C'est le 1er octobre 1997 que Madani mezrag décidait d'une trêve unilatérale

L'annonce d'un règlement final du cas AIS relance le débat sur la réconciliation nationale

Abdelatif Kenz, La tribune, 6 Juin 1999

On se souvient que c'est dans un contexte sécuritaire marqué par les effroyables massacres collectifs de Raïs, Bentalha et d'autres encore, que l'Armée islamique du salut rendait public un communiqué considéré comme «la preuve sur les ennemis d'hier [...] et un encouragement pour tous ceux qui sont convaincus [...] d'ouvrer [...] pour le retour du pays à la sécurité». Le contexte était également marqué par de multiples déclarations des dirigeants de l'ex-FIS qui entendaient se démarquer des atrocités extrêmes du GIA.Huit jours avant la publication de ce communiqué, le GIA commettait le massacre de Bentalha, contribuant ainsi à «démarquer» l'AIS et à occuper pratiquement seul le terrain de la barbarie et de l'horreur.En substance, le communiqué de l'AIS annonçait : «O peuple algérien, musulman, en vue de ne pas laisser l'occasion à ceux qui complotent contre nous et contre notre Algérie [...] l'émir national de l'Armée islamique du salut ordonne à tous les chefs de kataïb, combattantes placées sous sa tutelle, d'arrêter les opérations combattantes à partir du 29 djoumada el oula 1418 de l'hégire, correspondant au 1er octobre 1997».Ce communiqué appelle aussi les autres «factions éprises de l'intérêt de la religion et de la ouma à répondre à cet appel afin de dévoiler l'ennemi [...]». Déjà donc la fracture entre les deux principales tendances de l'intégrisme armé était consommée. Ce qui ne fera que se confirmer, de façon encore plus flagrante lors des massacres de Relizane.Tout comme pour la lettre annoncée jeudi par l'ENTV, celui décrétant la trêve unilatérale datée du 21 septembre 1997, ne fait aucune mention pas plus de l'ex-FIS ni de sa direction à laquelle pourtant l'AIS n'a jamais retiré son allégeance. En revanche, dans le premier communiqué, et au chapitre relatif aux mesures d'apaisement, Madani Mezrag cite Abassi Madani. Déjà, Madani Mezrag, au nom de l'AIS, appelait à «isoler les criminels parmi les résidus extrémistes du GIA et ceux qui sont derrière eux, parmi les ennemis de l'Algérie et de la religion». Ce qui ne change pas par rapport à la lettre rendue publique jeudi dernier, c'est que, à l'époque (en 1997), 24 heures après la publication par l'ensemble des médias écrits et audiovisuels, aucun commentaire ou réaction émanant d'un officiel n'a été rendu public. Les médias -publics et privés- sont encore une fois appelés à répercuter un événement sans en maîtriser ni le contenu réel ni la portée éventuelle. Le 23 septembre 1997 fut la première fois où un média public publiait un communiqué émanant de groupes armés.On se souviendra également que quelques jours après le communiqué relatif à la trêve, le GIA rendait public un communiqué dans lequel il menaçait... la France et l'ONU. Cela pour montrer, au besoin, combien la question sécuritaire a évolué dans notre pays, puisque aujourd'hui, à l'exception de la poursuite, voire de la recrudescence des actes isolés, le GIA est bel et bien laminé. En rappel de l'accueil réservé au défunt projet de décret sur la tragédie nationale d'Ahmed Ouyahia, on ne peut que prendre en considération le fait que l'éventuelle dissolution officielle de l'AIS, loin d'avoir épuisé le problème, ne fait que relancer le débat sur les modalités et l'entendement avec lesquels doit être appréhendée la réconciliation nationale. La dynamique est donc enclenchée. Trouver les voies et moyens de réconcilier les Algériens entre eux, avec eux-mêmes, voilà le défi.

