro-israéliennes sont dans l'impasse

Jean-Pierre Tuquoi, Le Monde, 6 mars 2000

UNE NORMALISATION entre l'Algérie et Israël n'est plus à l'ordre du jour. Près d'un an après l'arrivée au pouvoir d'Abdelaziz Bouteflika, un homme porteur de beaucoup d'espoirs, la situation diplomatique n'a guère évolué entre les deux états, qui n'entretiennent pas de relations officielles. A peine élu, le président Bouteflika avait pourtant surpris l'opinion publique nationale et internationale en rendant un hommage appuyé à l'ancienne communauté juive de Constantine, une ville où près d'un habitant sur trois était de confession juive avant l'indépendance. A l'occasion des obsèques du roi Hassan II du Maroc, à Rabat, le chef de l'Etat allait briser un autre tabou en ayant un bref entretien avec le premier ministre israélien, Ehoud Barak.

Les Israéliens allaient tenter de mettre à profit cette ouverture inattendue pour forcer le destin et aller de l'avant. Eux qui jusqu'ici n'avaient de contacts, plus ou moins secrets, qu'avec les partis de l'opposition « démocratique » (notamment le Front des forces socialistes de Hocine Aït Ahmed et le Rassemblement culturel démocratique de Saïd Sadi) offrirent à Alger d'ébaucher une collaboration en se cantonnant dans un premier temps à des dossiers techniques pour apprendre à travailler ensemble. En même temps qu'ils gelaient leurs relations avec l'opposition algérienne, les Israéliens proposèrent d'établir des liaisons postales et téléphoniques directes entre les deux pays.

Or, selon des sources israéliennes, les responsables algériens, soumis aux critiques d'une partie de la classe politique, n'ont pas répondu à cette offre, qui se voulait avant tout pragmatique. Ils ont préféré développer une stratégie plus aléatoire et plus lente en s'appuyant sur l'ancienne communauté juive algérienne. C'est ainsi que différents consulats algériens à l'étranger ont pris contact localement avec des juifs pieds noirs. Des liens ont commencé à se renouer, des invitations ont été lancées pour des rencontres.

RÉCHAUFFEMENT AVEC TUNIS


Pressés d'aboutir rapidement, les diplomates israéliens ont jugé la démarche d'Alger trop précautionneuse et sans portée pratique à moyen terme. Une occasion a été manquée, à leurs yeux. Aussi ont-ils décidé de cesser leurs efforts et de ne plus faire du rapprochement entre les deux capitales une priorité de leur diplomatie. La situation est donc gelée, et la meilleure preuve
en est que, renouant avec leur pratique ancienne, les Israéliens ont repris langue récemment avec
les partis de l'opposition laïque algérienne.Ce statu quo contraste avec l'amélioration constante des relations qu'entretient l'Etat juif avec le Maroc et la Tunisie. Avec Rabat, partenaire privilégié déjà du temps de Hassan II, il est question d'établir au cours des prochains mois des relations aériennes directes. Avec la Tunisie également le réchauffement est notable. Tunis, qui a pignon sur rue à Tel-Aviv, ne met plus d'entrave au fonctionnement du bureau de
représentation israélien en Tunisie et courtise les hommes d'affaires israéliens.

(c) Le Monde

 

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