ALGERIE-UNION EUROPEENNE / Repenser le partenariat

Cinq années se sont écoulées depuis le lancement, en novembre 1995 à Barcelone, de l'idée de l'instauration d'une zone de libre-échange entre les pays de l'Union européenne (UE) et les douze pays du sud de la Méditerranée.

M'hammedi Bouzina, Le Soir d'Algerie, 11 janvier 2001
Cinq années qui ont vu la mise en place de cette politique de coopération s'installer de manière saccadée, voire inégale, selon l'attitude du partenaire avec lequel l'UE traite. Les causes sont imputables aussi bien aux pays du nord qu'à ceux du sud de la Méditerranée. Des deux côtés l'on ne parle pas, souvent, le même langage, parce que les intérêts ou spécificités de chaque partenaire ne sont pas forcément les mêmes que ceux des autres.C'est pourquoi la visite, à partir d'aujourd'hui, du président de la Commission européenne (l'Exécutif européen), M. Romano Prodi, aux trois pays du Maghreb prend tout son sens, en particulier pour l'Algérie, celle-ci n'ayant pas, à la différence de ses deux voisins, signé d'accord d'association. Si, pour leur part, la Tunisie a signé l'accord en juillet 1995 et le Maroc en février 1996, l'Algérie continue les rounds de discussions et semble, selon toute vraisemblance, prête à signer l'accord durant cette année. Brièvement, rappelons que le partenariat euro-méditerranéen lancé en 1995 remplace ce que les chefs d'Etat et de gouvernement de l'UE avaient lancé en 1992 à Lisbonne (Portugal) sous l'appellation de Politique méditerranéenne rénovée (PMR) et dont les schémas sont vite apparus comme inadaptés. Avec le nouveau partenariat, la méthode de travail consiste à ce que le «comitéEur-Méd», composé de la troïka de l'UE, se réunisse tous les trois mois avec chacun des partenairessud-méditerranéens pour faire avancer l'accord. La Commission assure le suivi et l'exécution. Globalement le 1er programme de coopération de 1995-99 a consacré quelque 2 milliards d'écus y compris les prêts de la Banque européenne d'investissement (BEI). Ce programme, dénommé Meda I, remplace les précédents accords financiers passés avec chaque pays et couvre l'ensemble des domaines du partenariat. Mais aujourd'hui, la venue de M. Prodi, au-delà de la volonté de relancer le processus de Barcelone dans sa globalité, traduit également des inquiétudes quant à l'avenir même du projet euro-méditerranéen. La première inquiétude est relative à la situation au Moyen-Orient, plus particulièrement en Palestine. Israël comme la Palestine sont des partenaires de l'UE mais sont en guerre. Les conséquences sont très graves pour la stabilité de toute la région. Aussi, beaucoup d'observateurs n'excluent pas l'idée que l'UE revienne, du moins momentanément, à un principe de négociations sous-régional tel que pensé en 1992 à Lisbonne (Portugal). C'est-à-dire négocier avec les trois pays du Maghreb comme partenaires d'une même région pour faire avancer la future zone de libre-échange.Chez ces trois pays, l'Algérie semble incontournable puisque pourvoyeuse d'énergie à hauteur de 30 % aujourd'hui à l'Europe et 36 % (selon l'UE) à l'orée de 2005. Les investissements faits pour les deux gazoducs, plus celui en cours vers l'Espagne, sont importants pour l'ensemble des partenaires. De son côté, l'Algérie a été le seul pays du Maghreb (et du sud de la Méditerranée) à mettre en avant l'élément humain dans le futur accord d'association. Il n'est pas question pour l'Algérie de travailler pour une libre circulation des marchandises et des capitaux sans la libre circulation des personnes. Dans un premier temps, l'Algérie demande la simplification et l'unification des procédures des pays de l'UE pour les visas aux personnes. Cette demande a été inscrite officiellement à la réunion de Marseille de novembre 2000, des ministres des Affaires étrangères (Barcelone 4) et entérinée au sommet de Nice de décembre dernier. Enfin, signalons que l'Algérie a, par ailleurs, développé ces dernières années des relations de partenariat avec les USA qui s'intéressent de plus en plus à la région maghrébine. L'exemple du projet Eizenstat, du nom de son promoteur, l'ancien secrétaire américain au commerce, a permis une première réunion des ministres des Finances de trois pays du Maghreb en mars 1999 à Washington.

 

 

 

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