  1. K.

Conclave de dirigeants de l'ex-FIS

El Watan, 6. Juin 1999

De bonnes sources, nous apprenons que certains dirigeants de l'ex-FIS se sont réunis hier pour débattre de la situation née après la diffusion de la lettre de Madani Mezrag, chef de l'AIS, adressée au chef de l'Etat. Une réunion qui s'est déroulée en l'absence de Abassi Madani. D'autres sources avancent que le chef de l'AIS aurait demandé à consulter Abassi Madani. Demande qui lui aurait été accordée. Il faut s'attendre donc que les points principaux du compromis finalisé soient rendus publics dans les prochains jours. Probablement cette semaine. Nous apprenons aussi que «l'assise juridique» annoncée par les autorités, par le canal officiel de l'APS, serait en fait un ensemble d'amendements à introduire à la loi sur la rahma. Ce texte, rappelons-le, avait été promulgué quelques mois après l'élection de Liamine Zeroual. A en croire des indiscrétions, la loi sur la rahma sera «politisée» par le rajout de certaines formules qui rendent l'accord avec l'AIS recevable. On ne sait toutefois pas si ce texte va être remis à l'APN pour être examiné. L'urgence de la situation pourrait amener le président de la République à ne pas solliciter l'Assemblée. Reste à savoir comment. Des mesures de détente sont aussi programmées. Elles pourraient se traduire par l'allégement des conditions de détention de Ali Benhadj et par la levée des contraintes liées à la libération conditionnelle de Abassi Madani. L'idée d'un référendum sur l'aministie n'est pas à l'ordre du jour.

F. M.

APS : la voix de Bouteflika

Le Matin, 6. Juin 1999

L'agence officielle APS a publié vendredi un commentaire autorisé à propos du message adressé par Madani Mezrag à la Présidence. Bouteflika se garde de répondre directement mais transmet sa réponse par le biais
de l'agence. Voici donc les réponses du Président au chef de la branche armée du FIS dissous
.

L'initiative prise par l'organisation qui a adressé au président de la République une correspondance en date du 17 safar 1420 de l'hégire, correspondant au 1er juin 1999, qui se dit déterminée, comme souligné dans la lettre, à participer activement dans le cadre de la légitimité constitutionnelle et la loi au retour de la sécurité et de la stabilité du pays et parmi des citoyens, à la faveur du récent discours du président de la République, est une démarche nationale sérieuse qui mérite d'être appréciée par tout citoyen jaloux des intérêts de son pays, indique-t-on de sources proches de la présidence de la République.

Le président de la République, a-t-on appris encore, répondra, comme il s'était engagé, aux attentes de tous les Algériens et de toutes les Algériennes et donnera une assise juridique à cette initiative courageuse, dont les dispositions d'application seront définies en urgence avec la volonté de Dieu.

Cette lettre est un pas courageux et responsable de la part de l'organisation, dont la direction a décidé d'assumer ses responsabilités devant Dieu et devant le peuple, en annonçant sa disponibilité de contribuer activement sous l'autorité de l'Etat au retour de la stabilité dans le pays.

Le président de la République ayant promis au peuple algérien de conférer à l'arrêt des tueries une assise juridique, nous avons appris que les dispositions nécessaires seront prises pour consacrer ce fait avec le consentement du peuple et conformément aux dispositions de la Constitution et des lois de la République, ce qui contribuera à classer le dossier sécuritaire dans les meilleurs délais dans un avenir proche avec la volonté de Dieu.

Les mêmes sources affirment leur détermination à conjuguer les efforts des enfants sincères de notre chère patrie afin que tous les enfants valeureux de l'Algérie, sans exclusive et où qu'ils se trouvent, puissent contribuer activement à sortir le pays du tunnel dans lequel il s'est engagé depuis longtemps.

La lettre de l'organisation sus-citée est un communiqué clair et explicite dans ses visées et éloquent quant à ses intentions. Les mêmes sources ont affirmé que le président de la République demeurera fidèle à tous les engagements qu'il a pris tout au long de sa campagne électorale dans le cadre des dispositions de la Constitution et des lois de la République et au discours officiel adressé au peuple algérien le 29 mai 1999 après son élection à la tête de la République et ce, en réponse à la confiance dont le peuple l'a investi et qui constitue une lourde responsabilité. Les mêmes sources ajoutent que le président de la République ne saurait, quel que soit le prix, renoncer un tant soit peu au soutien, à l'appui, à la confiance et à la caution populaire dont il a été réellement investi. Les intérêts suprêmes de l'Algérie et de tout le peuple algérien étaient, sont et demeureront jusqu'à son dernier souffle son objectif et sa préoccupation majeurs quelles que soient la complexité de la situation, la diversité des interprétations et la multitude des difficultés. Les mêmes sources affirment la sincérité de la démarche du président pour le rétablissement de la conscience nationale, de la concorde civile et de la réconciliation avec soi grâce à la sincérité des hommes, la loyauté des hommes dignes, le courage des hommes vaillants, la grandeur des généreux et des fidèles au serment responsable.
APS

 

Quarante-huit heures après la sortie médiatique de Madani Mezrag

Le pôle dit démocratique diverge sur la question de la trêve

Madani Seghir, La Tribune 6. Juin 1999

Comment expliquer le silence, mêlé à de la gêne, de la part de l'écrasante majorité de la classe politique sinon qu'elle a été prise de court, du moins qu'elle ne comprend encore rien à une situation, à une nouvelle donne qui semble dépasser tout le monde par ses côtés complexes. Attendre et voir, en attendant de nouveaux développements comme le suggèrent certains. C'est dans ce contexte que beaucoup d'analystes intègrent la position d'un parti comme l'ANR qui a fait de la lutte contre le terrorisme et le refus de tout dialogue avec ses initiateurs, son cheval de bataille depuis sa création.Toujours dans l'expectative et apparemment durement secoué par les rumeurs le donnant pour partant certain dans le futur exécutif, le parti de Redha Malek opte ces derniers temps pour un profil bas qu'expliquerait son «souci de ne pas trop gêner le président Bouteflika dans l'aboutissement de certaines actions dont l'idée remonte à la campagne électorale».Dans la foulée, la formation de Redha Malek temporise. Histoire d'«éviter la précipitation» selon une source proche de ce parti qui précise que «la priorité est laissée à la concrétisation du projet de réintégrer le gouvernement» si l'on se réfère aux tractations menées actuellement avec la Présidence et des informations donnant pour assurée la participation au prochain exécutif. Pour l'ANR, il est désormais patent que l'heure est aux calculs politiciens. Premier à réagir, et avec violence, à chaud, à la sortie médiatique de l'«émir» de l'AIS, Madani Mezrag, El Hachemi cherif du MDS, tranche radicalement avec la gêne exprimée par certains acteurs ainsi que l'avis très favorable émis par les partis se réclamant de la mouvance islamiste ainsi que ceux composant l'actuelle majorité parlementaire issue du groupe des «4», en rejetant catégoriquement cette «offre de paix». C'est dans ces termes qu'il commente l'échange de politesse Madani Mezrag-Présidence par ENTV interposée : «Nous rejetons dans le fond et dans la forme la lettre de Madani Mezrag, la réponse de la Présidence et de tous les médias lourds de reconnaître à ces groupes d'assassins d'être une armée régulière ayant droit aux négociations.»Appréciant très mal la réponse «officieuse» de la Présidence par le canal de l'APS, il ajoutera : «La démarche du pouvoir est intolérable et inacceptable. On ne peut, d'un côté, prétendre construire une République moderne, ni prétendre aux engagements pris par le Président lors de son dernier discours et en même temps chercher un compromis avec les assassins.» Pour le MDS, fidèle à ses positions, «la voix du progrès passe par l'éradication des meurtriers des Algériens».Approuvant la «démarche consistant à rendre public et transparent le traitement» du dossier de l'AIS, le bureau national du PRA, par la signature de son président Boukrouh, constate qu'on est encore loin «de la fin du terrorisme», en attendant le traitement du volet GIA dont «les hordes sanguinaires ne semblent pas intéressées par le retour de la paix», de même qu'il «récuse les notions de trêve, de négociations ou de reconnaissance du statut de belligérant à toute organisation ayant versé dans l'action terroriste». Convaincu de la nécessité de «prise de décisions difficiles et de mesures réalistes» pour assurer le retour à la paix, le PRA estime également nécessaire d'«encourager le pouvoir dans la voie de refermer, au plus tôt, la parenthèse ouverte en 1992». Après avoir longtemps temporisé, le RCD, par le biais d'un communiqué transmis tard en fin de journée de samedi, confirmait les analyses en s'éloignant de sa ligne traditionnelle. Calmant le jeu, le Rassemblement pour la culture et la démocratie adopte un discours frileux, voire conciliant en rappelant notamment que «le traitement du fléau intégriste est politique. Il impose, préalablement, le respect absolu du cadre républicain et démocratique de l'Etat». Après avoir précisé que l'événement, qui a bénéficié d'un traitement médiatique exceptionnel, «s'impose comme un fait politique».Nuançant ses propos, le RCD relève les dangers d'une telle démarche qui «aboutit à l'affaiblissement de l'Etat et amplifie la déstabilisation». Dénonçant «les conséquences des mesures émanant d'initiatives politiques parallèles», il rappelle que la «mission de tout pouvoir est de faire appliquer à chacun les lois» de la République, en précisant au passage que «les problèmes humains qui peuvent rencontrer compréhension et sérénité dans ces périodes de déchirement ne doivent en aucune façon être prolongés par d'obscures manouvres politiques aux résultats aussi aléatoires que dangereux».

M. S.

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